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Un enfant se recueille devant une tombe, dans un cimetière de la capitale du Yémen, Sanaa

Quand l'indifférence triomphe

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Le Haut-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l'homme juge impératif de diligenter une enquête indépendante sur le conflit au Yémen : «La réticence de la communauté internationale à demander justice pour les victimes est une honte et contribue à l'horreur permanente qui sévit dans le pays».

Un enfant se recueille devant une tombe, dans un cimetière de la capitale du Yémen, Sanaa
Un enfant se recueille devant une tombe, dans un cimetière de la capitale du Yémen, Sanaa Crédits : MOHAMMED HUWAIS - AFP

Ceux d'entre nous qui regardent du côté du Moyen-Orient en parlent généralement en ces termes : «Là-bas, la situation est sur le point d'empirer, avant de devenir pire encore». Malheureusement, se désole THE WASHINGTON POST, voilà qui décrit à la perfection la tragédie yéménite. Là-bas, plus de 18 millions d’habitants sont toujours en attente d’aide humanitaire, 7 millions sont au bord de la famine, et plus de 500 000 personnes y sont infectées par le choléra. Là-bas, le terme est évidemment volontairement méprisant et vise à traduire l'attitude honteuse de la communauté internationale. Hier, à Genève, le Haut-commissaire aux droits de l’homme a, une fois de plus, dénoncé ce silence assourdissant autour de la pire crise humanitaire aujourd'hui dans le monde.

Quand l'indifférence triomphe, c'est également le cri de colère lancé, ce matin, par l'éditorialiste du quotidien de New Dehli THE HINDU autour du drame des Rohingyas, obligés de fuir la Birmanie. En moins de deux semaines, la violence généralisée a chassé de leur pays d'origine près de 125 000 membres de cette minorité ethnique musulmane. Or l'Inde, abandonnant ses rêves de compassion et ses principes d'hospitalité, se refuse aujourd’hui à accueillir ceux qui depuis le Bangladesh souhaiteraient rejoindre le sous-continent. Derrière cette tragédie, écrit le journal, se cache en réalité une bureaucratie convaincue qu'une nation ambitieuse comme la nôtre n'a pas besoin d'un peuple de vaincus, les Rohingyas. Quand la bienveillance devrait nous amener à les considérer comme des réfugiés, nos dirigeants, eux, les considèrent comme des migrants clandestins. Et pourtant. Comment notre pays, qui a offert un foyer aux Tibétains, aux Afghans et aux Juifs, peut-il rester aujourd’hui muet et indifférent à l'égard de ceux qui n'ont plus rien ? Et l'éditorialiste d'en conclure : Il ne s'agit pas seulement de sauver un peuple persécuté, il s'agit de sauver l'âme de notre pays.

Toujours est-il que plusieurs régions du monde à majorité musulmane, celles-ci, se font désormais l'écho de ce sentiment. La chaîne CNN rapporte qu'en Indonésie, en Malaisie, au Pakistan ou bien encore en Tchétchénie, de plus en plus de manifestants descendent, à présent, dans la rue pour protester contre le traitement infligé aux Rohingyas. A Grozny, lundi dernier, ils étaient plusieurs milliers, un million selon les autorités rapporte MOSKOVSKI KOMSOMOLETS, à manifester devant la principale mosquée de la ville au cri de : «Arrêtez le massacre». Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a aussitôt saisi l’occasion pour fustiger le silence des médias russes sur le «génocide des musulmans en Birmanie» : «Quand des explosions et des tueries se déroulent quelque part en Europe, nos médias sont immédiatement sur la brèche. Mais quand plusieurs milliers de musulmans sont tués en quelques jours, tout le monde garde le silence.» Evidemment, sur ce point, Kadyrov n’a pas tort. Les chaînes fédérales russes n’ont évoqué ni le sort des Rohingyas, ni les manifestations devant l’ambassade de Birmanie à Moscou.

Mais une question demeure : Pourquoi le sort des Rohingyas de Birmanie a-t-il, si soudainement, ému Ramzan Kadyrov, lui qui n'a jamais émis la moindre réserve, par exemple, sur les bombardements par l’aviation russe de civils musulmans sunnites (courant auxquels appartiennent les Tchétchènes) à Alep ? Réponse du quotidien VEDOMOSTI : Dans un pays où le pouvoir se fonde davantage sur les liens personnels que sur la fonction officielle, Kadyrov prétend désormais à la fonction informelle de «président des musulmans russes». En renforçant son influence sur la minorité musulmane en Russie, il vise ainsi à rendre quasi-impossible son remplacement à la tête du pouvoir tchétchène ou le démontage de son système politique. Et son audace semble pour l'instant payer puisque Moscou, qui s’était toujours opposé jusque-là à toute condamnation de la Birmanie au conseil de sécurité de l’ONU, a fini par condamner «la violence contre les musulmans», enjoignant mêmes les autorités birmanes à «reprendre le contrôle de la situation». Bien entendu, la rapidité de cette métamorphose a de quoi frapper. On peine à croire que le Kremlin se soit, enfin, senti concerné par le drame du peuple Rohingya. D’où cette question : Kadyrov dicterait-il désormais la politique extérieure russe ?, s’inquiète notamment le quotidien MOSKOVSKI KOMSOMOLETS, repéré par le Courrier International. Sans doute qu'à l’approche de l’élection présidentielle de 2018, le Kremlin est prêt à accepter cette nouvelle sortie du président tchétchène afin d’éviter un nouveau foyer d’instabilité dans le Caucase. Selon d’autres analyses, cet épisode arrange, au contraire, Moscou. Pour le site GAZETA, aux yeux de la communauté internationale, la Russie fait ici une déclaration forte en s’adressant directement au monde musulman.

De son côté, un membre de la plus grande organisation musulmane indonésienne lance, lui, un appel au calme après les tensions provoquées dans son pays par la tragédie des Rohingyas. Et il prévient : Des extrémistes indonésiens sont tentés, désormais, d’utiliser la crise dont sont victimes les membres de cette minorité musulmane en Birmanie. Attention à l’instrumentalisation de la tragédie des Rohingyas. Il est essentiel de ne pas se leurrer sur ce qui se passe réellement résume le site TEMPO, avant de préciser : L’une des raisons principales de ces violences tient à l’énorme potentiel de ressources en pétrole et en gaz naturel dans l’État de l’Arakan, où vivent les Rohingyas. Une manne qui attise les convoitises des entreprises à la fois britanniques, françaises, malaisiennes, chinoises et russes.

Enfin direction à présent la Syrie où l'armée a remporté, hier, une importante victoire, en brisant un siège de plus de trois ans imposé par Daech sur une enclave de la ville de Deir Es-Zor, dans l'est du pays. La perte de Deir Ez-Zor (et de sa province riche en pétrole), la dernière de Syrie encore aux mains des djihadistes, devrait sonner le glas de la présence de l’EI en Syrie. Une victoire, écrit THE WASHINGTONPOST, qui met également en évidence les améliorations récentes des capacités de l'armée syrienne, autrefois épuisée par les défaites et les défections, mais sauvée depuis par l'intervention militaire russe. D'où cette conclusion du site libanais AL MODON : Voilà comment après cinq ans de guerre destructrice, le jeu cynique des grandes puissances et l’incapacité d’une opposition armée à gérer ses territoires ont tué l’espoir d’un changement pour les Syriens.

Par Thomas CLUZEL

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