LE DIRECT
Deux militants anti-"Brexit"

"In" plutôt que "Out"

4 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : après plusieurs jours de deuil, la campagne pour le référendum a repris au Royaume-Uni où les sondages suggèrent un glissement en faveur du « in », suite au meurtre de la députée pro-UE Jo Cox.

Deux militants anti-"Brexit"
Deux militants anti-"Brexit" Crédits : Hannibal Hanschke

Trois jours après le meurtre de la députée travailliste pro-européenne, Jo Cox, la campagne a repris ses droits hier, mais sur la pointe des pieds, note aussitôt le correspondant à Londres du journal suisse LE TEMPS. Plus question, dit-il, de conserver le ton acre et provocateur de ces dernières semaines. L’heure est désormais à l’appel au calme.

Hier, Boris Johnson, le principal leader du camp du "Leave", a lui-même démontré ce changement de climat, lors d’un meeting électoral à Londres. «Continuons avec une détermination calme et polie», a-t-il notamment lancé pour conclure son allocution. Et puis surtout, lui qui avait fait de l’immigration son principal cheval de bataille a effectué un spectaculaire demi-tour : «Je suis pour l’immigration et pour l’amnistie des immigrés illégaux présents au Royaume-Uni, depuis plus de douze ans, parce que c’est la chose humaine à faire.» Sur le fond, l’ancien maire peut toujours faire valoir qu’il ne se contredit pas vraiment, puisque lorsqu'il était à la tête de la très libérale capitale britannique, il avait déjà défendu une telle amnistie. Reste que depuis quatre mois, à présent, qu’il milite fermement pour sortir de l’Union Européenne, Boris Johnson avait surtout mis l’accent sur le contrôle des frontières. Limiter l’immigration, en particulier grâce à un système de points sur le modèle de l’Australie, était devenue sa priorité. Johnson était même allé jusqu'à rejeter le plaidoyer en faveur de l’UE de Barack Obama, en soulignant que le président des Etats-Unis était en partie kényan, laissant ainsi entendre, selon THE GUARDIAN, que ses racines expliqueraient peut-être son aversion pour l’empire britannique.

Mais alors pourquoi un tel changement de ton hier ? Sans doute est-ce là une façon de rejeter l’accusation qui plane au-dessus de la campagne pro-"Brexit" : en clair, que celle-ci a consciemment utilisé l’immigration, quitte à souffler sur les braises du racisme, ce que l'éditorialiste du DAILY MAIL, un quotidien pourtant très eurosceptique, appelle le projet de la haine. Et il en détaille, d'ailleurs, quelques-uns des exemples récents les plus criants : Nigel Farage (le leader du parti anti-européen UKIP) a dit que les femmes risquaient d’être violées si on ne votait pas "Brexit" (il faisait ici référence aux attaques à Cologne). En même temps, des posters de la campagne du "Leave" ont circulé, avertissant que 55 millions de migrants de Turquie pourraient entrer au Royaume-Uni. Et puis jeudi dernier, autrement dit quelques heures seulement avant le meurtre de la députée, Nigel Farage avait également dévoilé un poster montrant une longue file de réfugiés syriens à la frontière slovène. Avec ce slogan : « Breaking point ». Sous-entendu, le Royaume-Uni serait au point de rupture face aux flots de migrants.

Toujours est-il que depuis le ton a changé. Même si le lien entre l’attitude du camp du "Leave" et le meurtre de Jo Cox n’est évidemment pas direct, les propos incendiaires sur l’immigration apparaissent soudain déplacés. Ce drame a généré une contre-réaction de calme, note à son tour POLITICO, un mélange de répulsion sincère et de calcul politique qui fait que personne, d'ici jeudi prochain, n’osera probablement monter le volume rhétorique comme avant.

Conséquence ou pas de cet assassinat, toujours est-il que le camp pro-"Brexit", qui jusqu'à jeudi dernier était donné en tête des sondages, a reculé au point de se voir dépasser à présent par les partisans du maintien dans l'UE. C'est en tous les cas ce que révèlent deux sondages publiés ce week-end. Dans la première enquête réalisée pour THE MAIL ON SUNDAY, le camp du "in" apparaît en tête avec 45% des suffrages contre 42% pour le "out". Or quelques heures avant le meurtre de Jo Cox, le même institut avait publié exactement les mêmes chiffres, mais à l'envers. Dans un autre sondage pour THE SUNDAY TIMES réalisé, lui aussi, après le meurtre de la député, le "in" est donné cette fois-ci à 44%, soit 1 point devant le "out". Enfin, un troisième sondage pour THE OBSERVER où la plupart des personnes ont été interrogées juste avant et juste après la mort de Jo Cox, donne les deux camps à égalité. THE OBSERVER est, d'ailleurs, le seul journal aujourd'hui à juger que le drame a eu un effet sur les intentions de vote. Pour ses confrères du MAIL ON SUNDAY et du SUNDAY TIMES, la légère remontée du camp du maintien dans l'UE serait davantage liée à une inquiétude accrue des électeurs sur les conséquences économiques du "Brexit".

Et puis, note à nouveau le correspondant du TEMPS, dans les scrutins nationaux et où les enjeux ont une autre portée, les Britanniques sont généralement plus rationalistes et pragmatiques. En tout cas, ils ne sont pas des impulsifs. Ils savent aussi que les nouveaux migrants font des boulots dont ils ne veulent pas. David Cameron, le premier protagoniste du "Remain" peut donc parier sur le conservatisme, le réalisme et surtout le flegme britannique, prédit le journal. Point positif pour le camp européen, le quotidien conservateur THE TIMES, lequel appartient pourtant au groupe de Rupert Murdoch (dont l'autre titre THE SUN fait, d’ailleurs, campagne pour le "Brexit"), s'est déclaré ce week-end pour le maintien dans l’Union Européenne.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......