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Drapeau de l'Union Européenne

A quoi devrait ressembler la future Europe ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : A Bruxelles, les dirigeants de l’UE se penchent sur l'avenir de l'Europe post-Brexit.

Drapeau de l'Union Européenne
Drapeau de l'Union Européenne Crédits : ALEXANDROS MICHAILIDIS / SOOC

Comment relancer le projet européen ? Le sommet qui s'ouvre, ce matin, à Bruxelles n'aura probablement pas la prétention d'apporter une réponse définitive. Et pourtant, il y a urgence, s'inquiète LA STAMPA : Avec des scrutins à venir à haut risque (aux Pays-Bas, en France et en Allemagne), l'UE joue cette année et plus que jamais sa survie. Pour répondre, notamment, aux populistes d'extrême droite qui veulent détruire l'UE, un nouveau souffle est aujourd'hui indispensable, prévient à son tour son confrère DE VOLKSKRANT. Pour ne prendre que le cas de la France, par exemple, personne ne doute qu'une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle porterait, en effet, le coup de grâce à l'UE, tant la volonté de la dirigeante frontiste de sortir de l'Europe est très claire. Or sans la France, l'entente politique sur laquelle repose l'intégration européenne s'effondrerait instantanément. Et l'on pourrait tout aussi bien pointer la menace que constitue le parti populiste anti-islam et eurosceptique AfD en Allemagne, ou le parti d'extrême droite PVV aux Pays-Bas.

Mais indépendamment d'une éventuelle élection de Marine Le Pen, la crise est plus profonde encore et son véritable point de rupture, en réalité, remonte au Brexit. Etant entendu, précise à nouveau LA STAMPA, que le Royaume-Uni n'est pas le problème, mais bien ce à quoi le Royaume-Uni a décidé de tourner le dos, c'est-à-dire à nous, qui restons. Or huit mois après ce séisme, note DER STANDARD, force est de constater que les 28 chefs de gouvernement n'ont toujours avancé aucune feuille de route quant à l'avenir de l'UE. Et pourtant, le temps qui passe n'y change rien. La question posée reste, invariablement, la même : Le Brexit va-t-il conduire à la désintégration de l'UE ou la pousser, au contraire, à rester unie ? Ou dit autrement, selon le quotidien TRUD, dans ces nouvelles conditions, l'UE parviendra-t-elle à se maintenir en tant que mécanisme unifié et homogène ?

Nombreux sont ceux aujourd'hui qui considèrent que l’approfondissement de l’intégration au sein de l’UE est associé à la mise en place d’un budget commun, d’une homogénéisation de la plupart des impôts, d'une redistribution des dettes et d'une plus grande harmonisation de la politique sociale. Seulement voilà, voulons-nous vraiment payer des impôts aussi élevés que les Français ?, interroge l'hebdomadaire GOSC NIEDZIELNY. Voulons-nous payer la dette des Italiens ? Et voulons-nous vraiment soutenir financièrement les immigrés sans emploi en Allemagne ? Probablement pas.

Et c'est ainsi que lundi dernier, les chefs d'Etat et de gouvernement de France, d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne se sont déclarés favorables à une Europe à plusieurs vitesses. Ce débat n’est d'ailleurs pas nouveau, mais il est réaliste, estime le JORNAL DE NEGOCIOS. En clair, il découle du constat qu’une Europe dont tous les membres sont dans le même bateau ne peut avancer. Et qu’on l’appelle «l’Europe à géométrie variable» ou «l’Europe à plusieurs vitesses», l’idée que tous les pays membres n’ont pas la même vision de l’avenir, le même enthousiasme pour l’intégration, la même capacité à renoncer à des pans de souveraineté offre, en effet, une porte de sortie à la paralysie, remarque à son tour le magasine SLATE. Sans compter que la possibilité d’une Europe à plusieurs vitesses existe déjà, en réalité, dans les traités, même si on ne le dit pas trop fort afin de ne pas vexer les «petits» pays ou les retardataires. Ce qui signifie qu'il n'y a pas besoin de nouveaux référendums (où les risques de rejet de l’Europe sont de plus en plus grands) pour la mettre en œuvre.

Le danger, pointe son confrère SEGA, c'est qu'à terme tout le monde n'aura plus son couvert au restaurant de l'UE. Aujourd'hui, certains sont d’avis que ce grand restaurant n'est pas aussi agréable qu’avant, car il est rempli de nouveaux invités trop bruyants. Et que s'ils nous prennent nos tables, il ne nous restera plus qu'à rester debout. Et qu'ils nous proposeront ensuite, peut-être, de faire le service. En tout cas, qu'ils ne discuteront pas avec nous, puisque cela deviendrait le privilège de ceux qui ont une place assise. Ils nous feront un signe de tête, claqueront des doigts ou nous héleront pour nous signifier quand et comment nous devrons les servir. Et c'est ainsi, précise le blog CONTRIBUTORS, qu'on assiste aujourd'hui à un tracé de frontières discrètes, mais efficaces, qu’elles soient politiques, économiques, législatives ou administratives, pour faire face à l’influence prétendument néfaste des pays de l’Est sur la prospérité des pays de l’Ouest. Le problème, c'est que ceux qui évoquent les scénarios d’une Europe de classes différentes, jouent avec le feu. Une Europe à deux vitesses sonnerait, en effet, le glas de l’UE actuelle et une fragmentation en au moins deux catégories d’Etats. Un retour de facto à la situation d'avant 2004, où les pays post-communistes étaient considérés comme des alliés de l’UE et ne jouissaient pas encore de l’ensemble des droits de vote politiques dans les institutions. En clair, il n’y aurait qu’un pas entre l’intégration et la désintégration européenne. Non seulement ce scénario ne parviendrait pas à résoudre la crise européenne, mais pire encore, il risquerait de verser de l’huile sur le feu.

Seule certitude, l’Union européenne qui fêtera le 25 mars le 60ème anniversaire du traité de Rome (son texte fondateur) est donc bien malade. Dès-lors que faire ? Le quotidien VECERNJI LIST ose, lui, avancer une hypothèse : L’intérêt des citoyens doit être au centre des grandes décisions sur l’avenir de l’UE. Le choix du bon scénario doit être guidé par l’idée fondamentale du bien-être des citoyens. En clair, plus de 500 millions d’Européens doivent tous bénéficier des mêmes droits. Tout le reste n’est que manœuvres politiques, qui ne mènent qu’à la création de nouveaux rideaux de fer.

Par Thomas CLUZEL

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