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La Première ministre britannique, Theresa May

Mayday : Theresa May pourrait s'orienter vers un Brexit dur

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Theresa May doit exposer sa stratégie pour les négociations à venir avec l'UE : sortie du marché unique européen et contrôle des frontières. Ou quand Londres s'oriente vers un Brexit dur.

La Première ministre britannique, Theresa May
La Première ministre britannique, Theresa May Crédits : ISABEL INFANTES - AFP

Près de sept mois après le vote historique du Royaume-Uni pour une sortie de l'UE et à l'exception d'une formule frustrante restée célèbre « Brexit means Brexit » (le Brexit c'est le Brexit), on ne peut pas dire que la Première ministre britannique se soit beaucoup aventurée, jusqu'à présent, pour essayer de qualifier les termes de la rupture à venir. Une indécision, d'ailleurs, assez largement commentée dans la presse. La semaine dernière, encore, l'hebdomadaire THE ECONOMIST allait jusqu'à soupçonner la locataire du 10 Downing Street de ne pas vraiment savoir ce qu'elle voulait. Les exemples de son manque de détermination sont légion, pouvait-on lire dans cet éditorial au vitriol, au point qu'après six mois d’exercice il est même difficile, déplorait toujours le magazine, de citer une seule mesure politique qui ait été entérinée. Et le premier des domaines dans lequel le « maysisme » (ainsi que l'écrit le journal) semble confus c'est le Brexit. En clair, le gouvernement ne semble toujours pas avoir de projet clair pour négocier la sortie du pays de l'UE.

Mais les choses pourraient enfin changer puisque dans un discours attendu depuis longtemps (le plus important sans doute depuis qu'elle a été nommée), Theresa May devrait abattre ses cartes aujourd'hui. Devant les diplomates, la Première Ministre va tenter, ce mardi, de mettre fin à des mois de spéculations sur ses intentions quant au Brexit, prévient notamment THE GUARDIAN. Et à en croire les fuites orchestrées dans la presse, la tendance serait à un Brexit dur, ou plutôt « hard and clean » (clair et net), dernière appellation en date après les différentes arguties sur un Brexit tantôt « mou », tantôt « gris » et parfois même « rouge, blanc, bleu ».

Dès-lors, que faut-il comprendre par un Brexit dur ? Selon les informations distillées par THE SUNDAY TELEGRAPH, Theresa May va annoncer au pays qu’il devra se préparer à quitter le système douanier de l’UE ; à reprendre le contrôle de ses frontières (même si cela signifie perdre son accès au marché unique) ; et à ne plus tomber sous le coup des arrêts de la Cour européenne de justice.

De son côté, le ministre britannique des Finances, lui, a d'ores et déjà prévenu dans une interview au WELT AM SONNTAG que si l’UE coupait l’accès du Royaume-Uni au marché unique ou essayait de lui imposer des restrictions commerciales, son pays ne se coucherait pas. Et d'ailleurs, quand l’hebdomadaire allemand l’interroge, notamment, sur les intentions de son gouvernement de transformer le modèle économique du Royaume-Uni en un paradis fiscal de l’Europe, le ministre l'admet : « J'espère personnellement pouvoir rester, dit-il, dans le courant de la pensée économique et sociale européenne. Mais si l’on nous force à devenir quelque chose de différent, nous le deviendrons ». Et de laisser entendre la possibilité de baisser les impôts et les charges pour les entreprises basées au Royaume-Uni afin qu'elles restent compétitives, malgré les droits de douanes européens. Le gouvernement, d'ailleurs, a déjà annoncé vouloir réduire d'ici 2020 l'impôt sur les sociétés à 17%, contre 20% actuellement, ce qui en fera le plus faible de tous les pays du G20.

Enfin, toujours selon le ministre, la politique d'immigration sera une «ligne rouge» pour Londres. La Grande-Bretagne « compte aujourd'hui trois millions de migrants européens qui travaillent» dans le pays et «nous avons le plein emploi, donc clairement nous avons besoin que des gens viennent et travaillent dans notre économie pour qu'elle continue à fonctionner. Mais, précise-t-il aussitôt, nous devons avoir le contrôle global ». Traduction, la stratégie Brexit du gouvernement repose sur une idée simple, résume THE FINANCIAL TIMES : si la droite modérée ne parvient pas à réformer la politique migratoire britannique, l’extrême droite s’en chargera. Pendant les années qu’elle a passées au poste de ministre de l’Intérieur, Theresa May s’est efforcée de réduire l’immigration nette. Et elle voit aujourd’hui le Brexit comme l’opportunité inouïe d’atteindre enfin cet objectif.

Quoi qu'il en soit et vu aujourd'hui l’animosité et la mauvaise volonté affichées des deux côtés de la Manche, la sortie britannique de l’Union européenne s’annonce belliqueuse, prévient THE FINANCIAL TIMES cité par le Courrier International. Pour des raisons à la fois politiques mais aussi de procédure, tout porte à croire qu’un divorce méthodique sera impossible, ouvrant de facto la voie à une rupture brutale. Ce qui, renchérit son confrère suisse germanophone TAGES ANZEIGER, serait une défaite amère pour tous ceux qui (y compris dans le camp du gouvernement) plaident pour une manière de faire plus douce, afin de préserver davantage les liens de la Grande-Bretagne avec ses voisins.

Et puis au-delà de la probable rupture brutale entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne, la question se pose également de savoir si la victoire des partisans d’un Brexit dur ne risque pas de menacer également l'unité du Royaume-Uni, lui-même ? C'est en effet toute la question, prévient à nouveau le TAGES ANZEIGER. Pour l’heure, il est encore impossible de mesurer les répercussions qu’aura un Brexit dur pour la cohésion entre les différents membres du Royaume-Uni. Mais, déjà, deux réflexions s'imposent. Tout d'abord, si les nationalistes écossais avaient proposé de se tenir coi en cas de Brexit soft, en revanche, avec un Brexit dur la revendication de l’indépendance écossaise reviendrait nécessairement à l’ordre du jour. Mieux vaut pour les Écossais se séparer du Royaume-Uni, considère déjà un chroniqueur du NATIONAL de Glasgow. Quant à l’Irlande elle apparaît, elle aussi, en proie au désespoir le plus total. Enfin, on pourrait également ajouter le cas de l'Irlande du Nord, où tout va à vau-l’eau, après que le gouvernement britannique a décidé hier de la tenue d'élections législatives anticipées le 2 mars prochain. Ce qui signifie que l'Irlande du Nord risque d'entrer dans une période prolongée de paralysie politique totale, au moment même où Theresa May déclenchera le fameux article 50 pour entamer les négociations formelles du Brexit avec l’UE. D'où la conclusion alarmiste signée, à nouveau, du FINANCIAL TIMES : Dur ou pas, le Brexit s'annonce surtout sanglant.

Par Thomas CLUZEL

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