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Donald Trump (g) et Hillary Clinton (d).

#NeverTrump ou le désarroi républicain.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Donald Trump et Hillary Clinton ont largement dominé leurs rivaux lors des primaires américaines du "Super mardi". La route vers l'investiture pour la présidentielle leur est désormais grande ouverte.

Donald Trump (g) et Hillary Clinton (d).
Donald Trump (g) et Hillary Clinton (d). Crédits : Jim Tanner

Hier était le jour le plus important des primaires aux Etats-Unis, puisque treize Etats votaient simultanément à l'occasion du fameux « Super Tuesday ». Ce Super Mardi aura vu, en une seule journée, environ un cinquième des délégués démocrates et près d'un quart des délégués républicains attribués pour la convention des deux partis l'été prochain. Et comme attendu, Hillary Clinton et Donald Trump ont largement dominé leurs rivaux, l'une et l'autre s'imposant dans au moins six Etats et même sept pour le candidat républicain. Or même si la plupart des commentateurs cherchent désormais à se rassurer, en se persuadant qu'Hillary Clinton sera la prochaine locataire de la Maison Blanche, c'est bien l'ascension fulgurante de Donald Trump, que plus rien ne semble pouvoir aujourd'hui arrêter, qui retient l'essentiel des observations dans la presse.

A commencer par une sorte de mea culpa général. Ceux qui se demandaient s’il fallait prendre la candidature de Donald Trump au sérieux ont désormais la réponse, note ainsi THE GUARDIAN. L’improbable candidat est devenu un concurrent sérieux, acte à son tour THE WASHINGTON POST. Et pourtant, pendant près de huit mois, chacun s'était rassuré en parlant de phénomène éphémère et burlesque, rappelle LA REPUBBLICA. Même les autres candidats le ménageaient avec complaisance. Et puis, ils ont soudainement compris, peut-être trop tard, la gravité du danger.

Et c'est ainsi, précise LE TEMPS, que chez les républicains on ne se demande même plus comment arrêter Donald Trump, on se contente désormais d’espérer, à demi-mot, que les démocrates le stoppent sur le seuil de la Maison-Blanche, si les conservateurs n’y parviennent pas eux-mêmes. C’est dire l’ambiance qui règne à droite. Depuis une semaine, Donald Trump est devenue, en effet, la cible d'attaques tous azimuts. Il s'est vu notamment reprocher d'avoir refusé de condamner le Ku Klux Klan, d'avoir retweeté une citation de Mussolini, de forcer sur le faux bronzage ou bien encore d'être lié à la mafia du bâtiment. Son adversaire républicain Marco Rubio, en particulier, n'hésite plus à faire dans le registre graveleux, en se moquant des petites mains du milliardaire. Le sénateur de Floride a également fustigé l’hypocrisie de son rival, lequel claironne son discours anti-immigration alors même qu'il a engagé près de deux cents clandestins polonais pour ériger sa fameuse Tour au cœur de Manhattan. Enfin lundi, c'est l'animateur réputé d’une radio conservatrice qui illustrait, là encore, le désarroi républicain sous le hashtag #NeverTrump.

Les élites du Parti républicain tentent par tous les moyens de faire barrage au milliardaire, mais plongent du même coup leur camp dans une crise identitaire sans précédent.

Pour le Grand Vieux Parti, l’heure est grave. Si Trump devient le candidat officiel, plusieurs républicains prédisent même l’éclatement du parti. Sur le site d'opinion FIVE THIRTY EIGHT, notamment, il est écrit que les Républicains pourraient ainsi être obligés de répudier Trump pour survivre. Et c'est ainsi que certains fomentent, en effet, déjà un coup contre Donald Trump lors de la convention de Cleveland l'été prochain. Dans le camp de Marco Rubio, en particulier, on le dit aujourd'hui ouvertement : les délégués ne sont liés à leur vote que pour un premier tour de scrutin. Ils pourraient donc, selon lui, s’affranchir de voter pour Trump dans un éventuel second tour. De son côté, le chef des républicains du Sénat préparerait ses collègues à diffuser des publicités négatives contre Trump si ce dernier devenait le candidat officiel, croit savoir THE NEW YORK TIMES. La logique est très claire : à ses yeux, Trump étant certain de perdre face à Clinton, autant assurer la réélection de plusieurs républicains au Sénat pour faire contrepoids à une présidence démocrate.

A présent, certains conservateurs affirment même publiquement qu'ils ne voteront pas Donald Trump à la présidentielle s'il portait les couleurs de leur parti. Sauf que le milliardaire, lequel dit avoir dépensé personnellement 25 millions de dollars à ce jour, a déjà laissé entendre qu'en cas de mauvais coup du parti républicain, il pourrait se présenter en candidat indépendant. Voilà pourquoi, si le Parti Républicain veut éviter de se retrouver totalement désemparé, il n'a plus qu'une seule solution, analyse le magazine SLATE : transformer cette course à l'investiture en duel. Point barre. Dans cette perspective, Rubio semble aujourd'hui le favori de l’establishment conservateur. Mais même si Cruz commence à être distancé par Rubio, quelle serait la raison qui pourrait le pousser à se retirer ? La plupart des candidats se retirent quand ils n'ont plus d'argent. Or l'argent n'est pas un problème pour lui. Et si ses soutiens n'augmenteront probablement pas tant que Rubio est en lice, ils ne s'effondreront pas non plus.

Tous les espoirs se reportent désormais sur le camp démocrate.

Du côté d’Hillary Clinton, qui apparaît de plus en plus comme la probable nominée démocrate, un plan anti-Trump est déjà en cours d’élaboration. THE NEW YORK TIMES raconte ainsi que plusieurs responsables de sa campagne envisagent désormais un combat serré face à Trump. Leur plan reposerait sur trois points principaux : tout d'abord présenter Trump comme un businessman sans cœur qui a travaillé toute sa vie contre les intérêts de la classe ouvrière à laquelle il fait appel aujourd’hui ; ensuite ressortir les commentaires dégradants qu’il a faits à propos des femmes pour récupérer notamment le vote des femmes des banlieues, pas vraiment enclines à voter Clinton ; et enfin mettre en avant son tempérament explosif pour montrer qu’il n’est pas apte à être commandant en chef.

Finalement il n'y a guère que le chroniqueur du SOUTH CHINA MORNING POST de Hong Kong, repéré par le Courrier International, pour espérer la victoire de Donald Trump. Et non, je ne suis pas frappé de démence, pas plus que je ne me range du côté de ses partisans aussi fanatiques que bas de plafond, tient-il aussitôt à préciser. Vous vous souvenez, sans doute, du président républicain George W. Bush ? Pendant les huit années qu’il a passées à la Maison-Blanche, sa bouffonnerie, son ignorance crasse et son quasi-analphabétisme ont été une source quotidienne de divertissement. En comparaison, dit-il, la présidence de Barack Obama a été d’un ennui mortel. Toutes ces promesses de changement, toute cette intelligence, cet idéalisme pour un bilan à peu près nul. Et voilà que débarque Donald Trump. La candidature du magnat de l’immobilier et star de télé-réalité a été accueillie comme une blague lorsqu’il l’a annoncée en juin dernier. Et d'en conclure, aujourd’hui, la farce continue, mais les rieurs ont changé de camp.

Par Thomas CLUZEL

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