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Marine Le Pen, candidate du Front National à l'élection présidentielle française

Marine Le Pen, un défi pour la presse

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : L'attention médiatique de la presse étrangère sur la candidate frontiste est-elle exagérée ? Comment raconter la campagne du Front National ?

Marine Le Pen, candidate du Front National à l'élection présidentielle française
Marine Le Pen, candidate du Front National à l'élection présidentielle française Crédits : CHARLY TRIBALLEAU - AFP

Curieusement, le dernier pays en date à s'être intéressé de près à la présidente du Front National, relève le correspondant du quotidien KOMMERSANT, est un pays où personne, pourtant, ne croit à l’éventualité de la victoire du Front National à l’élection présidentielle française. Ce pays c'est la Russie. Mais il y a, évidemment, plusieurs explications à cette contradiction apparente. La première, c'est le caractère historique de la visite, vendredi dernier, de Marine Le Pen au président Vladimir Poutine. Jamais encore le chef du Kremlin n’avait, en effet, reçu un candidat à une élection présidentielle en Europe moins d’un mois avant la tenue du scrutin. Et puis c’est aussi la première fois que Vladimir Poutine recevait Marine Le Pen, laquelle a pourtant fait au moins deux fois le voyage à Moscou au cours des trois dernières années. Néanmoins, sans doute pour ne pas lui donner un caractère, justement, trop exceptionnel, le Kremlin a préféré donner un aspect improvisé à cette rencontre, qui ne l’était très probablement pas note de son côté le correspondant du TEMPS. Le porte-parole de Vladimir Poutine a expliqué que la candidate frontiste, invitée par les parlementaires russes, avait ensuite souhaité visiter l’exposition Saint Louis (qui se déroule actuellement au Palais du patriarche, un bâtiment situé dans le Kremlin) et qu' «à cette occasion, elle a été invitée par le président ». Ou dit autrement, si rencontre il y a eu, c'est uniquement sur fond d’antiquités françaises, par la grâce de Saint-Louis, mais en aucune manière parce que Vladimir Poutine aurait l’intention d’influencer l'élection présidentielle en France. Et d'ailleurs la visite n'aurait pas été, dit-on, spécialement chaleureuse. Pour preuve, Poutine ne l’a pas reçue dans sa datcha, comme il l’avait fait, par exemple, avec François Fillon.

Reste tout de même qu'en Russie, écrit le politologue Nikolaï Travkin, Marine Le Pen est désormais présentée à la population comme le second personnage le plus important en Europe, après Angela Merkel. Il faut dire, aussi, que la candidate du Front National ne ménage pas ses efforts pour plaire au Kremlin. Pour elle, l’annexion de la Crimée est légale. Elle a promis de lever les sanctions contre la Russie, si elle était élue. Enfin elle partage avec Moscou un certain nombre de tropismes, en particulier, la lutte contre le fondamentalisme islamiste.

Outre-Atlantique, cette fois-ci, c'est surtout le parallèle entre Trump et Le Pen qui rend ces élections passionnantes pour les Américains, relève le magazine SLATE. En clair, si Trump n'avait pas été élu, il n'y aurait sans doute pas le même intérêt, surtout pour Marine Le Pen. Et c'est ainsi que l'intérêt pour la comparaison entre Trump et Le Pen fait que celle-ci reçoit aujourd'hui beaucoup plus d'attention médiatique de la part de la presse américaine que les autres candidats. Pour autant, même si le parallèle Trump-Le Pen est tentant, les journalistes américains reconnaissent rapidement les différences. Là où Le Pen est une professionnelle de la politique, Trump, lui, est un vrai outsider. En d'autres termes, si après l'élection surprise de Trump, la presse américaine s'était demandée pourquoi tant de membres de la classe ouvrière blanche avaient voté Trump (alors qu'ils étaient d'habitude plutôt à gauche), en France, cette transformation est en cours depuis déjà longtemps.

En réalité, si nous n’arrêtons pas de nous demander si la victoire de Trump peut jouer en faveur de Le Pen, on oublie trop souvent qu’il a beaucoup été influencé par les idées de l’extrême droite européenne, souligne une chercheuse du GERMAN MARSHALL FUND. Steve Bannon, en particulier, l’éminence grise de Donald Trump à la Maison-Blanche, est un observateur avisé de l’extrême droite française, qui s’est notamment inspiré de Marine Le Pen et de Charles Maurras pour développer l’idéologie du nouveau président américain, révèle pour sa part le site POLITICO. Et c'est ainsi que le trumpisme et le lepénisme ont, de fait, de nombreuses idées en commun, qu'il s'agisse de la rhétorique antimusulmane ou du patriotisme économique. Enfin dernier point commun entre Donald Trump et Marine Le Pen, relève à nouveau le magazine SLATE : Dans la mesure où le socle électoral du Front National auprès de l'ensemble des Français semble encore insuffisant pour lui permettre de dépasser 50% des voix avec une participation massive, la seule question qui vaille est celle-ci : Peut-elle l'emporter par un effondrement de la participation, qui abaisserait le nombre de voix nécessaire pour être élu ? Ou dit autrement, peut-elle être élue par inadvertance ? Une théorie, résume un chercheur sur le site THE CONVERSATION, qui prolonge ce qui s'est passé durant l'élection présidentielle américaine.

Et que dire, à présent, de la couverture de la campagne de Marine Le Pen outre-Manche ? Le site d’information américain BUZZFEED, repéré par le Courrier International, s'est penché sur la question et le constat est sans appel : La presse britannique prête une attention disproportionnée à la candidate de l’extrême droite. En trois mois, 602 titres d’articles lui ont été consacrés, soit 4,5 fois plus que pour son adversaire Emmanuel Macron. Or la plupart de ces articles sont trompeurs, dit-il : Ils dépeignent un pays submergé par les migrants et en plein chaos, dans lequel Le Pen semble se diriger vers une présidence inévitable, alors que tous les sondages actuels indiquent qu’elle échouera de manière quasi certaine au second tour. Il existerait, en réalité, deux raisons à cette sur-médiatisation. Tout d'abord, les médias pro-Brexit perpétuent un débat de politique interne lorsqu’ils analysent la campagne française. L'autre explication, plus triviale celle-ci, est que les articles sur Marine Le Pen, comme ceux sur Donald Trump, provoquent une hausse du trafic et des échanges sur les réseaux sociaux.

D'où cette dernière question, soulevée par LE TEMPS : Comment, dès-lors, raconter la campagne présidentielle de Marine Le Pen ? Faut-il sans cesse rechercher dans les soutes nauséabondes de l’extrême droite française ? Ou traiter sa candidature comme celle de ses adversaires ? Réponse de la journaliste : Premier critère, ne jamais oublier d’où elle vient et qui l’a faite. Appelons cela son « patrimoine génétique ». Second critère, ne jamais oublier que le Front national se nourrit du ressentiment de ses « ennemis » : les juges, les activistes et les médias. Enfin troisième critère, le plus décisif : un article sur Marine Le Pen exige, plus encore que les autres candidats, un travail de validation des chiffres, des sources, et des faits. Quelquefois, la présidente du FN a raison. Mais souvent, ses courbes ou ses statistiques sont mensongères, partielles, ou tronquées. Ou quand manipulation et populisme font trop bon ménage. En ce sens, Marine Le Pen est un défi. Elle nous provoque en empoisonnant le débat public de déclarations intempestives et caricaturales. Et il y a une seule manière d’y répondre. De façon factuelle. Toujours plus factuelle.

Par Thomas CLUZEL

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