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Pas de ver dans la pomme ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Apple conteste la décision de justice lui ordonnant d'aider le FBI à décrypter le téléphone d’un terroriste. Le bras de fer entre Apple et l'administration Obama ouvre un débat plus général sur le cryptage des appareils.

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Logo de la marque Apple Crédits : Michaela Rehle

La NSA est-elle passée à côté des terroristes qui ont commis les attentats du 13 novembre ? C'est en tout cas ce qu'a laissé entendre, cette semaine, le chef de l'agence américaine. Certaines des communications des terroristes responsables des attentats de Paris étaient chiffrées. Or pour cette raison, nous n'avons pas généré de renseignements assez tôt, a-t-il expliqué, avant d’en conclure : si on avait su, ces attentats n'auraient pas eu lieu.

Cela fait de nombreux mois, en réalité, que le débat sur le chiffrement des téléphones portable est sur la table, rappelle le magazine SLATE. Le directeur du FBI, en particulier, s'en est déjà largement pris (et ce bien avant les attentats de Paris) aux fabricants de smartphones qui le proposent à leurs utilisateurs. Il faut dire que depuis les révélations d'Edward Snowden, ces entreprises souvent accusées d'avoir, par le passé, aidé la NSA dans son programme de collecte des données essaient aujourd'hui de se racheter une crédibilité auprès de leurs utilisateurs en insérant, par exemple, le chiffrement par défaut.

Seulement voilà, outre que les autorités françaises n’ont, à ce jour, jamais indiqué dans quelle mesure les terroristes avaient effectivement protégé leurs communications, la question se pose aujourd'hui de savoir dans quelle mesure les services de renseignement américains ne cherchent pas à se servir à présent des attentats de Paris pour essayer de convaincre les gens effrayés qu'on a besoin d'accéder à leurs données personnelles.

Le débat a été relancé de manière spectaculaire cette semaine avec le cas Apple.

Pour être tout à fait exact, le cas d'Apple aujourd’hui sous le feu des projecteurs est légèrement différent puisqu'il ne concerne pas directement le chiffrement. Sauf qu’il a aussi à voir avec votre smartphone. Comme le résume la BBC, ici, le FBI est en possession du téléphone verrouillé de Syed Farook, l'un des deux auteurs de l’attentat de San Bernardino qui a fait quatorze morts, le 2 décembre dernier. Or le FBI a demandé à Apple un moyen pour que les données que contient ce téléphone soient préservées malgré leurs tentatives pour l'allumer. Si certains réglages de sécurité sont activés, après dix tentatives ratées pour entrer le code PIN, l'iPhone peut en effet effacer toutes les données présentes sur l'appareil. Et c'est ainsi, comme l’explique à son tour BLOOMBERG, que la justice demande à présent au géant informatique de fournir un logiciel personnalisé qui permettrait de contourner l’effacement automatique des données.

La société américaine, précise à nouveau le magazine SLATE, avait cinq jours pour contester cette décision. En réalité, il n'aura fallu que quelques heures à peine au patron d'Apple pour donner sa réponse. « No ». Dans une lettre ouverte publiée sur le site de l’entreprise, il s'explique : le FBI peut appeler l’outil qu’il nous demande de construire comme il le veut, mais ne vous y trompez pas : construire une version d’iOS qui contourne les dispositifs de sécurité de cette manière reviendrait à créer une porte dérobée. Et si le gouvernement affirme que cet outil serait limité à cette affaire précise, il n’y a aucune manière de garantir que ce sera le cas à l’avenir.

En 2015, déjà, Tim Cook rappelait qu'on ne peut pas avoir de portes dérobées uniquement pour les gentils. C'est d'ailleurs ce que résumait, lui aussi, Glenn Greenwald (le journaliste à l'origine des révélations Snowden), après les attentats de Paris, lorsqu'il expliquait que laisser une clé sous le paillasson pour les services de renseignement d’un pays revenait à prendre le risque que des pirates ou d’autres services de renseignement (chinois, iraniens, russes …) ou d’autres acteurs non-étatiques, trouvent cette clé et décident, eux aussi, de l’utiliser.

Aujourd’hui certains estiment que, dans ce cas précis, Apple serait tout de même en mesure d'aider les enquêteurs sans pour autant compromettre ses principes. C’est un peu technique mais l'idée détaillée sur le site TECHDIRT est que l’iPhone en question n’est pas le tout dernier modèle de la marque, ce qui permettrait à Apple de développer un micro-logiciel contournant les obstacles de sécurité pour ce téléphone, précisément, sans permettre à d’éventuels pirates d’avoir la clef d’accès à tous les iPhones.

Mais les révélations de Snowden sur la surveillance de masse sont passées par là et la méfiance est aujourd'hui généralisée. Un expert en questions de sécurité au sein de l’Union américaine pour les libertés civiles interrogé dans les colonnes du GUARDIAN a même une opinion encore plus tranchée sur ce dossier : Pensez, dit-il, à toutes les personnes importantes qui utilisent des iPhone (Poutine, Merkel, Obama). Bien sûr que la NSA a la capacité d’extraire des données de l’iPhone, mais elle ne veut pas l’admettre publiquement. En d'autres termes, la justice américaine chercherait aujourd'hui, grâce à cette affaire, à rendre cette possibilité légale. Seule certitude, à présent, la bataille juridique devrait se poursuivre dans les semaines à venir.

D’un point de vue économique, Apple a-t-il plutôt à gagner ou à perdre dans cette affaire ?

Au moment où son produit vedette, l’iPhone, voit ses ventes ralentir, l'opposition d'Apple, écrit THE NEW YORK TIMES, apparait surtout idéologique. Ou dit autrement, selon le site WIRED, il y a ici une logique commerciale. La posture noble d’Apple contre le FBI est en réalité surtout bonne pour les affaires. Car en s’érigeant comme le chevalier blanc de la sécurité des données de ses clients, précise LE TEMPS, Tim Cook réalise un superbe coup marketing, en affirmant que la confiance et la confidentialité sont plus que jamais au cœur de sa stratégie. Sans compter, renchérit THE INDEPENDENT, que les entreprises américaines, comme Apple, qui souhaitent s’implanter davantage sur les marchés russe et chinois, notamment, auraient tout à perdre de cette perte de confiance.

Pour autant, nuance enfin THE DAILY BEAST, le rôle du chevalier blanc sied assez mal à Apple. La firme a certes toujours utilisé la vie privée comme un outil marketing. Sauf qu'elle joue là un drôle de double jeu, puisqu’elle a déjà «déverrouillé» ses iPhone dans le passé.

Par Thomas CLUZEL

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