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Pourquoi la gauche reflue-t-elle en Amérique du Sud ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : depuis près de six mois, du Venezuela au Brésil, en passant par l'Argentine, la gauche recule partout.

Le reflux a commencé en novembre dernier avec l’élection du politicien de centre droit, Macri, à la tête de l’Argentine, après douze années de règne péroniste. Il s’est ensuite poursuivi en décembre, au Venezuela, avec la victoire écrasante de l'opposition sur le pouvoir chaviste. Et il s’est encore perpétué, cette année, à travers une succession de revers, de l’éviction de la présidente Rousseff au Brésil, à l’échec du référendum lancé par son collègue Morales en Bolivie (pour obtenir le droit de se présenter à un quatrième mandat), sans oublier la croissante impopularité de ses homologues : Bachelet au Chili et Correa en Equateur.

Ce mouvement de fond met un terme à une période de pouvoir quasi hégémonique de la gauche sur le sous-continent. Pourquoi ? La première raison, précise LE TEMPS, est sans doute très banalement liée à l’usure du pouvoir. Bien souvent, la gauche s’est imposée en promettant le changement. Sauf qu'elle a généralement fini par appliquer des politiques classiques. A l’instar de l’ex-présidente brésilienne, Dilma Rousseff, qui s’était signalée durant sa campagne en reprochant à son adversaire de droite de prôner des économies avant de défendre, elle-même, l’austérité une fois aux commandes.

Et puis l’usure du pouvoir s’est également manifestée à travers une hausse progressive de la corruption. Le phénomène a même pris une telle ampleur qu’il a fini par atteindre une figure aussi respectée que l'ancien président Lula, dans le cadre du scandale Petrobras. Un scandale qui n'en finit plus, d'ailleurs, d'essaimer. C'est ainsi, écrit le magazine américain FORBES, que le député à l’origine de la destitution de la présidente, Dilma Roussef, fait face désormais à sa propre destitution. La commission d’éthique du Parlement a voté, en effet, pour la destitution du président de la Chambre des députés, lequel est soupçonné d'avoir reçu près de 5 millions de dollars de pots-de-vin de la part des clients de la compagnie nationale pétrolière. En Argentine, cette fois-ci, c'est un ancien ministre parmi les plus influents de l'ère Kirchner qui a été arrêté par la police, la semaine dernière, alors qu'il tentait d'enterrer des sacs remplis de billets : 8 millions de dollars au total. José López a été dénoncé par un témoin qui l'avait vu jeter des sacs dans l'enceinte d'un couvent. Un scénario quasi cinématographique, commente LA NACION, pour qui cette découverte s’annonce, probablement, comme la première d’une longue série, puisque les sœurs du couvent ont déclaré avoir vu d’autres anciens fonctionnaires agir de la même façon.

Corruption, usure du pouvoir. Les accusations sont lourdes. Mais ce ne sont pas là les seules raisons du recul de la gauche en Amérique du Sud

On pourrait également invoquer le manque d’envergure de certains héritiers. Partout sur le sous continent, la conquête du pouvoir a été menée par de très fortes personnalités, dont le charisme a emporté l’adhésion des foules. Or plus d’un de leurs successeurs en a été dépourvu. Le cas le plus symptomatique est sans doute celui du Venezuela, où le très populaire Hugo Chávez a laissé la place à un Nicolás Maduro beaucoup plus terne et beaucoup moins convaincant. Faut-il y voir une relation de cause à effet, toujours est-il que les signes d'autoritarisme deviennent également de plus en plus flagrants. Dans son éditorial, le quotidien EL NACIONAL dresse le portrait d'un pays à la dérive : le Venezuela, un pays sans droits. Quand le droit de s'opposer ou même de questionner simplement le gouvernement devient un crime passible de disqualification, il n'en faut pas plus pour faire chavirer la règle fondamentale de la démocratie. Selon le quotidien de Miami EL NUEVO HERALD, Nicolás Maduro aurait ordonné l’arrestation de deux anciens haut gradés de l’armée, qui ont servi aux côtés de Hugo Chávez, deux hommes qui ont accusé publiquement le régime d’abandonner l’héritage du défunt président. Il faut dire que l'actuel chef de l’État est aujourd'hui sous la menace d'un départ anticipé. Depuis lundi, des milliers de Vénézuéliens se rendent dans les centres électoraux, pour confirmer leur volonté d'un référendum pour révoquer Nicolás Maduro, une étape cruciale pour l'opposition qui veut organiser cette consultation dès cette année, car le cas échéant, une nouvelle élection présidentielle serait convoquée. En revanche, précise toujours EL UNIVERSAL, si le référendum se tenait en 2017 alors Nicolás Maduro serait automatiquement remplacé par son vice-président, jusqu’en décembre 2018. Ce qui signifie que le pouvoir chaviste resterait donc aux commandes.

Autres signes d'un durcissement du régime, au Mexique cette fois-ci, une enquête vient d'être ouverte pour déterminer comment des individus sont morts par balles lors d’un affrontement avec la police. C'était dimanche dernier, à l'occasion des manifestations contre la réforme de l’éducation : bilan 8 morts et des centaines de blessés. Selon le site ANIMAL POLITICO, la fédération des syndicats enseignants accuse la police d’avoir infiltré des éléments dans les rangs des manifestants et d’avoir tiré.

Et puis il y a quelques semaines, c’est au Chili que de violents affrontements avaient, là encore, opposé forces de l'ordre et étudiants. Sous le slogan "Nous sommes fatigués d'attendre", ces derniers intensifient leur pression sur le gouvernement socialiste pour réclamer une éducation gratuite pour tous, telle que promise par la présidente socialiste Michelle Bachelet. Enfin toujours au Chili, l'information peut sembler, cette fois-ci, anecdotique mais elle est aussi symbolique : le pays inquiet de voir ses habitants en surpoids, appliquera à partir de lundi prochain une législation alimentaire très stricte. Les aliments n'auront plus le droit d'être accompagnés d'un jouet, ce qui sonne a priori le glas du "Kinder Surprise" ou du "Happy Meal" de McDonald's. D'aucun y verront, peut-être une parabole de ce déclin de la gauche, où l'on retire progressivement de l'emballage la surprise censée se trouver à l'intérieur.

Par Thomas CLUZEL

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