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Pour la première fois, des gènes défectueux ont été corrigés dans des embryons humains

4 min
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Ces corrections ont été réalisées sur des gènes porteurs de cardiomyopathie hypertrophique par une équipe internationale basée aux Etats-Unis, grâce à des outils d'édition génétique. Ces travaux, encore à un stade très préliminaire, ont été publiés hier dans la revue Nature.

Crédits : Comstock Images / Stockbyte - Getty

"Bonjour docteur, je viens pour mon rendez-vous d'édition génétique". C'est ainsi que débute un article de News Medical consacré à la technique baptisée "Crispr-Cas9 ", (Crispr : acronyme anglais pour « courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement inter espacées »). Ce sont des familles de séquences répétées dans l'ADN.

Le système d'abord utilisé pour typer des souches de bactéries est devenu un outil de génie génétique.

Cette technique a d'ailleurs été mise au point en 2012 par une équipe féminine franco américaine, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, c'est important à rappeler.

Quoiqu'il en soit, la revue Nature rend compte de l'information essentielle : des travaux d'une équipe de chercheurs internationaux, centralisée à l'université des Sciences et de la Santé d'Oregon, aux Etats-Unis. Pour la première fois dans le monde, des gènes porteurs d'une maladie héréditaire ont été corrigés dans des embryons humains. L'équipe composée de scientifiques américains, chinois et sud coréens a utilisé cette technique pour corriger le gène porteur de cardiomyopathie hypertrophique, une maladie héréditaire qui fait grossir le coeur et entraîne le phénomène de mort subite, notamment lors de pratiques sportives.

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L'expérience en question a consisté à réaliser une fécondation in vitro d'ovocytes féminins normaux par des spermatozoïdes porteurs de gènes défectueux. Et en même temps, ont été injectés des outils d'édition génétique. Sur 58 embryons, 42 ont été corrigés. 72% donc de taux de réussite.

Ces outils d'édition génétique sont les fameux Crispr, comparés à des ciseaux moléculaires. C'est-à-dire qu'ils sont capables d'enlever des parties indésirables du génome - supprimer en l'occurrence la cause génétique de cette malformation cardiaque - pour les remplacer par de nouveaux morceaux d'ADN sains. Une expérience du même genre avait été menée en Chine il y a deux ans, mais beaucoup moins probante dans la mesure où elle avait abouti à l'introduction d'altérations génétiques non voulues dans le génome. L'expérience américaine, la dernière en date, permet elle d'éviter ce risque aléatoire très important. Parce que ces altérations peuvent se transmettre à travers les générations.

Crédits : Adrian LEUNG, Vincent LEFAI, Kun TIAN, John SAEKI - AFP

Le coordinateur déjà le premier en 2013 à créer des cellules souches humaines par clonage

Ce succès, le professeur Shoukhrat Mitalipov, de l'Oregon Health and Science, peut s'en prévaloir. Coordinateur de cette équipe, ce chercheur d'origine kazakh n'est pas un inconnu, loin de là, dans le domaine de la recherche biomédicale, précise le quotidien espagnol ABC. Il a été le premier en 2013 à créer des cellules souches humaines par clonage, en utilisant la même technique que celle qui avait permis de mettre au monde la célèbre brebis Dolly, en 1996. Sauf. Sauf qu'il ne s'agit pas de clonage reproductif, mais de clonage thérapeutique.

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Mais, surgissent les questions éthiques

C'est pourquoi il est important de préciser qu'il n'est pas encore question d'implanter un embryon modifié dans un utérus. Il ne s'agissait que d'une expérience scientifique pour prouver que c'est possible. D'ailleurs, les scientifiques n'ont pas laissé ces embryons se développer au-delà de quelques jours seulement. Le Huffington Post résume la problématique : "Si cette technique peut permettre de corriger des gènes défectueux responsables de la maladie, elle pourrait aussi, théoriquement, produire des bébés dotés de certains traits physiques : couleur des yeux, force musculaire et aussi plus intelligents."

Ce qui ouvre bien sûr la porte sur le sombre corridor de l'eugénisme, l'amélioration artificielle du patrimoine génétique des individus. Entre 2015 et mars dernier, l'évolution de la position de l'Académie américaine des Sciences est tout à fait significative. Elle estimait il y a encore deux ans qu'il serait "irresponsable" d'utiliser cette technique Crispr, tant que les problèmes de sûreté, d'efficacité, n'auraient pas été résolus. Eh bien, changement de cap il y a six mois à peine : elle estime maintenant que les avancées réalisées dans cette technique "ouvrent des possibilités réalistes qui méritent de sérieuses considérations". Position d'ailleurs partagée par un rapport parlementaire en France.

Interrogé par la revue Nature, le biologiste britannique Robin Lovell-Badge estime lui que l'expérience américaine ne constitue pas une étape vers la création du bébé à la carte. Il suggère plutôt que l'on ne peut rien ajouter qui ne soit déjà là. Des propos qui se veulent rassurants.

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