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Donald Trump en campagne dans l'Indiana

On ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut

6 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Donald Trump empêtré dans une rébellion du camp républicain. The Grand Old Party est-il mort ?

Donald Trump en campagne dans l'Indiana
Donald Trump en campagne dans l'Indiana Crédits : Aaron Bernstein

Depuis ce mardi 3 mai 2016, la presse américaine n'en finit plus d'aligner les titres sur la voie royale qui s’ouvre désormais pour Donald Trump. A présent, Trump est assuré de bénéficier du soutien embarrassé des élites du parti républicain lors de la convention de juillet, regrette notamment THE NEW YORK TIMES. Et de fait, cette quasi-victoire a visiblement un goût amer pour nombre de commentateurs. Ainsi, quand le tabloïd new-yorkais NY DAILY NEWS met à sa une un éléphant (symbole du Parti républicain) dans un cercueil avec la mention "Parti républicain – 1854-2016, The Grand Old Party tué par une épidémie de Trump" ; de son côté, l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST publie lui à sa Une, ce matin, une caricature du milliardaire déguisé en homme de cirque, installé sur un éléphant manifestement agacé par l'homme qui s'agite sur son dos, avec ce titre : "le triomphe de Trump ou la tragédie de l'Amérique".

Nombreux sont ainsi les éditorialistes et notamment parmi ceux classés à droite à jurer, désormais, qu'ils ne voteront jamais pour le milliardaire. Quand Lachlan Markay, journaliste conservateur au FREE BEACON montre, photo à l'appui, qu'il a brûlé sa carte électorale, son confrère Philip Klein, rédacteur en chef de la revue conservatrice WASHINGTON EXAMINER annonce, officiellement, s'être désinscrit en tant que républicain. Enfin, Erick Erickson, là encore auteur conservateur très influent, s’en prend, lui, directement au parti pour n’être pas parvenu à placer une limite contre les déclarations d’intolérance du candidat. Pourquoi le parti républicain n’a-t-il pas dit que c’était inacceptable ?, s’interroge-t-il sur le site THE RESURGENT, tout précisant aussitôt qu’il n’aidera pas les électeurs à commettre un suicide national.

La publication THE HILL a, quant à elle, recensé une centaine de personnalités républicaines s’étant publiquement engagées, là encore, à ne pas voter pour Donald Trump, dont Mitt Romney (candidat à la présidentielle de 2012 battu par Barack Obama), lequel parle de Trump en évoquant rien de moins qu'une arnaque et un misogyne. A présent, Trump, ce sont ce sont ses amis républicains qui en parlent le mieux, ironise ainsi le magasine SLATE, qui recense à son tour toutes les méchancetés lâchées par les dirigeants du Parti sur leur probable candidat. Quand Ted Cruz évoque un tyran, Marco Rubio parle, lui, d'escroc. Hier, dans une interview à la chaîne CNN, le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, a lui-même déclaré qu'il n'était pas être prêt, en l'état actuel des choses, à soutenir Donald Trump. Enfin ni George Bush ni son fils, George W., n’approuvent les attitudes et idéologies du magnat de l’immobilier et c'est ainsi que plusieurs médias outre-Atlantique rapportent, ce matin, qu'ils ne soutiendront pas sa candidature.

Bien évidemment, avec de telles gentillesses proférées par les concurrents du probable candidat du parti, Hillary Clinton, elle, se frotte les mains. Pour l'un de ses tous premiers clips de campagne, publiés après la quasi-victoire de Donald Trump, la candidate démocrate n'a eu qu'à aller piocher dans les arguments du camp adverse. Et le montage est dévastateur. L'équipe de campagne d'Hillary Clinton a également dévoilé un autre clip, tout aussi frappant, mais plus classique, celui-ci, montrant l'ensemble des propositions avancées par le milliardaire depuis le début de sa campagne : l’abolition des zones sans armes dans les écoles, ou bien encore l'interdiction d'entrée des immigrés musulmans aux États-Unis. Comme l'explique le site QUARTZ, la bataille entre Clinton et Trump vient juste de commencer mais déjà, Clinton montre qu'elle projette de laisser la candidature Trump parler pour elle, dans un scrutin dont les premiers chiffres la placent, pour l'instant, en position de favorite.

Il reste, quand même, certains républicains pour apporter aujourd’hui leur soutien, même tardif, au grand favori de la primaire.

Il y a un terme qui décrit, d'ailleurs, tous ces soutiens de la dernière minute : les Républicains de Vichy (la référence est assez explicite). Dans son podcast consacré à Donald Trump, le président et directeur de la publication américaine SLATE leur a même consacré un épisode. Quand on parle des Républicains de Vichy, on ne parle pas des fous furieux qui soutiennent Trump depuis le début. Eux sont des idiots, mais des idiots sincères. Non, on parle des lâches sans conscience morale, ceux qui sont censés avoir des principes conservateurs, mais qui finissent par lécher les bottes du futur dictateur. Ce sont les gens qui savent, ou qui devraient savoir, que Trump est une menace, mais qui veulent seulement être du côté des vainqueurs. Eux sont pires que les vrais soutiens de Trump, dit-il, parce qu'ils le soutiennent par pure opportunisme. Et d'en conclure : regardez ce wagon, parce qu'au cours des prochains jours, il va accumuler beaucoup d'autres passagers.

De son côté le site américain VOX ironise, à présent, sur ce qui pourrait empêcher Donald Trump d’être nommé officiellement candidat. Il faudrait que quelque chose d’inimaginable arrive. Il pourrait, par exemple, être touché par la foudre. Ou bien pourrait retirer son masque de Trump et révéler qu’il est en fait et depuis tout ce temps Ethan Hunt, de “Mission impossible”. A part ça, je ne vois pas trop, se désole l'éditorialiste. Bien sûr, en matière de politique américaine, il ne faut jamais dire jamais, dit-il, mais cette fois, il y a une exception.

Enfin de nombreux artistes tiennent, à présent, à marquer leur opposition à Donald Trump. Plusieurs se sont plaints, en effet, de l'utilisation sans autorisation par le milliardaire de leurs chansons et ont exigé que cela cesse, en particulier la chanteuse Adele, mais aussi Neil Young ou le groupe R.E.M. Hier, ce sont les Rolling Stones qui ont enjoint Donald Trump de ne plus utiliser leur musique pour ses meetings de campagne. Parmi ceux-ci, "You Can't Always Get What You Want". Et gageons, en effet, que Trump ne pourra pas toujours obtenir ce qu'il veut.

Par Thomas CLUZEL

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