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François Fillon (candidat à l'élection présidentielle) et son épouse, Penelope

PenelopeGate, les malheurs de Miss Moneypenny et son mari

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Le Canard Enchaîné chiffre désormais à 831.440 euros bruts la somme perçue par Penelope Fillon comme assistante parlementaire. François Fillon dénonce, lui, une opération de "calomnie" visant à abattre sa candidature.

François Fillon (candidat à l'élection présidentielle) et son épouse, Penelope
François Fillon (candidat à l'élection présidentielle) et son épouse, Penelope Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

Il y a encore quelques jours à peine, toute la presse britannique se plaisait à imaginer Penny Fillon (née Penelope Clarke) à l’Elysée. Rendez-vous compte, une Britannique originaire d’une petite ville galloise, première dame au château ? Déjà, l'ancien maire de sa ville natale, cité par THE DAILY MAIL, ne cachait pas sa fierté, lui qui lui avait enseigné le français à l’école secondaire. Non moins impatient THE TIMES, cité par le Courrier International, nous assurait pour sa part que Mme Fillon, eut égard à son style britannique terre-à-terre, se démarquerait à coup sûr de celles qui l'ont précédé. En clair, après la saison 1 dans laquelle Carla Bruni avait apporté du glamour au spectacle haut en couleur de Nicolas Sarkozy, puis la saison 2 marquée par ce drame domestique interprété à l'écran par la très houleuse Valérie Trierweiler (remplacée ensuite par la moins visible Julie Gayet), pour la saison 3, donc, nous allions devoir nous préparer à un nouveau changement radical puisqu'en tant que britannique, Mme Fillon, toujours selon THE TIMES, allait enfin mettre un peu d’humour dans le rôle de première dame.

S'agissant de l'humour, c'est presque déjà acquis, en revanche, pour le rôle de première dame ça n'est pas encore tout à fait gagné. Depuis qu'a éclaté le fameux PenelopeGate et même si Mme Fillon, précise le site d’actualités gallois WALES ONLINE, n’est pas quelqu’un qui adore être sous les projecteurs des médias, force est de constater que celle qui a la réputation d'être discrète, écrit encore le journal, a du forcer quelque peu sa nature. Sans compter que les choses vont vite, très vite même rappelle LE TEMPS de Lausanne. L’affaire est depuis le jour même de la parution du CANARD ENCHAINE (à l'origine de ces révélations) dans les mains du Parquet National Financier, lequel a immédiatement ouvert une enquête préliminaire pour «détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits». Par ailleurs, tous les responsables ou témoins cités par le journal ont été entendus. Enfin plusieurs perquisitions ont eu lieu, l'une dans les locaux de la «Revue des Deux Mondes» et l'autre, hier, à l’Assemblée nationale.

Petit rappel des faits, tout de même, puisque LE CANARD ENCHAINE annonce ce matin que l'addition a encore flambé pour Pénélope : En tant qu'assistante parlementaire, ses émoluments se monteraient à présent à 831 440 euros bruts, auxquels il faut encore ajouter les 100 000 euros brut empochés pour sa collaboration à la «Revue des Deux Mondes». On pourrait également citer les 83 735 euros d'argent public supplémentaires verser à leurs deux enfants, sans oublier les sept chèques au nom de François Fillon lorsqu'il était sénateur, pour un montant total de l’ordre de 21 000 euros, correspondant à des reliquats de crédits d’assistants. Mais restons-en aux deux emplois, donc, de Mme Fillon. Toute la question est désormais de savoir si ces emplois étaient ou non fictifs. Et l’affaire s’annonce difficile à démêler, d'une part parce que l’emploi de son conjoint par un parlementaire est légal en France, et d'autre part parce que le propriétaire de la «Revue des Deux Mondes» affirme lui avoir confié des missions à Mme Fillon dont son rédacteur en chef de l’époque n’avait pas connaissance.

Quoi qu'il en soit et le moins que l'on puisse dire, c'est que la défense de l'ancien Premier ministre n'a pas pleinement convaincu jusqu'ici, en France mais aussi à l'étranger. Le meilleur exemple est sans doute l'analyse au canon publiée par THE INDEPENDENT sous ce titre : Il n'est pas surprenant que François Fillon n'ait pas interrompu sa campagne présidentielle, car la fraude est une habitude dans la politique française. Paris, écrit l'éditorialiste, est le berceau du surréalisme. Le site THE LOCAL s'amuse, d'ailleurs, a cité les dix jobs de rêve en France pour les expatriés parmi lesquels, curieusement, ne figure pas le poste d'assistant parlementaire. Plus sérieusement, reprend THE INDEPENDENT, la vérité c'est que si ce genre de scandale est on ne peut plus normal en France, l'aisance avec laquelle des représentants élus peuvent écarter d'un revers de main des accusations bien étayées (selon lesquelles ils remplissent leurs poches avec de l'argent public) est, elle, véritablement stupéfiante.

Et de fait, jusqu'à présent, la défense du candidat à l'élection présidentielle se résume, pour l'essentiel, à se dire victime d'un lynchage par la presse. Mais est-ce le cas ?, interroge à nouveau LE TEMPS. Pas sûr. Tout d'abord, François Fillon a lui-même pu se défendre dans les médias, y compris en prime time à la télévision. Ensuite sa version des faits (selon laquelle sa femme lui prodiguait des conseils importants et discrets), a été abondamment relayée dans les journaux. Dès-lors où est le lynchage médiatique, alors que dans d’autres pays européens, la pression à sa démission aurait été immédiate ? Le COURRIER INTERNATIONAL a d'ailleurs posé la question au correspondant à Paris de la Radio-télévision danoise. Une affaire de cette ampleur serait-elle envisageable au Danemark ? Réponse : « Si une telle affaire éclatait ici ou ailleurs en Scandinavie, le candidat serait cuit depuis longtemps ». Et le journaliste de rappeler, notamment, que l'actuel Premier ministre danois a eu des ennuis parce qu’il avait payé trop de bières et pris trop souvent le taxi en utilisant des fonds publics.

Enfin, nombre de commentateurs font remarquer que François Fillon, le Monsieur Propre de la politique française comme le surnomme DIE ZEIT, n’est pas aujourd’hui déstabilisé par la presse, mais par des révélations qui d'une part touche à l'argent (en l'occurrence, le montant des rémunérations de son épouse est très important au vu des salaires moyens en France) et d'autre part à sa propre posture de « père la morale ». Ou dit autrement, renchérit THE GUARDIAN, ces révélations le mettent en porte à faux avec sa posture de candidat intègre, antisystème, se vendant comme un antidote honnête, austère et irréprochable à des années de scandales de corruption au sein de la droite française. De sorte, conclue le site de la DEUTSCHE WELLE, que si François Fillon ne parvient pas à prouver son innocence à l’aide de preuves convaincantes, il n’aura pas seulement fait du tort à son parti, mais aussi, voire surtout, à tout le pays.

Par Thomas CLUZEL

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