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La Première Ministre britannique, Theresa May

Pari raté pour Theresa May

5 min
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A l’issue d’une campagne médiocre, le Parti conservateur de Theresa May, qui avait convoqué des élections anticipées pour conforter sa majorité, a transformé sa forte avance dans les sondages en une simple majorité élargie aux Communes.

La Première Ministre britannique, Theresa May
La Première Ministre britannique, Theresa May Crédits : GEOFF CADDICK - AFP

Les chiffres sont désormais officiels. Les conservateurs arrivent en tête des élections législatives en Grande-Bretagne. En revanche, ils peuvent à présent tirer un trait sur la courte majorité absolue qu'il détenait à la chambre des Communes. Ou dit autrement, les Tories auront désormais le choix de composer un gouvernement minoritaire ou d'essayer de former une coalition avec un ou plusieurs autres partis. Un résultat choc, qui a pris de court tous les analystes, alors que la plupart des sondages prédisaient aux conservateurs une victoire assez nette. Et c'est peut-être, d'ailleurs, déjà la première leçon à tirer : Compte tenu de ce que nous avons vécu ces deux dernières années, il faudrait être aujourd'hui idiot, ou téméraire, pour se hasarder à prédire le résultat des élections, écrit THE GUARDIAN. A l'évidence, estime pour sa part Brian Klaas, de la London School of Economics : « Les électeurs n'aiment pas qu'on prenne leur vote pour acquis ».

Et de fait, qu'il semble loin, à présent, ce 18 avril, lorsque Theresa May avait pris tout le monde par surprise, en convoquant des élections anticipées, dans l'espoir d'élargir ses appuis. Caracolant dans les sondages, face au leader d’une opposition minée par les divisions internes, une victoire triomphale lui semblait alors promise. Surfant sur son image de dame de fer à la fois intransigeante et déterminée, son slogan était même tout trouvé : le Royaume-Uni avait besoin d’un gouvernement « fort et stable ». Sauf que le grand pari de May a donc échoué, résume ce matin le très conservateur TIMES. Son pari s'est retourné contre elle, déplore à son tour THE FINANCIAL TIMES. Le quotidien économique qui s'interroge, même, déjà : Qui pour remplacer Theresa May ? Quand le magazine NEWSWEEK pose, lui aussi, la question ce matin : Qui sera le prochain Premier Ministre ?, son confrère THE INDEPENDENT juge, quoi qu'il en soit, qu'il est temps pour elle de partir.

Ce résultat sonne donc, d'abord et surtout, comme un échec personnel pour le Première Ministre britannique. Rien ne s'est, en effet, passé comme prévu. Et pourtant, des signes de cet échec préexistaient. La campagne électorale s’est transformé en long calvaire. Le grand public britannique, qui finalement la connaît peu, a découvert que Theresa May était une piètre débatteuse, incapable de faire preuve de spontanéité. De l'aveu même de plusieurs députés conservateurs, Theresa May a mené une campagne « catastrophique ». Elle qui devait véhiculer la force et la stabilité a, au contraire, donné une impression de grande fragilité, se désole en particulier THE FINANCIAL TIMES. Multipliant les maladresses, mal à l’aise avec les médias, la première ministre a semblé, à plusieurs reprises, vaciller, renchérit le correspondant du TEMPS. Peu après la présentation de son programme, elle a dû notamment supprimer, dans l’urgence, l’une de ses mesures phares sur l’aide aux personnes âgées, qui avait provoqué un tollé. Bref, au lieu d’être « forte et stable », comme elle le répétait elle-même à longueur de journées, elle est apparu comme une « vantarde s’écroulant au premier coup de semonce », ainsi que l'a accusé l’intervieweur star de CHANNEL 4 Jeremy Paxman. Une attaque qui l’a, d'ailleurs, laissée sans réponse. Au fond, une image résume assez bien cette campagne, celle d’une absence. C'était le 31 mai dernier. Les leaders des sept principaux partis du pays étaient tous devant leur pupitre pour un grand débat télévisé. Tous, sauf une, Theresa May, qui avait préféré envoyer sa ministre de l’Intérieur pour la représenter. Ainsi, au cœur du problème se trouverait la personnalité de Theresa May. Sur la base d’une très bonne cote de popularité, les stratèges du parti avaient décidé de faire de sa réputation d’interlocutrice inflexible leur principal atout. A posteriori, les Tories doivent aujourd'hui se mordre les doigts d'avoir tout misé sur sa personne, une candidate d'une nullité à faire peur, tranche THE GUARDIAN.

Sans compter que la première ministre a sans doute, également, sous-estimé Jeremy Corbyn. Refusant de faire de cette élection une nouvelle bataille autour du Brexit, le leader des travaillistes a préféré, lui, attaquer sur les dégâts de sept années de coupes budgétaires, le nombre de sans-abri qui a doublé, les travailleurs pauvres qui se multiplient, l’aide aux personnes âgées en crise aiguë, les listes d’attente qui s’allongent dans les hôpitaux. Theresa May a pourtant bien essayé d'enjôler les électeurs du Labour, en présentant une lecture sociale de son conservatisme, note IL SOLE. Elle qui, ces 40 dernières années, a été la candidate conservatrice la plus à gauche en Grande-Bretagne, a enfilé sa robe rouge pour débaucher les électeurs de gauche et les inciter à voter à droite, observe à son tour JUTARNJI LIST. Ce faisant, Theresa May a compromis sa crédibilité, analyse THE TIMES.

Quoi qu'il en soit et une fois de plus, un Premier ministre britannique a donc commis une grosse erreur en annonçant un vote. Tout comme son prédécesseur David Cameron qui, sûr de sa victoire, voulait organiser le référendum sur l'adhésion à l'UE pour calmer le Royaume-Uni, la même malédiction s'est abattue sur May, qui a perdu de sa popularité, conclue LE TEMPS. De sorte que politiquement, l’affaire se résume désormais à une question, posée par un politologue à l’Université de Strathclyde: « Est-ce que cette élection en valait la peine ? Tout ça pour ça ». Récemment, quand un journaliste lui a demandé ce qu’elle avait fait de plus vilain étant enfant, elle a répondu avoir « couru dans les champs de blé ». Peut-être aurait-il fallu déjà, à ce moment-là, en déduire qu'elle n'était pas douée pour les campagnes.

Par Thomas CLUZEL

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