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Capture d'écran d'un faux compte Twitter au nom de Donald Trump

Peut-on gouverner par Twitter ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Le président américain Donald Trump, connu pour ses tweets envoyés à toute heure de la journée et de la nuit, a glissé mardi soir dans l’un de ses messages un drôle de mot, "covfefe", devenu très vite le sujet numéro un de conversation sur les réseaux sociaux.

Capture d'écran d'un faux compte Twitter au nom de Donald Trump
Capture d'écran d'un faux compte Twitter au nom de Donald Trump Crédits : JAAP ARRIENS / NURPHOTO

Peut-on gouverner par Twitter ? La question avait été posée en ces termes il y a déjà plusieurs mois par un chroniqueur du LOS ANGELES TIMES. A en croire le site POLITICO, au lendemain de l'investiture de Donald Trump, le tout Washington semblait, en effet, traumatisé à l'idée que le nouveau président élu persiste dans son usage imprévisible et parfois même indéchiffrable du réseau social qui, lors de sa campagne, lui avait permis de contourner les médias et provoquer la controverse. En clair, allait-on continué à être suspendu aux foucades en 140 caractères de cet homme, une fois celui-ci installé à la Maison-Blanche ? Malheureusement, les mois qui ont suivi ont assez largement donné raison à tous ceux qui s’inquiétaient de la passion du milliardaire américain pour le petit oiseau bleu. Grâce à ses posts sur Twitter, Donald Trump est même devenu un véritable média à lui tout seul. Ses saillies plus ou moins inspirées exercent une irrésistible force d'attraction. De sorte que le moindre de ses messages est aujourd'hui décortiqué, y compris les plus absurdes d'entre eux.

Pour preuve, la dernière livraison en date du président américain. Cette nuit, écrit THE NEW YORK TIMES, Trump a ni plus ni moins fomenté un mystère mondial en tweetant un message incompréhensible, ne répondant directement à personne et surtout contenant un nouveau mot, inconnu dans le dictionnaire : « covfefe ». Le message dit ceci : « despite the constant negative press covfefe ». Ou dit autrement, « en dépit de la constante covfefe négative de la presse ». Le président s’est-il endormi en voulant écrire « coverage » (en dépit de la constante couverture médiatique négative) ou bien son téléphone n’avait-il plus de batterie ?, interroge le site BIG BROWSER. Quoi qu’il en soit, même si les tweets décousus et tardifs du président des États-Unis font désormais partie de notre quotidien depuis plusieurs mois, commente pour sa part le site ENGADGET, c'est vrai que le dernier en date a tout de même atteint un nouveau sommet.

De son côté THE NEW YORK TIMES, repéré par le Courrier International, raconte la découverte de ce message : Une minute est passée. Puis une autre. Puis cinq. Forcément, il allait supprimer ce message. Il était presque minuit et demi. Quarante minutes. Une heure. Partout les questions se multipliaient. Les avocats du président, voulant absolument interrompre son flot de tweets impulsifs, l’avaient-ils plaqué à la faveur de la nuit ? Peut-être Trump avait-il été victime d'un malaise alors qu’il n’avait écrit qu’un quart de ses 140 caractères ? À une heure du matin, le débat avait littéralement enflammé Twitter, grimpant dans le top des tendances du réseau social. A son tour, le site THE VERGE imagine la scène : Donald Trump était-il, une fois encore, en train de pester contre le portrait que brossait la presse de lui ? Les gens raisonnables parmi vous rejetteront cette hypothèse, sachant qu’il serait tout à fait impossible que le président soit assis là, à minuit, dans sa maison ridiculement luxueuse, tellement énervé à cause de sa popularité qu’il prendrait son téléphone et lancerait ainsi un tweet à demi réfléchi à ses millions d’abonnés.

Toujours est-il qu’il n’en fallait pas davantage pour que rapidement les blagues tournent au délire sur les réseaux sociaux, s’amuse encore THE NEW YORK TIMES. Le quotidien américain qui a relevé certains d'entre eux : « J’ai traduit #covfefe en russe et l’image du traducteur dit : Je démissionne. » Ou bien encore celui-ci : « #Covfefe est la boîte de nuit la plus en vogue de New York. Elle a tout : imbroglios russes, spray autobronzant, poignées de main glauques et guerres commerciales surprises. » Depuis, le mot « covfefe » a même été inscrit dans Urban Dictionary (l’autorité non officielle des définitions de mots argotiques sur le Web) ; le nom de domaine Covfefe.com a également été acheté dans la nuit ; et puis on attend, bien entendu, les casquettes « covfefe » qui ne devraient pas tarder à se vendre sur le Net, à côté des autres casquettes flanquées du « Make America Great Again ». Quant au Centre Regent's de langue anglaise à Londres, il a tenu à préciser : « Pour tous nos élèves en langue anglaise, nous pouvons confirmer que covfefe n'est pas un mot anglais. Du moins, pour l'instant. »

Le message crypté du président a fini par être retiré, près de cinq heures après sa publication. Et quelques minutes seulement plus tard, comme le clin d’œil de celui qui veut faire croire qu’il avait prévu la blague depuis le début, Donald Trump a écrit : « Qui peut trouver la vraie signification de "covfefe" ? Amusez-vous ! » Et si ce matin encore, personne donc ne sait ce que signifie ce mot, selon THE ATLANTIC, “covfefe” est bien la preuve que Trump est aujourd'hui la seule personne qui puisse parler en son nom. En clair, selon THE NEW YORK TIMES, le compte Twitter personnel du président américain ne serait rien d'autre que l'irrépressible monologue intérieur de sa présidence.

Le problème c'est que si Donald Trump vit au sein de lui-même, qui est un endroit dangereux quand vous êtes Donald Trump, les conséquences pour autrui peuvent également se révéler désastreuses. C'est tout l'objet de l'autre tweet du président américain, lancé lui un peu plus tôt dans la soirée : « J'annoncerai ma décision sur l'accord de Paris jeudi à 15h00 » (heure de Washington). Or selon des sources internes du NEW YORK TIMES, sa décision ne fait plus aucun doute : les États-Unis se retireront de l’accord de Paris sur le changement climatique. Le site américain AXIOS, CBS NEWS et POLITICO affirment, eux aussi, la même chose. Ce qui, le cas échéant, constituerait selon THE NEW REPUBLIC le plus grand bras d’honneur au monde de Trump à ce jour.

Par Thomas CLUZEL

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