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Le 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump, et sa femme Melania

Quand le monde retient son souffle

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Donald J. Trump prêtera serment aujourd’hui sur les marches du Capitole, pour succéder à Barack. Incroyable épilogue d'une élection qui a pris tout le monde à revers.

Le 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump, et sa femme Melania
Le 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump, et sa femme Melania Crédits : MANDEL NGAN - AFP

A Washington comme dans toutes les capitales, l'arrivée (attendue ou redoutée) de Donald Trump aujourd'hui à la Maison Blanche suscite partout un même sentiment général, celui d'assister à un grand basculement. Comme si avec l’avènement, ce vendredi, d’un président des Etats-Unis jugé à la fois imprévisible, erratique et maladivement narcissique, insiste l'éditorialiste du TEMPS, tout pouvait changer du jour au lendemain pour chacun d’entre nous. Et parmi tous ceux qui, depuis quelques jours, ont essayé de capturer ce sentiment il en est un, précise le magazine SLATE, qui sort particulièrement du lot. Son nom : Damien Love. Ce critique télé écossais du SUNDAY HERALD s'est amusé à annoncer dans ses programmes le grand retour, pour ce vendredi, sur la chaîne BBC ONE de la célèbre série télévisée américaine des années 60, "The Twilight Zone". Après une longue absence, écrit-il, "La Quatrième Dimension" est de retour, avec l'une de ses productions les plus ambitieuses, coûteuses et surtout controversées de l'histoire de la télévision. Dans ce premier épisode, résume ainsi le critique télé, tandis que des experts s'interrogent, l'air grave sur ce qui va suivre, on entend surtout les cris de protestation et de désespoir entourant cette cérémonie tapageuse du Président Trump. Selon les estimations de plusieurs médias américains, le coût de cette semaine d’investiture pourrait, en effet, avoisiner les 200 millions de dollars (ce qui en ferait la plus chère de l’histoire). Quant au magazine SLATE il estime, lui, que si ce 20 janvier devait véritablement être comparé à un épisode de "La Quatrième Dimension", l'investiture de Trump ne constituerait certainement pas le début de l'épisode mais plutôt son twist final.

Et c'est bien là toute la question : Si Donald Trump devenait le scénario glaçant d’un film catastrophe, à quel moment faudrait-il retenir son souffle ? Serait-ce aujourd'hui, au moment du basculement au bord de l'abîme, ou bien le cauchemar a-t-il en réalité déjà eu lieu, lorsque le 8 novembre dernier d'immenses pans de l'électorat américain ont (d'une manière ou d'une autre) été convaincues d'élire Donald Trump à la tête de leur pays ? En d’autres termes, dans la nouvelle saison qui s'ouvre aujourd'hui, nul besoin de se faire peur une seconde fois, il convient simplement d'attendre et de juger désormais Donald Trump sur ses actes.

A lire cette fois-ci la presse américaine, du moins celle de la côte Est, davantage que le saut dans l'inconnu c'est plutôt le déchirement suscité par le départ d'Obama qui nourrit ces jours-ci les pages des journaux. Du NEW YORK TIMES au WASHINGTON POST en passant par THE NEW YORKER, les hommages sont nombreux. Dans ces portraits hagiographiques de Barack Obama en homme de lettres, réfléchi, nourri de lectures variées, difficile de ne pas voir suinter l'admiration des journalistes pour le président sortant, comme pour tenter de conjurer l’arrivée d’un successeur qui lui est en tout point opposé. Certains se hasardent, également, à dresser un bilan politique de ces huit dernières années, mais sans jamais aller trop en profondeur. Même si dans les colonnes du THE NEW YORK TIMES, relève le site Big Browser, la rétrospective de l’ère Obama parle de certains chantiers inachevés (notamment l’égalité raciale), globalement, la presse qui encense depuis quelques jours le président sortant évoque assez peu ses dossiers les plus controversés : la guerre des drones ; la prison de Guantanamo ; ou sa politique en matière de lanceurs d’alerte qui reste particulièrement féroce (malgré la remise de peine accordée à la dernière minute à Chelsea Manning).

Quoi qu'il en soit, peu importe finalement le bilan puisque les républicains s'apprêteraient à démanteler l'héritage de Barack Obama. Forts de leur majorité au Congrès et après avoir rongé leur frein pendant des années, les parlementaires républicains s’apprêteraient à faire passer un train de mesures conservatrices d’une ambition inédite ces dernières décennies. A en croire THE WASHINGTON POST, il s'agirait même du programme le plus ambitieux depuis les années 1920. Comme le note de son côté THE NEW YORK TIMES, repéré par le Courrier International, ce nouveau Congrès entend laisser sa marque sur presque toutes les facettes de la vie des Américains, en particulier, en démantelant certaines des plus importantes orientations politiques décidées par le gouvernement Obama. Les priorités seront l’abrogation de l’“Obamacare” (la loi sur la santé du président sortant) mais aussi la déréglementation (notamment dans le domaine financier). En d'autres termes, résume pour sa part L'ORIENT LE JOUR, dès sa première journée à la Maison-Blanche on s'attend à ce que le nouveau locataire des lieux lance massivement une série de décrets présidentiels pour gommer toute trace de son prédécesseur.

En revanche et comme son prédécesseur, reprend l'éditorialiste du TEMPS, Trump fera lui aussi en sorte de maintenir la prédominance de son pays dans le monde. Et c'est d'ailleurs, au fond, ce que nous rappelle avant tout la force de ce sentiment général d'assister aujourd'hui à un grand basculement, les Etats-Unis restent (n’en déplaise aux tenants du déclin américain) l’unique grande puissance dont le destin paraît influencer l’ensemble de l’humanité.

Alors le monde entier entrera-t-il, aujourd’hui, dans la quatrième dimension ? Sans doute l'investiture de Donald Trump illustre-t-elle davantage l'imprévisibilité du monde entier. Et d'ailleurs, s'agissant justement d'invisibilité (tout autant que de politique fiction), depuis quelques jours les opposants du nouveau président-élu se plaisent à rappeler, cyniquement, le fantôme de William Henry Harrison. Le neuvième président américain est mort 30 jours après son investiture. La légende voudrait qu'il ait été atteint d'une pneumonie après avoir prononcé un discours de près de deux heures, sous une pluie battante et un froid glacial. Or aujourd'hui, justement, la pluie ne devrait pas laisser de répit à Donald Trump. Sauf que celui-ci, précise aussitôt le magazine SLATE, a déjà pris les devants : Le futur 45ème président des Etats-Unis ne devrait prononcer qu'un discours d'une vingtaine de minutes, devant le Lincoln memorial.

Par Thomas CLUZEL

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