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Drapeaux européen et espagnol

Nouveau sujet de friction au sein de l’UE

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'UE débat actuellement d'éventuelles sanctions contre le Portugal et l'Espagne, qui n'ont pas atteint les objectifs budgétaires qu'ils s'étaient fixés pour l'année 2015.

Drapeaux européen et espagnol
Drapeaux européen et espagnol Crédits : Juan Medina

Le déficit public espagnol a atteint l'an dernier 5% du Produit intérieur brut, c'est-à-dire, bien au-delà des 3% fixés par le pacte de stabilité. Quant au Portugal, son déficit a dépassé les 4%. Or en cas de dérapage, les contrevenants peuvent, se voir infliger une amende allant jusqu'à 0,2% de leur PIB. La décision définitive devait être prise hier. Mais la Commission restant divisée sur le sujet, il est probable que celle-ci accorde, in fine, un délai supplémentaire aux deux pays pour annoncer des mesures de réductions de leurs déficits. En revanche, le 12 juillet prochain, les ministres des Finances de l'UE auront, eux, le dernier mot.

Et bien évidemment, il est un fait qui pourrait désormais changer quelque peu la donne. L'issue du référendum britannique a donné de nouveaux arguments à Madrid et Lisbonne. En clair, les sanctionner serait «un très mauvais signal pour l'Europe», a notamment averti le Premier ministre portugais. Sans compter que le cas échéant, le Portugal et l'Espagne deviendraient ainsi les premiers pays de la zone euro à se voir infliger la fameuse amende.

Les États endettés méritent-ils d'être sanctionnés ?

Ces sanctions ne sont pas automatiques. La décision dépend toujours de l’engagement du gouvernement en place et des mesures mises en œuvre pour atteindre les objectifs budgétaires. Sauf que ce qui irrite désormais Bruxelles, c’est que les excuses qui, par le passé, ont permis de justifier ces écarts ne vaudraient plus aujourd’hui, note le quotidien de Lisbonne JORNAL DE NEGOCIOS.

Ce qui n'empêche pas, d'ailleurs, de jeter un œil précisément dans le rétroviseur. Ce que n'a pas manqué de faire son confrère DIARIO ECONOMICO. Entre 1995 et 2015, la barre des 3% de déficit, fixée par le traité de Maastricht, a été dépassée 114 fois par les États membres de l'UE. Et savez-vous quel pays a enfreint cette règle le plus souvent ? Le Portugal ? Non. L'Espagne ? Non. Alors peut-être la Grèce ? Non plus. L’Irlande ? Encore raté. Le plus mauvais élève en la matière n'est autre que ... la France. Le pays a raté l'objectif à onze reprises. Mais l’Allemagne aussi a déjà violé cette règle d’or. Et en l'occurrence, pas une fois, pas deux, ni même trois, mais cinq fois ! Alors vous me direz qu'Allemands et Français ont très vraisemblablement été sanctionnés pour ces incartades, poursuit l'éditorialiste. Eh bien non, jamais. En 2004, notamment, alors que les deux pays avaient dépassé la barre des 3%, on a tout simplement choisi de ne pas appliquer la règle. Et ce pendant deux années entières. Et le journal, du coup, de s'interroger : pourquoi cette règle existe-t-elle donc ? Réponse, pour que l'on puisse l'enfreindre, pardi !

Dès-lors, l'autre question pourrait-elle celle-ci : cette règle ne devrait-elle pas, tout simplement, être supprimée ? Selon la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, la réalité politique dans les États membres de l’UE est de moins en moins en phase avec les limites établies dans le cadre du pacte de stabilité. Après sept années de crise, la situation a changé dans de très nombreux pays : les dettes se sont accumulées, les entreprises ont mis la clé sous la porte ou se sont délocalisées, les gens cherchent en vain un emploi. Et dans ce contexte, les règles budgétaires semblent, dit-il, dater d’un autre temps. Sans compter que plus grave encore, on assiste aujourd'hui au délitement du socle politique qui soutenait auparavant ces pays. Le cas le plus flagrant est sans doute celui de l'Espagne où les électeurs ont été appelés à se rendre dans les bureaux de vote à deux reprises en l'espace de quelques mois, sans qu'aucune des deux formations historiques, les conservateurs d'un côté et les socialiste de l'autre, ne puisse pour autant prétendre aujourd'hui former et diriger aisément un gouvernement.

Désormais les populistes mobilisent massivement partout

Les petites gens contre les grands d'en-haut, c'est avec cette formule écrit le TAGESPIEGEL, que le populisme a réussit à déchirer aujourd'hui l'UE. C'est même là l'un des principaux enseignements de la crise. A quelques rares exceptions, les élections de ces dernières années (européennes, nationales ou locales) ont vu en effet la montée des partis populistes, renchérit le magazine SLATE. Ils ont drainé vers eux les couches populaires, qui pour beaucoup d’entre elles votaient traditionnellement à gauche. La tendance, d’ailleurs, s’est confirmée lors du référendum britannique où un tiers des électeurs proches du Parti travailliste s’est prononcé pour la sortie de l’UE.

Et puis c'était également le cas, souvenez-vous, en Grèce. Il y a un an, rappelle toujours le magazine, l’eurogroupe avait placé le pays devant un choix simple mais terrible : l’austérité ou le Grexit. Pour tenter de sortir de ce dilemme insoluble, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, avait joué son va-tout en consultant ses concitoyens. Le «non» l’avait certes emporté, mais quelques jours seulement après le vote, Tsipras avait dû passer sous les fourches caudines de l’UE et entériner des mesures d’économies pourtant dénoncées naguère comme criminelles. Et depuis, l’Europe, sous l’influence allemande, non seulement refuse toujours d’envisager une remise de dette mais pousse même à la mise en œuvre d'autres réformes.

Bref, l’UE est donc bien aujourd'hui l’objet sur lequel se cristallisent tous les mécontentements. L'Europe symboliserait en somme, aujourd'hui, une espèce d'entreprise gérée par une élite mondialisée pour son propre profit. Or dans ce contexte, prévient aussitôt le journal grec NAFTEMPORIKI, continuer sur la voie d’une germanisation de l’Union, guidée par des obsessions monétaires monolithiques, entraînera selon lui, la dissolution de l’UE. Ou dit autrement, conclue le magazine SLATE, même si le fonctionnement de l’Europe doit être démocratisé, ce n’est pas avec une meilleure gouvernance de la zone euro que les citoyens qui l’ont désertée la rejoindront.

Par Thomas CLUZEL

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