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L’ombre de Frauke Petry, patronne de l'Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Poussée de l'extrême droite en Allemagne.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Angela Merkel a maintenu hier sa politique migratoire, malgré la débâcle de son parti lors d'élections régionales et la percée concomitante des populistes de l'AfD.

L’ombre de Frauke Petry, patronne de l'Alternative pour l’Allemagne (AfD).
L’ombre de Frauke Petry, patronne de l'Alternative pour l’Allemagne (AfD). Crédits : Pawel Copczynski

Quand le tabloïd BILD parle de folie dans urnes, son confrère HANDELSBLATT juge que les élections régionales de dimanche constituent un coup de semonce. Idem pour THE TIMES de Londres. Et de fait, tandis que la CDU d’Angela Merkel recule et que le SPD chancelle, la droite populiste, elle, triomphe. A l'issue des élections qui se sont tenues en Rhénanie Palatinat, Saxe-Anhalt et Bade-Würtemberg, le parti nationaliste et conservateur AfD sera désormais représenté dans les trois parlements régionaux. Or l’AfD, souligne la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, est plus dangereuse encore que les néonazis, dit-il, car elle pénètre jusqu’au cœur de la société dans les couches moyennes. Son confrère MÜNCHER MERKUR semble tout aussi dévasté et relève que les électeurs en colère ont transformé le paysage politique allemand que nous connaissions jusqu'ici en un champ de ruines. Un véritable séisme politique. Enfin pour le TAGESPIEGEL, le principe même des grands partis est carrément sur la sellette, le SPD subissant une catastrophe structurelle et la CDU traversant une crise aiguë.

Si nombre de commentateurs voient dans ce résultat un vote sanction contre la Chancelière, d'autres y voient, au contraire, une approbation de la politique d'Angela Merkel.

Si le verdict des urnes est évidemment sans appel, la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG recommande toutefois de ne pas céder à l’hystérie, au prétexte que le pays serait toujours porté par une société civile forte, éclairée et attachée au consensus. Un élément que met aussi en avant DIE TAGESZEITUNG : 85 % des électeurs gardent la tête froide, dit-il. Bien sûr, l’AfD enregistre des succès partout, mais la grande majorité des électeurs votent pour des partis favorables à la politique migratoire d’Angela Merkel.

Ou dit autrement, commente LE TEMPS de Lausanne, si la CDU a subi d’importantes pertes au cours des élections régionales de dimanche, marquées notamment par une percée du parti populiste AfD, paradoxalement, la chancelière en sortirait renforcée. Pourquoi et surtout comment ? Le score obtenu par le parti d'extrême droite, révèle incontestablement une tendance au vote sanction anti-migrants. Les trois scrutins régionaux étaient, en effet, le premier test électoral depuis que Berlin a décidé en septembre dernier d’ouvrir les frontières aux réfugiés bloqués en Hongrie. Et seul un parti, l'AfD, a fait clairement campagne contre l’accueil des réfugiés. A l’inverse, les partis traditionnels ont soit soutenu le cours pro-migrants d’Angela Merkel (SPD et Verts), soit réclamé une inflexion de cette politique mais sans la condamner ouvertement (l'aile droite de la CDU). Or le vote de dimanche montre les limites du vote sanction puisque dans les trois régions le soutien aux partis favorables à la politique d’Angela Merkel l’emporte largement sur la contestation.

Voilà pourquoi, pour le magazine DER SPIEGEL, Angela Merkel aurait même réussi un coup de maître : son parti, la CDU sort affaibli du scrutin. Mais sa politique est confortée, dit-il, et sa position renforcée. Chaque voix récoltée par la CDU n’était pas forcément une voix de soutien à Angela Merkel, constate le magazine. En revanche, chaque voix donnée aux Verts ou au SPD était un plébiscite pour la chancelière. Et de fait, au Bundestag, la chancelière a réuni autour d’elle et de sa ligne pro-réfugiés une confortable majorité CDU-SPD-Verts, qui la met à l’abri aujourd'hui de toute velléité contestataire.

Même analyse pour le quotidien de centre-gauche BERLINER ZEITUNG. Malgré le bon score de l’AfD, Merkel ressort renforcée de ce scrutin, dit-il : bien sûr, gouverner le pays ne sera pas plus simple car l’entrée d’une quatrième, cinquième voire même d’une sixième formation dans les parlements régionaux rend moins facile la tâche de former des majorités. Mais au vu des autres pays européens, cela semble être devenu la norme. Et puis outre l’électrochoc de l’AfD, c'est une grande continuité qui ressort de ces élections : le candidat sortant vert reste ministre-président de Bade-Wurtemberg ; le SPD reste au pouvoir en Rhénanie-Palatinat ; et le candidat de la CDU reste aux manettes en Saxe-Anhalt. Et la chancelière dans tout ceci, interroge le journal ? Les trois vainqueurs des élections soutenaient sa politique migratoire. C’est donc elle qui a remporté ces élections et non pas son parti, qui ne peut s'en prendre qu'à lui même.

Selon les médias allemands, la chancelière ne serait pas en tant que telle menacée et ce malgré le revers électoral.

Faute de concurrent réel au sein de son parti, Angela Merkel n'a aucune raison à ce stade de changer de politique, malgré son isolement en Europe. Qui à la CDU voudrait et pourrait l'y contraindre ? note ainsi le FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG.

Reste que l'envolée de ce jeune parti de la droite populiste fondé en 2013, qui a multiplié les dérapages verbaux anti migrants, constitue tout de même un scénario inédit depuis 1945 et brise ainsi un tabou, dans un pays toujours en quête d'exemplarité morale après l'horreur nazie. C'est vrai que jamais un parti n'était entré sur la scène politique allemande de manière aussi fracassante. Pour autant, remarque LE TEMPS, cette envolée s'inscrit dans un contexte européen plus large, qui voit depuis des années les mouvements d'extrême droite gagner du terrain, de la Grande-Bretagne à la Slovaquie.

Sauf que si les résultats de dimanche ne constituent pas, c'est vrai, une exception en Europe, c'est bien justement ce qui inquiète le quotidien STUTGARTTER ZEITUNG, car celui qui regarde le reste de l'Europe, dit-il, comprend bien que l'AfD ne va pas disparaître comme cela. Et d'ailleurs, à l'échelle européenne, la débâcle électorale ne devrait pas faciliter non plus la position d'Angela Merkel, alors qu'un sommet européen est prévu cette semaine pour tenter de trouver une solution commune face à l'afflux des migrants et que le cap de la chancelière reste encore décrié aujourd'hui par nombre d’États membres de L'Union Européenne.

Par Thomas CLUZEL

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