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Qui pour vaincre Daech ?

4 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : comment ne pas alimenter le mal qu'on affirme vouloir combattre. Ou quand les attentats de Paris mettent en lumière la puissance à la fois militaire et financière de l'organisation.
Et tout d'abord cette question cruciale : d’où viennent les armes de l’Etat islamique ? S’il s’agit pour la plupart d’armes américaines, un rapport publié le 6 octobre 2014 et qui dresse méthodiquement l’inventaire des armes, des véhicules et des équipements utilisés par les combattants de l’EI montre que les équipements de Daech proviennent, en réalité, de 21 pays différents, parmi lesquels la Russie et la Chine. L’information montre que Daech ne cesse, en réalité, de multiplier et de diversifier ses sources d’approvisionnement d’armes et d’équipements militaires. On retrouve dans l’inventaire de l’EI tous les grands pays exportateurs d’armes : des cartouches de Russie et des Etats-Unis, des fusils de Belgique ou de pays de l’ex-bloc soviétique et des missiles antichar fabriqués par le leader européen dans le domaine, précise notamment THE NEW YORK TIMES. Or plus l’arsenal s’agrandit et plus la position de certains Etats, qui combattent l’organisation terroriste, devient évidemment inconfortable. Car les Etats qui exportent ou vendent des armes ne peuvent plus ignorer que les armes passent aujourd'hui facilement d’une force combattante ou d’un conflit à un autre. Cela signifie que les armes que possède l’EI ont dans la plupart des cas été exportées, en premier lieu, par des pays qui avaient l’intention de rendre la région concernée plus sûre. Sauf qu'aujourd'hui elles sont, au contraire, utilisées par des combattants qui défendent une organisation djihadiste en train de devenir la plus importante de notre époque, conclut le quotidien.

A masked man speaking in a video that Islamic State militants released in September 2014.
A masked man speaking in a video that Islamic State militants released in September 2014. Crédits : Handout - Reuters

D'où cet avertissement lancé par son confrère italien, le quotidien catholique AVVENIRE. L'Italie est aux côtés de la France, dit-il, l'un des principaux exportateurs d'armes vers les régions arabes. En d'autres termes, les politiques qui versent aujourd'hui des larmes et qui déclarent une lutte sans pitié contre le terrorisme sont ceux-là mêmes, qui ne font rien pour réduire les exportations d'armes et qui défendent ces industries nationales cruciales pour le PIB et pour l'emploi. Ou comment alimenter le mal que l'on affirme vouloir combattre.

Et puis toujours pour lutter contre Daech, plusieurs journaux évoquent un point faible et accessible de l'organisation État Islamique : ses finances.
Contrairement au mouvement terroriste Al-Qaïda, financé grâce à de riches donateurs extérieurs, l’organisation Etat islamique, elle, peut dégager les ressources dont elle a besoin sur son propre territoire grâce notamment à la vente de pétrole. Dans une enquête publiée le mois dernier par THE FINANCIAL TIMES et reprise sur le site du Courrier International, on estime que Daech produit entre 34 000 et 40 000 barils de pétrole quotidiennement, ce qui lui rapporterait, en moyenne, 1,5 million de dollars par jour.

Lundi, précise LE TEMPS de Genève, l’aviation américaine a bombardé 116 camions-citernes à la frontière entre la Syrie et l’Irak. Une première depuis le début des frappes aériennes lancée il y a pourtant plus d'un an. Les attaques de Paris ont visiblement changé la donne. Jusque-là, précise THE NEW YORK TIMES, le Pentagone avait évité de s’en prendre à de telles cibles pour ne pas risquer de tuer des civils, ce qui pourrait retourner l'opinion publique contre la coalition. Sans compter que sans énergie, la population de toute la région serait plongée dans une grave crise humanitaire. Car l’organisation profite de sa situation de monopole dans les régions qu’elle contrôle, mais aussi sur le territoire de ses ennemis. Ce qui signifie, d'ailleurs, que les frappes aériennes ne sont pas le seul moyen de s’attaquer aux revenus liés au pétrole de l’EI. Il s'agirait également de s’en prendre à ceux qui en achètent. Toujours est-il et ce quelque en soit la raison, que sur les 10.600 missiles tirés par la coalition internationale contre Daech depuis août 2014, seuls 196 ont atteint des sites pétroliers.

Et encore ça n'est pas tout puisque conscients des menaces qui planent sur leurs champs de pétrole, les dirigeants de l’EI n’ont évidemment pas attendu les frappes aériennes pour diversifier leurs sources de revenus, précise DIE TAGESZEITUNG. Outre le pétrole, on citera notamment le trafic d’antiquités et le commerce de coton.

Enfin toujours parmi les moyens de lutter contre Daech, reste la guerre. Sauf que la France se retrouve bien seule aujourd'hui dans ce combat.
Ses voisins européens, on n'ose à peine employer le mot d'allié, ne semblent pas prêts à la soutenir militairement, à commencer par l'Allemagne. À l'exception notable de la FRANKFÜRTER ALLGEMAINE ZEITUNG, qui estime que l'Ouest doit prouver sa volonté de défendre ses valeurs, la plupart des journaux outre-Rhin se prononcent contre une intervention militaire en Syrie.

Et puis parmi les acteurs régionaux, cette fois-ci, aucun d'entre eux ne place aujourd'hui Daech parmi ses adversaires prioritaires, précise THE NEW YORK TIMES. Pour Bachar al-Assad, il s’agit avant tout de l’opposition syrienne et il gagnerait même à ce qu’il n’y ait rien entre lui et Daech, ce qui lui permettrait de se poser en ultime rempart contre le terrorisme islamique. Le gouvernement turc, lui, est très clair: son ennemi principal c’est l’irrédentisme kurde. Or une victoire des Kurdes de Syrie sur Daech pourrait permettre au PKK de se créer un sanctuaire. De leur côté, les Kurdes, ne cherchent pas à écraser Daech, mais seulement à défendre leurs nouvelles frontières. Or Daech empêche la reconstitution d’un état central fort à Bagdad, qui pourrait contester l’indépendance dont jouit le Kurdistan irakien. Pour les Saoudiens, l’ennemi principal n’est pas Daech, qui est, après tout, l’expression d’un radicalisme sunnite. Leur ennemi est avant tout l’Iran. Quant aux Iraniens, ils veulent contenir Daech mais ne pas forcément l’anéantir, puisque son existence même empêche le retour d’une coalition sunnite. Enfin Israël ne peut que se réjouir de voir le Hezbollah se battre contre des Arabes, la Syrie s’effondrer, l’Iran s’engluer dans une guerre incertaine et tout le monde oublier la cause palestinienne. En un mot, aucun acteur régional n’est prêt à lancer ses troupes pour reprendre les terres de Daech.

Par Thomas CLUZEL

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