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Le président russe Vladimir Poutine

Mission accomplie pour Vladimir Poutine

5 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la capacité de combat de l'armée russe en Syrie n'a guère été modifiée par le retrait partiel engagé depuis lundi. Aidées par l'aviation russe, les forces du régime syrien semblent à présent en passe de reprendre Palmyre.

Le président russe Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine Crédits : RIA Novosti

Hier, pour la quatrième journée consécutive, les collines qui entourent la cité antique ont été l’objet de violents combats, visant à s’emparer de la ville aux mains de l’organisation de l’État islamique. Les forces loyales au régime syrien de Bachar el-Assad, appuyées par des avions et des hélicoptères russes, sont désormais aux portes de la ville, aujourd'hui en ruine et où les gens se terrent dans les caves et dans tout ce qui peut servir d’abri dans l’attente de l’assaut final. Hier, les médias proches du régime de Damas montraient notamment une impressionnante colonne militaire partie de Lattaquié et chargée, semble-t-il, de finir le travail.

Car il semble bien, en effet, que l'on soit plus proche que jamais de l'assaut final. Ainsi, quand l'agence SPUTNIK titre, l'armée syrienne sur le point de libérer Palmyre, SYRIA DIRECT, la première chaîne de télévision publique national précise que les forces du régime ont réussit à s'emparer, pour la deuxième fois en trois jours, de la colline dite "900", le plus haut point de la petite chaîne de montagne aux alentours de la cité antique, distante d'à peine 4 kilomètres du centre de Palmyre. De sorte que la ville serait désormais directement dans la lunette de tir de l'armée, insiste la chaîne de télévision.

Bien sûr, la capture de cette colline a donné lieu à de violents combats, précise à son tour LE TEMPS de Lausanne, au cours desquels au moins une douzaine de combattants du Hezbollah auraient été tués. De son côté, Daech a posté une vidéo dans laquelle apparaît le cadavre de ce qu’elle présente comme un officier russe, en détaillant notamment son équipement militaire. Impossible, toutefois, d’en avoir le cœur net, tant les forces d’élite de l’armée syrienne ont, elles aussi, été équipées de matériel livré par Moscou. Reste que la présence de journalistes de télévisions russes à proximité des combats, comme plusieurs photos postées sur Facebook, semblent témoigner, en effet, de la présence sur le terrain sinon de soldats russes, du moins de conseillers militaires.

Et pourtant, il y a quelques jours à peine, Vladimir Poutine en personne avait annoncé le retrait des forces russes de Syrie.

En réalité, en annonçant le retrait surprise du gros de ses troupes, le président russe avait pris soin de préciser que cela ne concernait pas les opérations menées contre les groupes désignés comme «terroristes» et en particulier l’organisation État islamique. Dans un entretien publié, hier, par le quotidien KOMSOMOLSKAÏA PRAVDA, le chef d'état-major de l'armée a préciser que la Russie aura achevé le retrait de la majeure partie de ses troupes d'ici deux ou trois jours. En revanche, Vladimir Poutine a lui précisé de son côté que l'aviation russe poursuivrait ses frappes contre l'EI, Al Nosra et tous les autres groupes terroristes.

Et de fait, loin de cesser, les raids aériens à proximité de Palmyre ont plutôt redoublé d’intensité. Et d'ailleurs, en marge de la décision de Moscou de retirer une partie de ses troupes, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov avait lui d’une certaine manière affiché les intentions de la Russie. «Je crois que je ne trahis aucun secret : nous nous chargeons de Palmyre et les Etats-Unis de Raqqa», avait-il glissé. Or l'équation posée par Lavrov est aujourd'hui difficilement réalisable, précise toujours dans les colonnes du TEMPS un expert du Washington Institute : les Américains, dit-il, auront bien du mal à conquérir Raqqa (où habitent encore plusieurs centaines de milliers de civils contre quelques milliers seulement à Palmyre), du moins s’ils veulent respecter des critères, disons, occidentaux, en rapport avec le nombre de civils tués. Et ce faisant, pour la Russie, la libération de Palmyre serait évidemment brandie comme une preuve que sa stratégie est gagnante sur tous les plans. D'autant plus que la prise de Palmyre par l’État islamique au printemps dernier avait soulevé un haut-le-cœur mondial. Cette victoire s’était accompagnée, par la suite, de macabres décapitations mises en scène dans l’amphithéâtre romain. En d'autres termes, la Russie se retrouve aujourd'hui non seulement à deux doigts d’une victoire dont l’issue pourrait avoir d’importantes conséquences militaires mais aussi et surtout à l'aube d’une victoire symbolique.

Et voilà pourquoi, si la poursuite des frappes aériennes conduit certains commentateurs, à l'instar de l'éditorialiste du journal finlandais HÄMEEN SANOMAT, à penser que les annonces grandiloquentes du Kremlin ne sont que de la poudre aux yeux et qu'on ne se rapproche pas d’un iota de la paix en Syrie, d'autres, en revanche, saluent le coup de maître du Kremlin. Le quotidien slovaque SME rappelle ainsi que l’objectif premier de Poutine était d’empêcher une défaite d’Assad. Or au-delà des carnages éhontés de civils, cinq mois de bombardements russes ininterrompus en Syrie ont, en effet, permis de remettre en selle un Bachar el-Assad au plus mal l’automne dernier et désormais requinqué par des gains territoriaux dont il ne pouvait plus même rêver. Parallèlement à cet objectif militaire, Poutine a également réussit à mettre fin à l’isolement international de la Russie. En annonçant, notamment, le retrait du gros de ses troupes pile au début des négociations de paix de Genève, Poutine a laissé comprendre qu’il était l’artisan d'une paix qui ne pourrait être consolidée qu’avec le concours des Russes. Par ailleurs, à domicile, les Russes sont soulagés, car cette guerre n’a jamais eu la popularité de l’aventure ukrainienne. Enfin Moscou, qui a officiellement amassé ses forces en Syrie pour combattre le terrorisme (et non pour venir en aide au président syrien) vient de proposer une nouvelle fois aux Américains de se partager la tâche, en vue de vaincre l’organisation État islamique. Et du même coup de replacer les Occidentaux face à leurs responsabilités. D'où ce commentaire du quotidien CORRIERE DELLA SERA : mission accomplie pour Poutine.

Par Thomas CLUZEL

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