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Manifestation en Corée du Sud contre la présidente et son éminence grise

Mystère et mysticisme, scandale politique en Corée du Sud

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye a limogé son chef de gouvernement et deux de ses ministres, en réponse à un scandale politique majeur impliquant son ex-confidente, Choi Soon-sil, toujours en garde à vue.

Manifestation en Corée du Sud contre la présidente et son éminence grise
Manifestation en Corée du Sud contre la présidente et son éminence grise Crédits : JUNG YEON-JE - AFP

Tandis que tous les yeux sont aujourd'hui rivés sur l’improbable campagne présidentielle américaine, voilà plusieurs semaines déjà qu'en Corée du Sud, une autre histoire non moins imprévisible, à même de faire vaciller les plus hautes sphères du pouvoir, agite le pays tout entier. De quoi s’agit-il ? L'affaire remonte au mois de septembre dernier lorsque, pour la première fois, les Sud-Coréens ont découvert les liens particuliers unissant la présidente Park Geun-Hye (élue en 2012) à son amie de jeunesse, Choi Soon-sil, désormais surnommée par la presse la «Raspoutine coréenne».

Cette femme de 60 ans, aujourd'hui placée en garde à vue pour trafic d’influence et corruption, aurait conseillé, pendant des années, l’actuelle occupante de la Maison Bleue (l'équivalent de la Maison Blanche à Séoul) et ce alors qu’elle n’avait ni mandat officiel, ni habilitation en matière de sécurité. Pour se faire, elle se serait uniquement contentée de sa relation privilégiée avec la présidente, une amitié de 40 ans. Et c'est ainsi, écrit le quotidien DONGA ILBO cité par le Courrier International, que la confidente, devenue secrétaire particulière, puis conseillère de l’ombre aurait réussit, au fil des ans, à manipuler mentalement la présidente.

On passera rapidement sur certains aspects anecdotiques de cette forme de manipulation, comme le fait, par exemple, qu'elle ait pu profiter de la garde robe luxueuse de la chef de l’État ou bien que sa relation ait favorisé l'admission de sa fille dans l'une des plus grandes universités de Corée. Plus ennuyeux, et comme le raconte THE GUARDIAN, les médias ont eu la preuve que Choi avait mis son veto à certains discours de la présidente, qu'elle intervenait sur la nomination des ministres, qu'elle a par ailleurs obtenu l’accès à des documents classifiés et même qu'elle a réussi à imposer des choix dans des domaines primordiaux comme la défense, l’économie ou la politiques étrangère. Certains médias locaux affirment que Choi serait, notamment, à l’origine de la posture intransigeante de la Corée du Sud envers son voisin nord-coréen.

Mais, là encore, ça n’est pas tout. Choi aurait également profité de ses entrées pour extorquer de l’argent aux principaux conglomérats du pays. En particulier, précise le magazine QUARTZ, elle aurait mis en avant son influence pour convaincre de grandes entreprises de donner plusieurs millions à deux fondations à but non lucratif, avant de détourner une partie des fonds levés vers ses propres comptes.

Enfin, dans un pays où la corruption reste un mal qui mine l’ensemble de la classe politique, ce scandale a pris une tournure particulière en raison de sa dimension mystique, écrit LE TEMPS. Choi Soon-Sil est la fille cadette d'un ancien policier, devenu chef d’un culte mystérieux appelé "l’Église de la vie éternelle", un gourou en somme dont elle est supposée avoir hérité des pouvoirs surnaturels. Et c'est donc au titre de chamane, raconte le magazine SLATE, que Choi aurait réussit à gagné la confiance de la présidente en affirmant être capable de rapporter des messages de sa mère défunte (l’ancienne Première dame assassinée en 1974, épouse de l’ex dictateur militaire qui dirigea le pays jusqu’en 1979). Bref, une relation à la fois mystérieuse et mystique qui a provoqué la colère de certains parlementaires (y compris, d'ailleurs, au sein de la majorité), l’un d’entre eux allant jusqu'à affirmer récemment que le pays était sous le coup d’une «théocratie terrifiante».

Cette histoire incroyable pourrait désormais faire tomber la présidente sud-coréenne

Après avoir dans un premier temps nié les faits, la présidente Park Geun-Hye a dû présenter ses excuses pour ce scandale. Elle a, par la suite, renvoyé dix de ses conseillers les plus proches, espérant ainsi apaiser la situation. Mais rien n'y a fait. Ce week-end, plus de 30 000 personnes ont manifesté à Séoul, pour réclamer sa démission. Une mobilisation, écrit le quotidien HANKYOREH, sans précédent depuis 1987 (date du soulèvement populaire qui avait entériné la démocratisation du pays).

Ce matin, la présidente a cette fois-ci limogé son chef de gouvernement et deux de ses principaux ministres, tout en annonçant vouloir à présent élargir son gouvernement au-delà de son seul parti (le parti conservateur déjà affaibli en avril dernier par une déroute aux législatives). Sauf que l'opposition a fait d'un examen approfondi de la relation entre la présidente et son éminence grise un préalable à toute participation au gouvernement. Quant à la principale formation de l'opposition (le Parti démocrate de Corée), elle a d'ores et déjà jugé ces remaniements purement cosmétiques.

En d'autres termes, à un an de la fin de son mandat, rien n'est moins sûr que ce remaniement suffise à sauver la présidente. Un sondage publié hier révèle, d'ailleurs, que moins de 10% des Sud-Coréens approuvent désormais son action. Toujours selon cette enquête, ils seraient par ailleurs 67% à souhaiter sa démission. C'est également l'avis du CHOSUN IBO, le plus gros journal du pays, ce scandale marque ni plus ni moins l’effondrement complet de la capacité de la présidente à diriger un gouvernement. La seule issue pour elle, dit-il, est de se retirer du gouvernement et de faire passer le bien du peuple en premier.

Quant à Choi Soon-sil qui, depuis le mois de septembre s’était réfugiée à Francfort où elle possède plusieurs biens immobiliers, elle a fini, sous la pression croissante de l’opinion publique, par rentrer à Séoul. Elle s’est présentée lundi à la police, en admettant oralement avoir commis "un crime qui ne serait réparable que par la mort’”, écrit le KOREA TIMES. Elle refuse, en revanche, de reconnaître tout trafic d’influence. Ce matin, elle a de nouveau été escortée au bureau du procureur, pour une troisième journée d'auditions. Des images de la chaîne YTN l'ont montrée à son arrivée, vêtue d'un long manteau noir, le visage caché par un masque chirurgical. Selon des sources officielles citées par l'agence sud-coréenne YONHAP, les enquêteurs devraient demander aujourd'hui son placement en détention provisoire.

Par Thomas CLUZEL

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