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Qui pour jouer aux 7 erreurs ou aux 7 familles ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : points communs et divergences entre l’UDC en Suisse, le FN en France et Donald Trump aux Etats-Unis.
Hier, la droite populiste suisse anti-immigration et anti-Union Européenne, l'UDC, a retrouvé un siège de plus au gouvernement. Mais ce qui est vrai à peu près partout dans le monde ne l’est pas en Suisse, prévient aussitôt LA TRIBUNE DE GENEVE. Car si Guy Parmelin a été élu, c'est essentiellement grâce à son manque de charisme et l’inexistence chez lui d’idées fortes. En d'autres termes, lui qui n’avait clairement ni le profil ni l’envergure d’un ministre, doit justement sa promotion à sa personnalité effacée et à l'absence d'ambitions démesurées.

Et c'est ainsi que la Suisse a connu hier une élection, non seulement rassurante pour les institutions, mais aussi en ligne avec nos valeurs. Rassurante pour les institutions d’une part, car après leur succès aux élections d'octobre, plus rien ne pouvait s’opposer à ce que l'UDC soit représentée par un deuxième membre au gouvernement. Et en ligne avec nos valeurs d’autre part, car elle porte au sommet un élu discret, sympathique, ni frondeur, ni guerrier. Et l'éditorialiste d'ajouter, ainsi va la Suisse, celle du compromis et des équilibres, de la concordance et des moyennes molles.

Mais attention note un politologue interrogé dans les colonnes de 24HEURES, c'est parce qu'il paraissait plus fréquentable que les autres candidats, que Guy Parlemin a été élu. En clair, il était le moins pire plutôt que le meilleur, renchéri son confrère du TEMPS. Ou dit autrement, il renvoi l'image d’un conseiller dont on n’attend rien de spécial, et dont la vertu première serait d’être, inoffensif. Sauf que bien avant l’homme, c’est le parti parvenu à son apogée, qui va désormais changer la donne.

Et à ce titre, le journal de Genève s'est livré à un petit jeu des différences entre l'UDC et le Front National. L’UDC a gagné les élections fédérales, qui la confirment comme le premier parti de Suisse. Et le FN s’est imposé au premier tour des régionales, comme le premier parti de France. Tous deux ont fait leur place dans le paysage politique européen parmi les partis populistes de droite, au détriment de la gauche et de la droite traditionnelle. Tous deux rejettent les élites, dénoncées comme sourdes aux besoins du pays. Ils ont fait du rétablissement des frontières un thème prioritaire, ce qui les amène, chacun dans son contexte, à contester les valeurs de la construction européenne. Enfin ce nationalisme s’étend à un discours identitaire, voire d’exclusion et à la célébration d’une culture patriotique, dressée contre les menaces de l’immigration.

Et pourtant, les deux formations ne se regardent pas de la même façon. Quand le Front National ne manque pas de féliciter l’UDC, lorsqu’elle remporte les élections ou parvient à imposer l’initiative «Contre l’immigration de masse», en revanche, l’UDC préfère éviter les comparaisons. Ainsi, le vice-président romand de l'UDC ne se réjouit pas des succès qui s’enchaînent pour Marine Le Pen. Selon lui, cela démontre simplement qu’il y a en Europe les mêmes problèmes, dit-il, que ceux que nous dénonçons ici.

Et puis toujours au jeu des différences, la presse s'intéresse également à un autre couple qui monopolise actuellement la Une de l'actualité.
Tandis que la popularité de Donald Trump et Marine Le Pen ne cesse de croître, on s’interroge outre-Atlantique, relève le Courrier International. Derrière ses manières exubérantes, celui qu’on prenait pour un agitateur sans lendemain serait-il, en réalité, l’équivalent américain de Marine Le Pen ? Au point de faire de lui le leader de l’extrême droite aux Etats-Unis ? C'est vrai que les moqueries répétées envers la classe politique, sur le mode « nous contre le reste », mais aussi le mythe du réveil national : toutes ces choses ont, depuis longtemps, été associées avec les mouvements d’extrême droite, rappelle notamment THE NEW YORKER. Or la ligne politique de Donald Trump est en ce sens similaire à celle utilisée par la présidente du Front national. De même, quand Marine Le Pen s’engage en faveur d’une fermeture unilatérale des frontières, Trump propose, lui, une fermeture possible uniquement dans un Etat isolé et autoritaire, note à son tour THE DAILY BEAST. Par ailleurs, chacun des deux candidats populistes a vu sa popularité se renforcer après les attentats du 13 novembre. Jusque-là, les ennemis intimes de Donald Trump venaient du Mexique. Or à présent et à l’instar de la présidente du Front national, le candidat à la primaire républicaine stigmatise, en priorité, les musulmans, remarque le journal de Beyrouth L'ORIENT LE JOUR.

En revanche, la presse pointe quand même une différence notable entre les deux candidats : leur style. Certaines déclarations de Donald Trump sont si ouvertement racistes, qu’elles feraient passer Marine Le Pen pour une modérée, là où la présidente du parti d’extrême droite a, elle, bien fait attention à adoucir son image en vue de l’élection de 2017, remarque THE FINANCIAL TIMES.

Malgré les réactions indignées et les condamnations qu’il s’attire à chaque fois, Trump continue de caracoler en tête dans les sondages. Ce qui renforce l’idée que sa stratégie vise à faire parler de lui, coûte que coûte. Même si cela doit être en mal. Voilà pourquoi, plutôt que de le récompenser en lui accordant de l’attention, la seule façon de déjouer cette stratégie est de le bloquer complètement, estime le magazine QUARTZ. Or c’est précisément ce que propose une nouvelle application mobile, relève le site d'information SLATE. Disponible uniquement sur IPhone, cette application est astucieusement baptisée “Trump Trump” (que l'on pourrait traduire par “coupe” Trump, ainsi qu'on le ferait avec un atout de Tarot). Ici, pas question de tomber dans la moquerie comme le proposent d’autres applications. “Trump Trump” permet purement et simplement de supprimer dans les fils d’actualité les informations mentionnant le candidat républicain.

On notera toutefois un inconvénient. Le risque que nous échappe des articles comme celui publié, justement, par le site américain QUARTZ et dans lequel on apprend notamment que Donald Trump n’a pas toujours été aussi véhément envers les musulmans, surtout lorsqu’il s’agissait de faire des affaires. L’organisation Trump, dont il est le dirigeant et qui l’aide à financer sa campagne, a des accords financiers avec Qatar Airways, mais aussi des princes saoudiens ou bien encore des entreprises au Moyen-Orient. Autant d'entreprises qui pourraient, toujours selon le site d'information, renoncer à ces accords tant le nom de Trump est désormais associé à une image anti musulmane.

Par Thomas CLUZEL

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