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Réfugiés : vérité juridique et opportunité symbolique.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l’absurdité des quotas de migrants, l’accueil des réfugiés à Dachau et les faux passeports syriens.
Option pratique vs vérité juridique.
C'est aujourd'hui que les ministres de l'Intérieur des 28 états membres de l'Union Européenne se réunissent à Bruxelles pour tenter d'aplanir leurs différends sur un principe de répartition des réfugiés. L'occasion pour le quotidien de Bucarest EVENIMENTUL ZILEI de rappeler que dans le droit international public, un réfugié est considéré comme un individu libre. Cela signifie qu'un pays peut, certes, temporairement limiter sa liberté de mouvement, mais qu'il ne peut pas, en revanche, le contraindre à s'installer dans un pays déterminé. De même, un réfugié ne peut pas être détenu contre son gré, dans le pays en question, sauf en cas d'effraction contre les lois de l'Etat. Dès-lors, dans quelles conditions les réfugiés monteront-ils dans des bus pour rejoindre le pays qui leur sera affecté ? Le feront-ils sous la contrainte ? Que pourra faire la Roumanie pour les empêcher de quitter le pays à destination de ses voisins de l'Ouest ? Devra-t-on les retenir par la force ? Cette hypothèse est évidemment exclue, car une telle démarche ne serait pas compatible avec le respect européen des droits de l'individu. Et l'éditorialiste d'en conclure, la situation est absurde. Dans deux semaines, ils partiront, même à pied, vers l'Allemagne. Preuve qu'il est insensé, écrit le journal, de s'obstiner à vouloir imposer des quotas obligatoires.

Migrants hold a banner reading "Merkel".
Migrants hold a banner reading "Merkel". Crédits : Marko Djurica - Reuters

Quoi qu'il en soit, l'exode croissant de réfugiés en provenance de Syrie et d'Irak reste un thème dominant de la presse internationale et en particulier en Allemagne. Car même si certains, à l'instar du MÜNCHER MERKUR, constatent que de nombreux citoyens s'engagent aujourd'hui bénévolement pour venir en aide aux réfugiés, en revanche, l'Etat et les responsables politiques, eux, semblent bien désormais dépassés. Ou quand le mythe Merkel s'effrite, prévient ainsi le journal, avant de préciser : si jusqu'à présent les Allemands pouvaient, chaque soir, se coucher tranquilles, persuadés que Maman Merkel règlerait tout, dorénavant, c'est du passé et les Allemands risquent d'avoir un réveil pénible!

Toujours s'agissant de l'Allemagne, on a beaucoup lu et entendu ces dernières semaines que le souvenir de la Shoah jouait un rôle dans la place qu'occupe aujourd'hui Berlin dans l'accueil des réfugiés. Comme si la crise des migrants offrait une chance à l'Allemagne de se racheter.
C'est un argument qui a souvent été avancé. Et c'est dans ce contexte qu'un débat s'est engagé aujourd'hui sur l'opportunité symbolique de mettre à disposition des migrants un lieu comme Dachau. Oui, vous avez bien entendu : Dachau. Pour des raisons de place et de disponibilité, certains réfugiés, 350 au total, sont actuellement logés dans le domaine de l'ancien camp de concentration, où plus de 40.000 personnes ont péri pendant la Seconde Guerre mondiale. Les habitations mises à la disposition des réfugiés se trouvent notamment sur l'ancien «herb garden», situé en face du mémorial, une sorte de potager où des juifs détenus cultivaient des plantes médicinales ou comestibles pour la population allemande et la Wehrmacht. Or c'est précisément l'appropriation de ce jardin qui pose aujourd'hui problème. Les tenants actuels du mémorial Dachau voudraient le voir sanctuarisé, comme lieu de mémoire, quand certains membres de la ville s'opposent à cela, en réclamant des espaces, pour ceux qui n'ont nul part où aller. C'est le cas, par exemple, d'Askan, dont le quotidien de Londres THE GUARDIAN, cité par el magazine Slate dresse le portrait. Ce jeune Afghan de 22 ans, qui a fui la tyrannie des Talibans, passe lui outre l'héritage historique des lieux, qu'il affirme mal connaître. «J'avais surtout besoin d'un toit au-dessus de ma tête», avance-t-il.

The main gate of the former concentration camp in Dachau near Munich.
The main gate of the former concentration camp in Dachau near Munich. Crédits : Michael Dalder - Reuters

Dès-lors, le débat se pose aujourd'hui en ces termes : pour la directrice du mémorial du camp de concentration, héberger les réfugiés dans un endroit qui symbolise la torture et la mort n'est pas un geste très accueillant. À l'inverse, le maire de la ville défend lui l'occupation de ces lieux destinés à des personnes qui ne peuvent pas avoir des appartements aux tarifs du marché. Mais également parce que selon lui, cette démarche donnerait un but social utile à cet espace. La directrice du site se serait finalement prononcée en faveur d'un compromis. Une partie du mémorial devrait rester résidentielle, quand l'autre sera consacrée à des expositions et des colloques.

Enfin une photo étonnante, à présent, à la Une d'un hebdomadaire néerlandais.
La couverture du magazine NIEWE REVU disponible sur le site du Courrier International arbore cette semaine la photo d’un faux passeport syrien au nom de Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais. Les journalistes de l'hebdomadaire, qui ont fait fabriquer le document par un faussaire, ont ainsi voulu vérifier “la rumeur qui court dans le nord de la Syrie, selon laquelle il est très facile de se procurer un faux passeport syrien depuis que des rebelles semblent avoir mis la main sur un certain nombre d’imprimantes et des milliers de passeports vierges”.

Résultat de l’enquête : il est simple comme bonjour d’acheter un faux passeport syrien, écrit le journal. Tout ce dont on a besoin, c’est un numéro de téléphone d’un des nombreux faussaires et 825 dollars, le montant négocié pour un passeport et une carte d’identité. En moins de quarante heures, c’est chose faite. Les journalistes sont passés en l'occurrence par un fixeur syrien, lequel a transmis la photo d’identité du Premier ministre trouvée sur Internet au falsificateur. Et si ce dernier a, certes, un peu hésité en observant le physique occidental de l'intéressé, il ne savait pas qu’il s’agissait du chef du gouvernement néerlandais et il a donc accepté sa mission sans broncher.

Par Thomas CLUZEL

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