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Le président américain Donald Trump

Peut-on se réjouir de la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le climat ?

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Donald Trump a annoncé, hier, la sortie de l'accord de Paris sur le climat, semant aussitôt la consternation parmi les 194 autres pays signataires de ce texte historique. Mais n’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : JOHN W. ADKISSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Le saviez-vous ? Avec le réchauffement climatique, du gaz hilarant s'échappe aujourd'hui de l'Arctique. Du protoxyde d'azote (plus connu sous le nom de gaz hilarant) apparaît, en effet, de façon sporadique dans les tourbières du permafrost, cette sorte de gel qui recouvre un quart de la région entourant le pôle Nord. Jusque-là, les émissions de ce gaz étaient considérées comme négligeables. Mais comme le suggère à présent une étude finlandaise, relayée par la radio australienne ABC, avec le réchauffement climatique, ces émissions pourraient rapidement augmenter. Pourquoi ? Parce que ce gaz hilarant possède un pouvoir de réchauffement 300 fois plus important que le dioxyde de carbone. Or l'Arctique se réchauffant au moins deux fois plus vite que le reste de la planète, le phénomène ne fera que s'accélérer.

Evidemment, cette information partagée par le magazine SLATE, même si elle peut faire sourire, n'est pas pour autant de nature à provoquer l'hilarité générale, dans la mesure où elle ne vient que ternir, en réalité, un peu plus encore le tableau déjà sombre du réchauffement climatique. Et ça n'est pas, non plus, la raison pour laquelle, hier, Donald Trump a, lui, annoncé la sortie de son pays de l'accord de Paris sur le climat. Il aurait eu bien tort, d'ailleurs, d'espérer ainsi faire se bidonner la planète, tant sa décision a, au contraire, déclenché une foule de réactions à la fois outrées, déçues et inquiètes. Quand le Secrétaire général de l'ONU parle de déception « majeure », Barack Obama accuse, lui, directement Donald Trump de « rejeter l'avenir ».

Mais à défaut de se tordre de rire, peut-on se réjouir, ce matin, du retrait des Etats-Unis du pacte sur le changement climatique ? Sur le site THE CONVERSATION, repéré par le Courrier International, un enseignant à l’Université nationale australienne juge que le départ de Washington est une bonne nouvelle et même la meilleure chose qui pouvait arriver à la communauté internationale dans son combat contre le réchauffement climatique. Selon lui, il existait quatre risques liés à la participation américaine à l’accord de Paris. Tout d'abord, que les États-Unis n’atteignent pas leurs objectifs en termes d’émissions de gaz. Or le retrait des Etats-Unis n’aura aucune espèce d'influence sur ce point, puisque l’accord de Paris n’oblige personne à tenir ses engagements. Il appelle à la mise en place de nouveaux seuils plus ambitieux tous les cinq ans, mais il n’est pas obligatoire d’atteindre véritablement ces objectifs. Et il est probable que Washington, justement, ne les atteindra pas. Pour parvenir à réduire d’ici 2025 les émissions américaines de 28% par rapport aux niveaux de 2005 (ce qui était l’engagement des Etats-Unis), il aurait fallu beaucoup plus que le « Clean Power Plan » d’Obama. Or maintenant que Trump a décidé, par décret, d’annuler ce projet-là aussi, les émissions américaines vont augmenter d’ici 2025, et non diminuer.

Deuxièmement, si les États-Unis étaient censés verser 3 milliards pour le Fonds vert pour le climat, ils n’en ont donné qu’un seul pour l’instant. Car là encore, l’accord de Paris est plus procédural que contraignant. En d'autres termes, le retrait de Washington ne changera rien quant au montant des fonds destinés à lutter contre le réchauffement. Ces subventions auraient, de toute façon, subi des coupes sombres conformément au budget de « l’Amérique d’abord ».

Troisièmement, s'agissant du risque que les Etats-Unis, en se retirant, suscitent un effet « domino » parmi les autres participants, là encore, l’universitaire se montre optimiste. Historiquement, dit-il, le parallèle le plus proche est celui du protocole de Kyoto, que les États-Unis ont signé, mais jamais ratifié. Or quand le président George W. Bush a annoncé que Washington ne ratifierait pas le traité, tous les autres ont volé au secours du protocole, notamment en imposant les accords de Marrakech de 2001, afin de renforcer les clauses de Kyoto. Ou dit autrement, rien ne prouve que le départ des États-Unis incite d’autres nations à se retirer à leur tour, ni même à retarder leurs propres mesures ou à renoncer à leurs objectifs.

Quatrièmement, enfin, il existait un vrai risque à ce que la participation américaine à l’accord de Paris nuise aux négociations internationales sur le climat. Pourquoi ? Parce que si la Maison-Blanche avait continué de prendre part à l’accord, elle aurait conservé un droit de veto dans les pourparlers. Et on imagine aisément combien l'administration Trump aurait pu user de ce droit pour assouplir les dispositions en question, voire bloquer les négociations, ou même les saboter, en exigeant sans cesse de nouveaux amendements. Voilà pourquoi, conclue l'article, tout bien pesé, une sortie des États-Unis est clairement préférable.

On pourrait même avancer une cinquième raison de se réjouir de ce retrait des Etats-Unis. Selon le magazine BLOOMBERG BUSINESSWEEK, le retrait de Trump apparaît comme un cadeau au reste du monde. En désertant la lutte contre le réchauffement climatique, les États-Unis ne feront, en effet, que renforcer et même encourager la Chine, l’Europe, l’Inde et quasiment le monde entier à se concentrer sur le marché de la transition climatique et les innovations technologies de plus en plus rentables. Ce faisant, renchérit WIENER ZEITUNG, à l'ère post-Trump, les Etats-Unis seront, donc, réduits à acheter à l'Europe et à l'Asie ces technologies nouvelles.

Et puis précisons, également, que le retrait des Etats-Unis ne sera fera pas du jour au lendemain. La sortie effective des Etats-Unis ne peut entrer en vigueur que dans trois ans, en 2020, sauf si Donald Trump décide également de dénoncer la Convention de l'ONU sur le climat. Or rien ne dit que Donald Trump, empêtré dans l'« affaire russe », tiendra en place jusqu'en 2020.

Enfin de compte, la décision hier de Trump est surtout une insulte à l’écrasante majorité des Américains, convaincus que le changement climatique est une grave menace. En ce sens, écrit l'éditorialiste du TEMPS, Trump apparaît surtout aujourd'hui comme le fossoyeur de la crédibilité de l’Amérique. C'était d'ailleurs, plus ou moins, le sens de la photo publiée mardi sur Twitter par une humoriste américaine, également présentatrice sur la chaîne CNN, où on la voit tenant une fausse tête de Donald Trump décapité. Une manière, selon ses propres mots, de « moquer le Moqueur en chef ». Sauf, précise ce matin le site d'ARRET SUR IMAGES, que la photo a suscité une condamnation quasi unanime, au point que Kathy Griffin vient de perdre son contrat avec la chaîne américaine. Preuve qu'on ne peut pas encore rire de tout, du moins, pas avec tout le monde.

Par Thomas CLUZEL

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