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Victime étendue sur la plage après l’attaque terroriste de Grand Bassam.

Mort et désolation à Grand-Bassam.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué l'attaque d'une station balnéaire, hier, en Côte d'Ivoire, qui a coûté la vie à 14 civils.

Victime étendue sur la plage après l’attaque terroriste de Grand Bassam.
Victime étendue sur la plage après l’attaque terroriste de Grand Bassam. Crédits : Joe Penney

Après le Burkina et le Mali, la Côte d’Ivoire a été la cible hier d’une attaque jihadiste, un commando armé faisant 16 morts et une vingtaine de blessés dans la station balnéaire et très populaire de Grand-Bassam. L'attaque a débuté à la mi-journée, peut-on lire sur le site ABIDJAN.NET. Six hommes armés sont venus dans une pinasse, ces embarcations de fortune faisant taxi collectif, pour débarquer sur la plage, avant de commencer à tirer sur les touristes. "On a entendu des coups de feu et on a vu des gens fuir, on a aussitôt compris que c’était une attaque", raconte un témoin qui a vu les assaillants parcourir la plage. "C’était l’horreur. Ils tiraient à bout portant et à plusieurs reprises dans la tête de leurs victimes". Le bilan est lourd : 14 civils, dont quatre Occidentaux et 2 soldats des forces spéciales ont péri dans l’attaque. Quant aux 6 assaillants, ils ont été tués. Une attaque revendiquée par Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique).

Le lieu de l’attaque n'a pas été choisi au hasard.

Grand-Bassam, station balnéaire située à une quarantaine de kilomètres à l’est d’Abidjan, est un lieu touristique, hautement apprécié par les familles ivoiriennes mais aussi les expatriés occidentaux, précise le site de la DEUTSCHE WELLE. Ville historique et ancienne capitale coloniale sur la côte du Golfe de Guinée, rappelle le site ABIDJAN.NET, elle représente un symbole extrêmement fort de la présence française en Afrique.

Cet attentat était sans doute prévisible.

Quand bien même la Côte d'Ivoire, frontalière du Mali dont les jihadistes ont un temps occupé le nord avant d’être chassés par une intervention militaire française, avait jusqu’ici été épargnée par les attentats de masse, cette attaque en Côte d'Ivoire n'est pas une surprise. Tout d'abord, écrit le journal burkinabé LE PAYS, on le sait, les djihadistes ont une sainte horreur des Occidentaux. Ensuite, cela faisait déjà un certain temps que les groupes djihadistes cherchaient à rééditer leur macabres exploits de Bamako et Ouagadougou, dans d’autres villes de la sous-région, pour montrer notamment qu’ils n’ont pas été anéantis par les opérations françaises et qu’ils conservent bien leur capacité de nuisance. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire subit les foudres du monstre islamiste parce qu’elle est la vitrine de la France dans la région. Or depuis l’intervention militaire au Nord-Mali, les djihadistes avaient menacé de faire rendre gorge à tous les pays qui ont envoyé des troupes dans le désert malien. Et de fait, la Côte d’Ivoire participe à la force de l’ONU déployée au Mali. Sans compter qu'un peu plus de 550 militaires français sont aujourd'hui stationnés dans le pays.

D'où la question soulevée par le journal de Ouagadougou : la Côte d’Ivoire paie-t-elle pour son engagement au Nord-Mali ? Réponse, très probablement oui. Surtout quand on sait qu’en juillet dernier, le groupe djihadiste Ansar Dine avait ouvertement menacé de frapper la Côte d’Ivoire et la Mauritanie qu’il accusait de coopérer avec les « les ennemis de l’islam ». Et puis il y a deux mois, cette fois-ci, dans une interview au site mauritanien AL-AKHBAR, un chef d’Aqmi avait lui menacé les alliés des "Croisés" de les frapper chez eux ainsi que les intérêts occidentaux.

Selon THE GUARDIAN, plusieurs analystes avaient ainsi récemment mis en garde contre un risque d’attaques de groupes islamistes au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Le pays, précise le site KOACI, était en état d'alerte et des dispositions sécuritaires préventives avaient été spécialement prises en ce sens, mais principalement à Abidjan et non à Grand-Bassam où a été perpétrée l'attaque d'hier. Quoi qu'il en soit, précise toujours le quotidien de Londres, les attaques terroristes qui ont fait des dizaines de morts ces derniers mois au Mali, au Burkina Faso et désormais en Côte d'Ivoire, ont brouillé la tâche des pays d’Afrique de l’Ouest en matière de sécurité face à la menace djihadiste.

De toute évidence, reprend le journal LE PAYS, cette dernière attaque sanglante est la preuve, pour ceux qui en doutaient encore, que le terrorisme ne connaît pas de frontières et que seule une action coordonnée et concertée peut permettre de venir à bout de ceux-là qui, au nom d’une idéologie ténébreuse, ont choisi de semer la mort et la désolation. Et ce combat ne peut être gagné sans la franche collaboration des populations qui, en matière de renseignements, peuvent fournir des informations fructueuses aux forces de défense et de sécurité. C’est à ce prix que l’on peut éviter une « somalisation » de la sous-région ouest-africaine désormais prise entre le marteau des djihadistes du Nord-Mali et l’enclume de Boko Haram qui écume le Lac Tchad.

Car le regain de violence en Afrique de l'Ouest pourrait bien ne pas s'arrêter là, prévient le magazine SLATE. Aqmi veut conserver son influence un temps disparue. Voilà pourquoi les pays de l'Afrique de l'Ouest alignés sur la France seront les prochaines cibles. C'est une stratégie construite. Ils veulent tuer le tourisme dans ces pays comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso et le Niger, comme Daech l'a fait de son côté en Tunisie. Depuis l'émergence de l'État islamique et ses actions spectaculaires, Al-Qaïda était jugé en perte de vitesse et voyait son influence se réduire auprès des jeunes recrues. Une concurrence entre les deux organisations terroristes qui exacerbe à présent la violence.

Par Thomas CLUZEL

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