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La planète Terre

Qui pour sauver la planète ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les négociateurs de près de 190 pays mettent un point final à la 22e conférence de l'ONU sur le climat, censée progresser dans l'application de l'accord de Paris, malgré l'incertitude créée par l'élection de Donald Trump.

La planète Terre
La planète Terre Crédits : Handout / NOAA/NASA - AFP

Depuis l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, la lutte contre les changements climatiques serait aujourd'hui, dit-on, en panne de leader. Et de fait, à la conférence climatique qui s’achève aujourd'hui à Marrakech, la victoire surprise du milliardaire a pour le moins sonné les représentants des quelques 180 pays qui depuis une semaine défilent à la tribune, tant les promesses de campagne du nouveau président américain n’augurent rien de bon pour le climat : non content d’avoir taxé le réchauffement de « canular », Trump s’est engagé à relancer l’industrie du charbon aux Etats-Unis et plus encore a laissé entendre qu’il annulerait l’Accord de Paris adopté l’an dernier.

Reste que pour l’heure, précise ce matin LE TEMPS de Lausanne, il est encore difficile de savoir lesquelles de ces menaces il portera à exécution. Seule certitude, donc, il est clair à présent que les États-Unis ne seront plus en pointe du combat climatique ces prochaines années et que cela va laisser un vide. Barack Obama avait, lui, fait du climat l'un de ses principaux chevaux de bataille, en entreprenant notamment un courageux programme de réduction des émissions de CO2 des centrales américaines. Et c’est en grande partie grâce à son engagement aux côtés de la Chine que l’Accord de Paris avait pu voir le jour. D'où cette question : Qui aujourd’hui pour reprendre le flambeau de la lutte contre les changements climatiques ? Ou dit autrement, ainsi que le titre le quotidien britannique THE INDEPENDENT : Qui pour sauver la planète si l’Amérique de Trump annule l’accord de Paris ? Et de s’interroger : La Chine ou l'Europe pourraient-elles tirer parti de la défection des États-Unis ?

Et de fait, tous les regards se tournent à présent et naturellement vers la Chine, premier émetteur mondial. Pékin a, d’ailleurs, réaffirmé son intention de poursuivre ses efforts en faveur du climat, notamment, en éliminant progressivement ses émissions d'acier et de ciment d'ici à 2050. Ce programme, s’il était mené à bien, réduirait autant la pollution que l'ensemble des émissions du Royaume-Uni. Mais, la bonne vieille Europe pourrait, elle aussi, jouer un rôle. L’Allemagne, en particulier, mène depuis plusieurs années une politique climatique ambitieuse. Et plus largement encore, l’idée est que les grandes villes ou régions de l'Europe pourraient ouvrir la voie à l'action climatique. En d'autres termes, reprend LE TEMPS, la meilleure garantie que le combat climatique perdure ne serait pas à chercher du côté d’un État. Puisque Trump veut, apparemment, retirer son pays de ses responsabilités globales, il faudra persévérer sans lui et miser, par exemple, sur les villes, mais aussi la prise de conscience des entreprises et l’innovation technologique. Car celle-ci améliore chaque jour la performance des économies d’énergie et des énergies renouvelables. Et cela ne changera pas du fait d’un dirigeant politique, aussi puissant soit-il.

C’est en tout les cas ce qu'ont martelé, cette semaine, les défenseurs du climat. Dans une allocution puissante, le toujours actuel secrétaire d’État américain, John Kerry, a notamment qualifié d’«irréversible» l'engagement du secteur privé. Évidemment, la question qui suit est de savoir s'il s'agit d’un vœu pieux ? Et la réponse est non, du moins, si l'on en croit les quelques 365 entreprises et investisseurs majeurs (parmi lesquels Ikea, Starbucks, Mars ou Dupont) qui ont pris la plume, mercredi, pour soutenir l’Accord de Paris.

En ce sens, écrit à nouveau THE INDEPENDENT, l’un des thèmes émergeant de la COP22 pourrait se résumer ainsi : sauver la planète ne consiste pas nécessairement et uniquement à engloutir de l'argent dans un budget sans fin. Sauver la planète pourrait, tout aussi bien, passer par un engagement des entreprises, si celles-ci y trouvent, bien entendu, une opportunité de faire du business. Ce faisant, la politique climatique internationale pourrait se passer d’un pilote. En l'occurrence, la cause du climat souffrirait d'autant moins de la fin du leadership des États-Unis (le pays le plus riche parmi les six plus grands pollueurs de la planète).

Pour autant, la nature des financements reste une vraie source d’inquiétude. 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. C’est l’engagement financier des pays développés, acté par l’accord de Paris, en faveur des pays en développement, pour les aider à supporter le coût des changements climatiques. Ce chiffre n’est, d’ailleurs, pas nouveau. Il avait déjà été évoqué lors du sommet de Copenhague, en 2009, avant d’être confirmé à Cancún, en 2010. Sauf que depuis, cette cagnotte n’a jamais pu être mobilisée. Voilà pourquoi de nombreux pays industrialisés militent, à présent, pour que les investissements privés soient inclus dans l’enveloppe des 100 milliards, arguant que ce sont ces moyens qui feront la différence. Car, évidemment, cela n’a pas de sens de soutenir la production d’énergie renouvelable avec des moyens publics, si en même temps des investisseurs privés continuent, eux, à construire des usines à charbon.

D'où ce commentaire du magazine JEUNE AFRIQUE : la bataille des pays africains est, dorénavant, de faire en sorte que les financements prévus n’aillent pas engraisser les pollueurs mais, au contraire, aider les populations des pays en développement à trouver et à appliquer leurs propres solutions de résistance. Car on le sait les recettes du sauvetage sont, en partie, entre les mains des Africains. Personne ne peut plus ignorer que les chocs environnementaux provoquent, aussi, des chocs sociaux et que chaque bout de terre inondé ou désertifié les obligera, inéluctablement, à aller ailleurs pour y chercher une vie meilleure. Déjà, la montée du niveau des mers, les sécheresses et les inondations à répétition ont jeté des populations entières, sur les routes de la migration. Selon l’ONU, il y aura quelque 250 millions de migrants climatiques dans le monde à l’horizon 2050. Et l’Afrique, bien sûr, est concernée au premier chef. Pourtant, elle n’a aucune responsabilité historique dans le réchauffement climatique mondial sur lequel elle influe, d'ailleurs, assez peu, rappelle le magazine. Représentant à peine 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’Afrique paie en réalité, dit-il, la dette des pays industrialisés, tout en assistant, plus grave encore, à l’exploitation effrénée de ses ressources naturelles. Et d'en conclure : Tout autant qu’un enjeu climatique, c’est aussi aujourd'hui une question de justice tout court.

Par Thomas CLUZEL

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