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Hillary Clinton (g) et Donald Trump (d)

Qui, de Trump ou Clinton, gagnera la présidentielle américaine ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Donald Trump a atteint la majorité de délégués requise pour l'investiture automatique du parti républicain à la présidentielle. Chez les démocrates, Hillary Clinton devrait parvenir à l'investiture le 7 juin.

Hillary Clinton (g) et Donald Trump (d)
Hillary Clinton (g) et Donald Trump (d) Crédits : Jim Urquhart

Tandis que, côté démocrate, Hillary Clinton devance toujours son adversaire Bernie Sanders à l'investiture présidentielle, côté républicain, cette fois-ci, les jeux sont faits. Hier, l'homme d'affaires Donald Trump a franchi un cap historique en atteignant la majorité de délégués requise pour l'investiture automatique de son parti. Le sacre, lui-même, interviendra lors de la convention républicaine à Cleveland, au mois de juillet prochain.

Et c'est ainsi qu'on sentirait presque les sueurs froides dégouliner, à présent, dans le dos du Parti démocrate. Alors que Donald Trump, petit nouveau en politique, a écrasé des adversaires républicains plus aguerris, le malaise est bien visible et la question lancinante : Trump peut-il battre Hillary Clinton (a priori favorite pour l'investiture) ? Ou pour le dire autrement, l’élection présidentielle pourrait-elle tourner comme les primaires républicaines ?

Selon un récent sondage, les deux candidats à la présidentielle seraient aujourd'hui aussi impopulaires l’un que l’autre, auprès de presque 60 % de la population américaine. Or dans ce duel des mal-aimés, Trump pourrait toutefois sortir gagnant, notamment, grâce à la stratégie de victime dans laquelle il se met aujourd'hui en scène. C'est du moins l'analyse défendue par le quotidien de Rome LA REPUBBLICA. Alors que Clinton incarne l’establishment et l’approbation de la situation actuelle, Trump (ou du moins est-ce ce qu’affirment ses partisans) incarne le changement. Et peu importe les risques inhérents à ce changement. En d'autres termes, il n’est pas porté par sa propre force, mais plutôt par la faiblesse de son adversaire. Car toujours selon le journal, se concentrent sur elle tout ce qu’exècrent des millions d’Américains (et pas seulement les pauvres et les ignorants) : le pouvoir qui les pénalise et dont ils ont été exclus. De son côté, Trump incarne l’anti-pouvoir. Évidemment, le paradoxe, c'est que celui qui déblatère aujourd’hui contre la caste d’en-haut est devenu milliardaire, par des opérations de spéculation immobilière et de fraude fiscale. Sauf que tout ceci ne dissuade visiblement pas ses électeurs de préférer se jeter dans des eaux incertaines, plutôt que de continuer sur le chemin pénible du passé.

Autre argument toujours en faveur du milliardaire, écrit cette fois-ci le magazine SLATE : Trump a beau être extrêmement impopulaire auprès des électeurs noirs et latinos, ainsi que chez les femmes et les jeunes, pour autant, Clinton n’est pas tellement populaire, elle non plus, même si c’est à un moindre degré. Or avec deux candidats impopulaires, il est possible que la «popularité» ne compte plus autant.

Ensuite, s'il apparaît peu probable que Trump réussisse à persuader les millions d'électeurs démocrates traditionnels de changer de bord, ce qui est plus facile à imaginer, en revanche, c’est que les blancs soient plus nombreux à participer que lors des derniers scrutins. Et si Trump parvient à renverser le déclin de ces dernières années et à faire revenir le taux de participation des blancs à son niveau de 2008 (soit 74%), alors il pourrait gagner avec deux points de pourcentage supplémentaires parmi les blancs, même avec un taux de participation élevé des noirs et des Latinos acquis, a priori, au camp démocrate.

Par ailleurs, commente toujours le magazine, s’il y a bien une chose qui assure la défaite à un parti sortant, c’est une récession. Or la proximité aujourd'hui de Trump avec la fonction la plus puissante du monde pourrait déstabiliser les marchés et rendre une récession plus probable. Sans compter qu’en moyenne les États-Unis connaissent une récession tous les cinq ans. Or, justement, nous y sommes. Il n’en faut pas plus, donc, pour écoper d’une présidence Trump.

Enfin, il existe une dernière chose qui pourrait donner au milliardaire les clés de la Maison Blanche : un parti démocrate divisé. L’unité du parti est, en effet, une condition essentielle à la compétition nationale. Dans l’éventualité où l'amertume actuelle entre Bernie Sanders et le parti démocrate déboucherait sur un véritable divorce, les démocrates risqueraient alors de laisser l'élection à Trump à force de querelles intestines et de divisions. C’est du moins ce que montrent les derniers sondages. La plus grande faiblesse aujourd’hui de Clinton, dans l'enquête menée par NBC NEWS auprès des électeurs inscrits, se situerait chez les partisans de Sanders, lesquels n’arrivent pas encore à se décider à passer du côté de la «Team Clinton». Et si le phénomène persiste, ce sera évidemment dangereux.

Mais si tous ces scénarios sont possibles, «possible» ne veut pas dire «probable». Et c’est là toute l’ironie réconfortante de cet exercice, conclue l'article : même en essayant de montrer comment Trump peut gagner, on ne fait, en réalité, que souligner combien sa route vers la victoire est aujourd'hui malaisée.

Trump président c'est possible, mais hautement improbable

C'est en tous les cas l'analyse défendue par ce chroniqueur du BOSTON GLOBE. Certes, tout est possible, dit-il, mais au bout du compte, je pense que Trump sera battu à plate couture. Et ceci pour une raison simple, ce qui handicape aujourd’hui Clinton dans les primaires va tourner à son avantage dans la présidentielle. Et à l’inverse, les atouts de Trump vont se transformer en autant de lourds handicaps.

Donald Trump a galvanisé un bloc effarant d’électeurs en sombrant dans l’exagération verbale, en versant dans le nationalisme, le racisme et la xénophobie, en prônant une politique commerciale populiste, en se livrant à des insinuations puériles et lourdingues et plus encore en faisant des promesses de campagne dont la vraisemblance est proche de zéro. Mais à mesure que la présidentielle approche, il va devoir changer de méthode pour se vendre à un électorat plus large, notamment de centre gauche. Prenons, maintenant, Hillary Clinton. On ne peut pas dire qu’elle nous ait mis des étoiles dans les yeux pendant la primaire, entre autres choses parce qu’elle s’est montrée prudente, disciplinée, bûcheuse et contrainte par la complexité des choses. Pendant que Bernie Sanders parlait révolution, elle restait concentrée sur le réaliste, sur le faisable. Loin d’appeler au grand chambardement, elle a préféré prôner une série de projets plus modestes. Mais à la différence de son adversaire républicain, ses promesses budgétaires et fiscales tiennent debout. Au final, personne d’autre qu’Hillary Clinton, laquelle possède une connaissance approfondie aussi bien de la scène internationale que de la politique intérieure, n’est donc aussi bien placé pour démonter ce grand n’importe quoi politique que constitue la candidature de Donald Trump. Autant dire, conclue le chroniqueur, qu’elle le mettra en pièces lors des débats.

Enfin il y a la question du tempérament de chacun. Les électeurs ne raffolent pas d’Hillary Clinton, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais face à pareil bonhomme, ses défauts semblent des peccadilles. Hillary agace par son sentiment de légitimité ? Lui est un égocentrique acharné. Elle exagère son bilan ? Lui est un fanfaron, comme on n’en a jamais vu dans la vie politique américaine. Elle joue la carte féminine ? Lui est un affreux sexiste. Elle n’est pas aimable ? Lui … lui, c’est Donald Trump.

Par Thomas CLUZEL

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