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Pavel Cheremet assassiné hier en Ukraine

Pavel Cheremet, un journaliste indépendant assassiné à Kiev

5 min

Journaliste à Minsk, puis à Moscou et enfin à, Kiev, Pavel Cheremet était le symbole du journalisme d'investigation en ex-URSS. Il a été tué hier au centre ville de Kiev par une bombe placée sous la voiture de sa compagne. Il était seul à bord.

Pavel Cheremet assassiné hier en Ukraine
Pavel Cheremet assassiné hier en Ukraine Crédits : Valentyn Ogirenko - Reuters

La photo est terrible. On la retrouve dans toute la presse mondiale ce matin.

Une voiture calcinée, soufflée par une explosion, en plein centre ville.

C'est le Guardian qui raconte la scène du crime.

Les caméras de sécurité qui montrent le véhicule, une Subaru XV s'engager dans un carrefour entre les rues Bogdan Khmelnitsky et Ivan Franko, dans l'hyper centre de Kiev. Et soudain, à hauteur du Mac Donald's, la voiture qui explose. Les passants se précipitent, tentent de porter secours au passager, qui a ce moment là est encore en vie et la voiture qui prend feu avec des flammes montant jusqu'au deuxième étage des immeubles. Il était 7h45 hier matin à Kiev.

Pavel Cheremet, 44 ans, se rendait à son émission quotidienne sur Radio Vesti. Il conduisait la voiture de sa compagne, la journaliste Olena Prytula, rédactrice en chef du média en ligne Ukrainska Pravda, la vérité ukrainienne, l'un des principaux média indépendants du pays.

Comme le précise le New York Times, cela faisait des années que l'Ukraine n'avait pas été confronté à un assassinat d'un journaliste aussi important. En fait depuis 2000 et la mort par décapitation de Gueorgui Gongadze, le fondateur d'Ukrainska Pravda, déjà...une mort qui avait entrainée des manifestations dans tout le pays qui allaient déboucher sur la Révolution orange en 2004.

Pavel Cheremet était un pionnier du journalisme d'investigation en ex-URSS

Car comme le souligne le Journal de Québec, Pavel Chermet était une figure du journalisme indépendant dans trois pays, où il n'avait jamais hésité a affronter tous les régimes et les pouvoirs.

Au Bélarus, tout d'abord, son pays natal, où il avait fait de la prison et d'où il avait été expulsé et banni de sa nationalité pour avoir trop critiqué le dictateur local, Aliaksandre Loukachenka.

En Russie ensuite où il s'était réfugié sous Boris Eltsine et où il avait obtenu la nationalité russe, mais qu'il avait dû quitter après s'être heurté frontalement au régime de Vladimir Poutine.

En Ukraine, au final, où il s'était réfugié après avoir dénoncé à Moscou l'annexion de la Crimée par la Russie.

A Kiev, il travaillait à la fois pour Ukrainska Pravda pour Radio Vesti et pour son blog. Un travail sans concession pour les oligarques...

C'est donc dans les médias indépendants de son pays natal que les réactions sont les plus vives.

Sur le site internet d'information d'opposition Charter 97, qui a du quitter Minsk pour se réfugier à Varsovie, la rédactrice en chef, Natalia Radzina en est certaine, c'est pour son travail que Pacha, le diminutif de Pavel, a été assassiné : "Dans nos contrées, écrit Charter 97, les journalistes sont tués pour leurs mots..."

Même avis à Belsat, télévision d'opposition en ligne, où la journaliste Svetlana Kalinkina, co-auteur avec Pavel Cheremet d'un livre sur Loukachenka, estime être certaine à 99,9% que ce meurtre est lié à la profession de la victime.

A la une de la Ukrainska Pravda, ses collègues ont voulu évidement rendre hommage à Pacha avec une belle photo le montrant avec un large sourire, de grands yeux bleus, ses cheveux blancs coupés courts et sa barbe de trois jours.

Tu es toujours avec nous et nous serons plus fort écrit le journal

Qui a commis ce crime ?

La Ukrainska Pravda se penche bien sûr aussi sur l'enquête.

Pour savoir qui a placé cette charge de 400 à 600 grammes d'équivalent TNT sous la voiture que conduisait Pavel Cheremet.

Les enquêteurs ukrainiens avancent plusieurs hypothèses : soit un meurtre lié au travail journalistique de Pavel Cheremet, soit, c'était sa compagne, Olena Prytula, qui était visée, car c'était sa voiture, soit c'est une action des services secrets russes pour déstabiliser l'Ukraine.

Le président ukrainien Petro Porochenko a d'ailleurs demandé l'aide du FBI pour mener l'enquête.

Le journal ukrainien anglophone le Kyiv Post se pose également la question des commanditaires.

Quiconque est derrière ce crime, affirme le journal, a pour but de terroriser les journalistes. Ce meurtre ne s'est pas déroulé en zone de guerre mais au centre de Kiev à un moment où la situation des médias s'est améliorer en Ukraine, après Maïdan. La déstabilisation de l'Ukraine, poursuit le Kyiv Post pourrait donc bien être la raison numéro un de ce meurtre.

Et le journal d'ajouter que depuis la chute de Viktor Ianoukovitch, l'Ukraine a gagnée 22 places dans le classement de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse dans le monde. Il n'y a désormais pour le Kyiv Post plus de limitation à internet et aux médias en ligne et le travail des journalistes ukrainiens n'est pratiquement plus entravé.

Pourtant, cela semble bien être un moyen d'intimider la presse

A Moscou, en tous cas, les derniers médias indépendants en sont persuadés. Pour Novoe Vremia, journal d'opposition, le meurtre de Pavel Cheremet est une tentative de ramener l'auto-censure dans la tête des journalistes.

Pour le journal Novaïa Gazeta qui a déjà perdu tant de journalistes assassinés, dont Anna Politkovskaïa, le fait que Pavel Cheremet ait été assassiné à Kiev va peut-être permettre à la vérité de se faire jour. Si le meurtre avait eu lieu à Minsk ou à Moscou, l'enquête n'aurait rien donnée, comme pour la mort de Boris Nemtsov, un ami de Pavel Cheremet.

Une position partagée par le site d'information Meduza qui a du quitter Moscou pour se réfugier à Riga en Lettonie. Pour le site, Pavel Cheremet a été tué parce qu'il était un modèle, le symbole du journaliste d'investigation, emprisonné, viré de deux pays, mais qui ne s'est jamais tu.

Et Meduza de conclure avec optimisme en rappelant que Pavel Cheremet passait beaucoup de temps avec les étudiants en journalisme dans toute l'ex-URSS pour leur dire de ne pas baisser les bras. Peut-être que certains vont reprendre le flambeau...

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