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Photo issue de la page Facebook de Fabiano Antoniani

Mort de Fabiano Antoniani : le droit de vivre et de mourir dans la dignité

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Après la mort en Suisse du musicien italien DJ Fabo, rendu aveugle et tétraplégique après un accident de la route, le débat sur la légalisation du suicide assisté est relancé en Italie.

Photo issue de la page Facebook de Fabiano Antoniani
Photo issue de la page Facebook de Fabiano Antoniani

Musicien et rêveur, Fabiano Antoniani (plus connu en Italie sous son nom de scène : DJ Fabo) était une star dans son pays. Mais lundi, commente LA STAMPA, c'est en Suisse qu'il est mort, à l'âge de 39 ans, sans même avoir pu voir la lumière qui, ce jour là, inondait le ciel de Zurich. Depuis son accident de la route, il y a trois ans, Fabiano, cloué sur son lit et perclus de douleurs était, en effet, devenu tétraplégique et aveugle. Il ne s'exprimait plus que difficilement, mais demandait à voir la fin. Le mois dernier, encore, après que la justice de son pays lui eût refusé le droit de mourir, il avait interpellé le président de la République italienne lui-même, dans une lettre ouverte publiée dans le CORRIERE DELLA SERA. Plus tard, il avait encore récidivé dans un message vidéo, cette fois-ci, lu par sa compagne : « Monsieur le président, avait-il supplié, je voudrais pouvoir choisir de mourir sans souffrir. Faites-moi sortir de cette cage ».

Lundi, il a finalement eût recouru aux services d’une association d’aide au suicide, en Suisse. « L’Etat m’oblige à émigrer pour pouvoir me libérer d’une torture insupportable et infinie ». « Fabo est mort à 11h40. Il a décidé de s’en aller en respectant les lois d’un pays qui n’est pas le sien », a notamment tweeter Marco Cappato, un radical-libéral, ex député européen qui avait décidé d'accompagner Fabiano Antoniani à Zurich. Pour ce geste, le politicien risque, d'ailleurs, 12 ans de prison. Hier après-midi,, il s'est rendu dans un commissariat de Milan pour se dénoncer.

A ECOUTER : La médecine face à l’euthanasie

Quoi qu'il en soit, depuis lundi, l’information fait donc la Une des quotidiens de la péninsule et relance le débat sur le suicide assisté. Car en Italie, si la Constitution reconnaît le droit de refuser les soins médicaux, en revanche, le suicide assisté est aujourd'hui considéré comme un délit et l’euthanasie active comme un homicide volontaire. Voilà pourtant près de 10 ans que la question se pose du choix des conditions de sa propre fin de vie. Depuis 2009, très exactement, et la décision de mettre un terme au coma végétatif d'une patiente, qui avait duré dix-sept ans. A l'époque, déjà, l'affaire avait déchiré le pays. Certains, hiérarque du Vatican en tête, avaient notamment crié à un abominable assassinat. 8 ans plus tard, le ton du débat dans la société a changé. Lundi, si l’Eglise catholique a fermement condamné la décision de DJ Fabo, l’archevêque de Bologne n'a pu que constater la difficulté de parler de son cas. Quant au président de l’Académie pontificale pour la vie, il a déploré une défaite amère pour tous. Tout en estimant qu’une loi ne peut être la solution. Pourtant, selon diverses enquêtes d'opinion, ils sont visiblement de plus en plus nombreux à penser qu'une loi, justement, favoriserait le respect de la dignité humaine et du libre arbitre. 60% des Italiens interrogés y sont actuellement favorables et 42% des médecins.

Le débat reste donc controversé en Italie. Comme en témoigne, d'ailleurs, les diverses tribunes qui s'affichent dans les pages des journaux. Le quotidien AVVENIRE, en particulier, juge que cette fin douloureuse est devenue, même avant d’avoir eu lieu, un événement publicitaire mis en avant par tous les médias et instrumentalisé sur le plan idéologique. Il devait corroborer, dit-il, une thèse établie d’avance : celle de la légitimité du suicide assisté et, en dernière instance, de l’euthanasie. Or que l’on partage ou non cette position, écrit encore l'éditorialiste, rien que ces remous peuvent faire douter des réels intérêts des défenseurs de l’euthanasie, qui brandissent le droit de vivre et de mourir dans la dignité.

Dans une tribune publiée, cette fois-ci par LA REPUBBLICA, l'écrivain et réalisateur Roberto Saviano pointe du doigt, lui, la politique qui n'ose pas affronter le tabou de l'euthanasie « par commodité ». « La politique a décidé que ces affaires n’étaient plus de son ressort, qu’en temps de crise, d’autres problèmes, et surtout ceux de nature économique, étaient prioritaires. Dans le fond, les minorités n’intéressent pas la politique. Et peu importe de qui il s’agit : d'homosexuels, d'étrangers, de couples stériles, de victimes de violences policières, de personnes en situation de handicap ou de personnes prisonnières, comme dans une cage dans leur propre corps qu’ils ne supportent plus. Voilà à quoi ressemble notre pays. Un pays où la vie doit continuer, aveugle aux obstacles et aux problèmes évidents». Et l’auteur qui s'est personnellement engagé dans le combat de son ami, d'ajouter : « Fabo, nous avons entendu ta requête. Tu as demandé le droit de mourir dans la dignité. Et rien ne justifie le silence avec lequel on t’a répondu. »

Pour être tout à fait exact, un projet de loi devrait être examiné ce mois-ci, pour donner un cadre légal à l'euthanasie, même si les pistes sont multiples quant à la forme que pourrait prendre ce cadre. Après avoir été repoussé plusieurs fois, une première discussion des parlementaires devrait avoir lieu en mars, précise LE TEMPS. Sauf que DJ Fabo ne l’attendra plus, lui qui s’est retiré de la scène, écrit IL MESSAGERO, où il aimait à briller dans la lumière et dans la musique.

Le 20 janvier dernier, raconte THE HUFFINGTON POST, DJ Fabo avait décrit, sur sa page Facebook, la manière dont il aurait aimé réellement mourir, s’il n’avait pas eu à subir tant de souffrances physiques. Et voilà ce qu'il écrivait : « Merde à l’ennui, merde aux problèmes, merde à la maladie, merde à la tétraplégie, merde à mes yeux aveugles, merde au connard, merde à la malchance. Maintenant, stop. Mets un disque et danse. Danse jusqu’à ce que tu n’aies plus de force, jusqu’à ce que la moindre goutte de transpiration s’évapore de ton corps, jusqu’à ce que tu sois tellement saoul et que tu ne puisses plus tenir sur tes pieds. Drogue-toi en toute conscience, jusqu’à ce que chaque partie de ton corps ressente la musique. Quand tout peut arriver, laisse la musique t’emporter jusqu’à ce que tu tombes, entouré des plus beaux rêves, peut-être, sans que tu ne puisses te réveiller. Voilà la mort dont j’ai toujours rêvé. »

Par Thomas CLUZEL

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