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Femme en pleurs après un attentat suicide à Bagdad

Quand l’impuissance nourrit le terrorisme

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : depuis quelques jours une vague d’attentats suicides, pour partie revendiqués par Daech, ensanglantent la planète, du Bangladesh à l’Arabie Saoudite en passant par l’Irak.

Femme en pleurs après un attentat suicide à Bagdad
Femme en pleurs après un attentat suicide à Bagdad Crédits : Ahmed Saad

Hier, trois kamikazes ont fait exploser leurs bombes près de mosquées dans trois villes d'Arabie saoudite, dont la ville sainte de Médine. La photo à la Une ce matin du WALL STREET JOURNAL montre de la fumée noire et des flammes, près de la mosquée qui abrite le tombeau du prophète Mahomet. Aucune de ces attaques n'a été, jusqu'à présent, revendiquée. Reste que depuis deux ans, l'organisation radicale sunnite Etat islamique s'est déjà attribuée la responsabilité d'une série d'attaques meurtrières en Arabie saoudite, visant tout particulièrement la minorité chiite ainsi que les forces de sécurité.

Par ailleurs et d'après le dernier décompte des autorités irakiennes, plus de 200 personnes auraient perdu la vie, samedi soir à Bagdad, suite à deux attentats à la bombe. C'est l'une des attaques les plus meurtrières depuis des années en Irak, rappelle le site de CNN. Or le groupe terroriste Daech serait responsable d'au moins l'une de ces deux attaques.

On rappellera, également, qu'une prise d’otages perpétrée le même jour par des terroristes de Daech à Dacca, la capitale du Bangladesh, a coûté la vie à 28 personnes. Enfin la FRANKFURTER RUNDSCHAU rappelle que cette série d'attaques terroristes a commencé, quelques jours plus tôt, avec l'attentat sur l'aéroport d'Istanbul et que, là aussi, la milice du groupe État Islamique demeure la piste privilégiée par les enquêteurs.

Daech perd aujourd’hui du terrain. L'organisation terroriste a perdu son aura d’invincibilité

Depuis quelque temps, les efforts militaires des forces pro-gouvernementales irakiennes, notamment, soutenues par la coalition internationale, sont en nette progression afin d’en finir avec Daech. Mais cela signifie-t-il que l’organisation État islamique est sur le point de s’effondrer ? Il ne faudrait surtout pas croire que c’est chose faite ou que ce n’est plus qu’une question de temps. Premièrement, précise le portail d'information AL ARABY AL JADID, cité par le Courrier International, parce que Daech a fait preuve d’une étonnante capacité à résister. Et les attaques de ces derniers jours le prouvent encore. Et ensuite, parce que les batailles décisives seront celles de Mossoul en Irak et de Raqqa en Syrie. Or, sur ces deux terrains-là, la bataille sera plus difficile. En particulier parce que des centaines de milliers de personnes y vivent sous le contrôle de Daech, en plus des dirigeants et de milliers de combattants ainsi que leurs familles.

L'Etat irakien peut-il être, en partie, tenu pour responsable de la capacité de résistance de Daech ?

Cette dernière attaque meurtrière montre, à l'évidence, l’échec tout d'abord du pouvoir irakien à instaurer des mesures de sécurité efficaces à Bagdad. Et puis pour le journal irakien AL MADA, ces attaques reflètent également les failles du système politique. Car pour terrasser l’organisation, il faudrait redonner une vraie perspective aux sunnites irakiens. Sans quoi, les mêmes causes produiront les mêmes effets, ou peut-être même des effets encore plus graves. De son côté, THE NEW YORK TIMES doute, lui aussi ce matin, de la capacité des autorités irakiennes à unifier le pays.

Pour mieux comprendre, il faut se rappeler qu’entre 2006 et 2007, déjà, Daech (ou plutôt son ancêtre, le groupe d’Abou Moussab Al-Zarqaoui), avait été défait par la mobilisation des combattants tribaux sunnites encadrés par les Américains. Les hommes de Zarqaoui s’étaient alors évaporés dans la nature. Mais ce n’était que pour mieux se transformer en petits groupes très mobiles. Et ce sont, justement, ces mêmes groupes qui ont réussi à émerger de nouveau à partir de 2010, notamment à la faveur d’un sentiment de frustration politique chez les sunnites irakiens. Ceux-ci avaient, en effet, décidé de participer aux élections législatives. Leur liste est même arrivée en tête. Sauf que la victoire leur a été volée par un jeu d’alliances, au profit des chiites. Ce qui a créé un sentiment d’injustice y compris, d'ailleurs, parmi les sunnites qui avaient combattu le groupe de Zarqaoui, précise à nouveau le site AL ARABY AL JADID. Or c’est cette frustration que Daech a habilement su exploiter pour s’implanter.

Il est donc urgent que les sunnites puissent trouver leur place en Irak et exercer leurs droits politiques. Mais quoi qu’il advienne, prévient encore l'éditorialiste, il ne faut pas négliger, non plus, que Daech se compose désormais de multiples strates, dit-il, avec des combattants irakiens et leurs familles, des combattants syriens et leurs familles, des combattants étrangers et leurs familles. Il y a des dizaines de milliers de personnes, y compris femmes et enfants qui forment aujourd'hui comme une génération abreuvée à l’idéologie de Daech. Et que se passera-t-il avec ceux-là ? Est-ce qu’on va tous les tuer ? Ce n’est, bien entendu, pas imaginable. Est-ce qu’on va tous les emprisonner ? Et pour faire quoi après ?

Il existe aujourd'hui une spirale exponentielle de la violence

Si l'EI est aujourd’hui militairement sur la défensive, si une partie de ses anciennes sources de financements sont asséchées, si de nombreux miliciens sont également désillusionnés et tournent à présent le dos à l'organisation terroriste, c’est très précisément ce qui justifie aujourd'hui l'importance pour l’État Islamique de démontrer ses capacités d'action, face à ceux qu'il qualifie d'ennemis. C'est en tous les cas l'analyse défendue par le quotidien KÖLNISCHE RUNDSCHAU. Sans le mythe de la force, dit-il, de tels groupes terroristes perdraient rapidement leur fascination et leur attrait pour de nouvelles recrues potentielles. D’où ces massacres de masse, comme moyen de propagande. C'est là, évidemment, le sommet du cynisme, s'indigne encore le journal de Cologne. Ou dit autrement, selon son confrère DIE WELT : l'impuissance est aujourd'hui le véritable facteur de l'évolution du terrorisme.

Par Thomas CLUZEL

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