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L'ombre de Martin Schulz, après les résultats des élections régionales en Sarre

Où est passée la « Schulzmania » ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Le parti conservateur d'Angela Merkel a nettement remporté les élections en Sarre, douchant dans l'immédiat les espoirs des sociaux-démocrates de faire chuter la chancelière allemande lors des législatives en septembre.

L'ombre de Martin Schulz, après les résultats des élections régionales en Sarre
L'ombre de Martin Schulz, après les résultats des élections régionales en Sarre Crédits : TOBIAS SCHWARZ - AFP

Hier, en Allemagne, avaient lieu des élections régionales dans la Sarre. Or rarement des élections avaient eu autant valeur de test au niveau fédéral, note ce matin la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Pourquoi ? Tout d'abord, parce qu'il s'agissait du premier des trois votes régionaux prévus d'ici aux élections législatives du 24 septembre prochain. Ensuite, parce que comme au niveau fédéral, cette région est gouvernée depuis 2012 par une grande coalition CDU SPD, avec à sa tête une ministre présidente aussi populaire et respectée que la chancelière. Enfin, il s'agissait du premier scrutin depuis l'élection à l'unanimité de Martin Schulz à la tête du parti social-démocrate. Et d'ailleurs, l'ex président du Parlement européen n'avait pas ménagé son soutien à la tête de liste SPD, gageant que celui-ci bénéficierait à plein de la véritable "Schulzmania" qui semble avoir gagné le pays. A l'inverse, la chancelière, elle, qui ne s’était rendue qu’à deux reprises dans la Sarre pour soutenir sa candidate, avait essuyé de nombreuses critiques dans ses rangs, où on s’inquiétait de son apparent manque d’empressement à entrer dans la campagne, en vue des élections de septembre.

Sauf qu'hier l'effet Schulz n'est pas parvenu à renverser la table, titre ce matin le TAGES SPIEGEL. Porté par des sondages pourtant favorables, le parti social-démocrate s'est même retrouvé nettement distancié avec 29.6% des suffrages (en baisse de 1 point par rapport aux précédentes élections), contre 40,7% pour le parti conservateur d'Angela Merkel (qui progresse, lui, de près de 6 points dans la région).

Evidemment, toute la question ce matin est de savoir s'il y a des conclusions à tirer de ce scrutin régional, dans la perspective des élections fédérales. Pour le SPIEGEL ONLINE, il s'agit d'une victoire trompeuse pour Angela Merkel. Selon lui, la victoire de la CDU en Sarre tiendrait, en effet, davantage de la popularité de la tête de liste Annegret Kramp-Karrenbauer, que d'un vote d'adhésion à Angela Merkel. Au pouvoir depuis 2009, cette proche de la chancelière bénéficie aujourd'hui d’une cote de popularité exceptionnelle, avec 76% d’opinions positives, nullement écornée par huit années au pouvoir. Voilà pourquoi, renchérit la correspondante du TEMPS, « l’effet Schulz », tant attendu par les sympathisants de la social-démocratie, n’a pas suffi pour compenser « l’effet AKK », comme ses administrés appellent affectueusement leur ministre-présidente.

Mais ce scrutin n'en demeure pas moins une vraie déception pour Martin Schulz, lui qui il y a encore tout juste une semaine (pour symboliser l'enthousiasme des sociaux-démocrates autour de leur nouveau leader plébiscité pour supplanter Angela Merkel aux prochaines législatives) faisait la Une de DIE TAGESZEITUNG avec ce titre : « Roll over Angela », sur un photomontage montrant le visage de Schulz sur le corps de Chuck Berry tout juste disparu.

Dès-lors, comment expliquer cette première défaite du nouveau parti social-démocrate ? Tout d'abord, la passion ne fait pas tout. Si, à la différence d'Angela Merkel, Martin Schulz est animé d'une ferveur indéniable, cet élément ne sera pas déterminant, assure la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Celle que certains jugent grillée sera opposée à celui qui incarne, pour beaucoup, le renouveau. Mais en des temps troublés, ces qualificatifs sont susceptibles d'évoluer rapidement. Merkel a montré, notamment, lors de son entretien avec Donald Trump ce dont elle était capable. Ce qui montre que des prétendus inconvénients peuvent, aussi, se transformer en avantages. Dans un contexte politique mondial délicat, marqué par les simagrées autoritaires, le laconisme émotionnel de Merkel est aujourd'hui un atout. A côté de l'inconstant président américain, la chancelière a été l'incarnation même de la constance. Or en cette année électorale en Allemagne, il faudra voir quelle sera la force de telles images, si celles-ci peuvent estomper la lassitude ressentie à l'endroit de Merkel, voire, l'emporter sur la fraîcheur de Schulz.

Et puis la route est encore longue, d'ici aux élections de l’automne prochain, fait remarquer pour sa part DER STANDARD. Bien sûr, après des années de vache maigre, on comprend l'emballement des sociaux-démocrates. C'est vrai que la période de la grande coalition au côté et sous l’égide de la chancelière allemande n'a pas été simple pour le SPD. A présent, tout semble possible pour eux, même la chancellerie. Mais pour cela, prévient aussitôt le journal, l'euphorie devra durer et se transformer, d'ici l'automne, en intentions de vote. Or à ce titre, le résultat d'hier est un échec patent.

La faute aussi, peut-être, à ce battage médiatique qui entoure actuellement Martin Schulz, note la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Un battage médiatique qui n'a pas empêché, hier, tous les ballons à l'effigie de Martin Schulz de se dégonfler.

Enfin, on pourrait ajouter un autre élément d'explication. Dans un article publié par le quotidien DER TAGESPIEGEL et repéré par le Courrier International, Martin Schulz y est comparé à un certain Emmanuel Macron. Ce qui les unit, c’est d’être perçus dans l’opinion comme des nouveaux venus. Si Martin Schulz suscite de grands espoirs au SPD, pas de l’usure de la grande coalition des trois dernières années. Par ailleurs, nombre de citoyens voient en lui un nouveau visage. Quant à Emmanuel Macron, il incarne un renouveau de fond en comble, plus encore que Schulz. Reste que l’enthousiasme que suscitent Macron et Schulz fait parfois oublier que les deux candidats ne sont pas si différents, en réalité, de tous les autres. En admettant qu'Emmanuel Macron passe le cap en mai, il devra faire appel aux partis existants s’il veut disposer d’une majorité stable à l’Assemblée, après les élections législatives de juin. Ensuite, il n’a rien d’un extraterrestre sur la planète politique française, puisqu'il a été ministre de l’Économie du président François Hollande jusqu’à l’année dernière. Quant à Schulz, il n’a rien non plus d’un candidat anti-establishment : il a marqué de son empreinte la politique européenne, à Bruxelles et à Strasbourg, pendant vingt-trois ans, dont cinq en tant que président du Parlement européen. En d'autres termes et en dépit de ce que laissent entendre les médias et les sondages, peut-être découvrira-t-on que pour les électeurs, ni Schulz ni Macron n’offrent, en réalité, l’attrait de la nouveauté.

Par Thomas CLUZEL

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