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Ne jamais sous estimer l'effet de surprise

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les victoires, ce week-end, d’Alexis Tsipras lors des élections législatives en Grèce, mais aussi des Japonais en Coupe du monde de Rugby font mentir les sondeurs.
Ne jamais sous estimer l'effet de surprise
On les disait désenchantés, déçus par la politique menée depuis sept mois en Grèce par le parti de la gauche radicale Syriza. Et pourtant, hier, les Grecs ont à nouveau apporté leur soutien à Alexis Tsipras. Contrairement à ce que laissait penser les derniers sondages, non seulement le chef de file de la gauche radicale devance largement les conservateurs de la Nouvelle démocratie, mais avec un peu plus de 35,5% des voix, il obtient pratiquement le même résultat qu’aux élections qui lui avaient permis d’accéder au pouvoir. C'était en janvier dernier.

Former Greek prime minister and leader of leftist Syriza party Alexis Tsipras holds his ballot as he exits a voting booth during
Former Greek prime minister and leader of leftist Syriza party Alexis Tsipras holds his ballot as he exits a voting booth during Crédits : Michalis Karagiannis - Reuters

Malgré une forte abstention, près de 44%, les Grecs ont donc donné une deuxième chance à celui qui avait fait le pari de démissionner. Et ce faisant, Alexis Tsipras remporte, en réalité, un triple pari, titre ce matin LA PRESSE de Montréal : tout d'abord en ramenant aisément son parti "Syriza" au pouvoir, ensuite en reformant une coalition avec la droite souverainiste des "Grecs Indépendants", et enfin en se débarrassant définitivement de l'aile gauche de son parti, "Unité populaire", qui rassemblait les députés dissidents du Syriza et qui n'a pas réussi à trouver assez d'électeurs hier pour entrer au parlement. Et voilà comment Tsipras s’impose donc désormais comme le maître du jeu politique en Grèce, renchérit son confrère du DEVOIR.

Bien entendu, certains n'en reviennent toujours pas ce matin. Sérieusement, Syriza a encore gagné les élections ? s'interroge notamment THE DAILY BEAST. De son côté le journal économique de Londres FINANCIAL TIMES, s'efforce lui d'énoncer ce matin les raisons de se dire soit optimiste, soit pessimiste. Sauf qu'en réalité, on comprend assez vite à la lecture du journal que l'exercice est biaisé. En clair, soit on considère que l'affaire est désormais entendue, comprenez le résultat de l'élection est un désastre car elle ne change rien aux problèmes profonds auxquels sont confrontés le pays ; soit on prend la victoire d'Alexis Tsipras comme un gage de stabilité, sans lequel la Grèce n'aurait eu aucune chance de remplir les conditions de son dernier plan de sauvetage. En d'autres termes, pour le quotidien de Londres, la Troïka n'aurait rien à craindre de la victoire d'Alexis Tsipras puisqu'au contraire, Syriza ainsi débarrassé de ses éléments les plus extrêmes va enfin pouvoir gouverner au sein d'une coalition où toutes les parties auront à cœur, dit-il, de satisfaire les créanciers, grâce à tout une série de réformes portant notamment sur le système de retraite mais aussi des impôts. Ou comment sortir de la dépression, tout en répondant aux exigences des créanciers.

Même analyse pour son confrère grec, I KATHIMERINI. Selon le quotidien d'Athènes, la victoire d'Alexis Tsipras hier doit être accueillie comme une bonne nouvelle par Bruxelles. Et pourquoi ? Parce que les réformes et les mesures d'austérité présentées dans le troisième programme de sauvetage seront plus faciles à mettre en œuvre avec Syriza au pouvoir, plutôt que dans l'opposition. A ceci près, nuance toutefois le journal, qu'Alexis Tsipras est aujourd'hui l'acteur dominant de la scène politique grecque et que lui et lui seul décidera de la voie à prendre. Rappelons d'ailleurs que la veille de l'élection, le même journal I KATHIMERINI ne plaidait pas franchement pour une victoire de Syriza. Quelque chose me dit qu’Alexis Tsipras est un homme fini, écrivait alors l'éditorialiste, avant d'ajouter : l’Histoire est cruelle et elle n’hésite pas à reléguer certains politiciens en bas de page. En l'occurrence, ce sont plutôt les sondeurs et les conservateurs qui feraient mieux, de temps en temps, de se mettre à la page.

Eux aussi ont fait mentir tous les sondeurs de mauvais augure, eux, ce sont les rugbymen japonais. Ce week-end, ils ont réalisé le premier exploit de la Coupe du monde en battant l’Afrique du Sud 34 à 32.
Au terme d’un match héroïque, le Japon, qui jusque-là n’avait remporté qu’un seul match en phase finale de Coupe du monde, s’est imposé, sur le fil, samedi contre les Springbox. D'où le portrait à lire dans l'hebdomadaire AERA cité par le Courrier International, de l'entraîneur de cette équipe pour le moins surprenante. Eddie Jones, né d’un père australien et d’une mère japonaise, cet entraîneur brillant, qui en 2003 avait conduit l’Australie en finale de “sa” Coupe du monde, a été nommé il y a à peine 3 ans pour reprendre en main l’équipe nationale japonaise.

Rugby Union - South Africa v Japan - IRB Rugby World Cup 2015 Pool B.
Rugby Union - South Africa v Japan - IRB Rugby World Cup 2015 Pool B. Crédits : Reuters Staff - Reuters

Comment s'y est-il pris pour pouvoir guider au mieux ses joueurs ? Réponse : il a tout d'abord fait le tour des entraîneurs pour observer leurs différentes approches. Et puis en assistant, notamment, à des matchs d’entraînement de sumo, il a décidé qu’il ferait l’exact contraire de ce qui est pratiqué dans ce sport traditionnel. “Les sumotoris boivent les paroles du maître entraîneur et ne pensent pas, par eux-mêmes, pour savoir ce qui serait le plus efficace dans le combat. Eh bien moi j’ai juré que je ferais réfléchir mes joueurs”, confie-t-il dans les colonnes de l’hebdomadaire. Et c'est ainsi que les membres de l’équipe ont été notamment surpris par cet entraîneur qui n’hésite pas à interrompre les entraînements, s’il voit son équipe jouer “comme des moutons”.

Preuve qu'en favorisant la réflexion et en s'écartant du modèle unique, fut-il ancré dans la sacro sainte tradition, on peut aussi bâtir une équipe qui gagne.

Par Thomas CLUZEL

Pour en savoir plus sur le rugby japonais, découvrez notre "Pixel" la nouvelle cartographie du rugby

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