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Règlements de comptes à OK Corral.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l’occupation par des dizaines d'hommes armés d’un parc naturel de l'Oregon et la volonté de Barack Obama de lutter par décret contre le fléau des armes à feu.
Pour l'hebdomadaire régional du comté de Burns dans l'Etat du Castor, au nord de la Californie, c'est l'événement de l'année, certes encore toute neuve. Depuis samedi, raconte THE OREGONIAN, le refuge du parc du « Malheur » (c'est son nom), une petite bâtisse de bois abritant des panneaux d'informations sur les oiseaux, a été pris d'assaut par des hommes armés qui s'y sont installés pour une durée indéfinie et n'excluent pas de se servir de leurs armes si le gouvernement intervient.

L'occupation, précise à son tour le correspondant aux Etats-Unis du journal helvétique LE TEMPS a commencé après un défilé de protestation, rassemblant environ 300 marcheurs, contre une peine de prison revue à la hausse pour deux éleveurs de la région, un père et son fils accusés d'avoir brûlé des terrains appartenant à l'Etat en 2001. Eux affirment qu'ils avaient simplement voulu nettoyer leur terrain et que les flammes ont débordé. Ils ont d'ailleurs déjà fait de la prison pour ce délit, mais pas assez, selon le juge saisi en appel par les autorités. Leur nouvelle période de détention de quatre ans aurait dû commencer hier. D'où la colère de leurs amis agriculteurs et éleveurs, disons même ranchers, pour bien nous imaginer le chapeau de chapeau de cow-boy et les flingues qui vont avec.

Car bien sûr les miliciens sont armés et prêts, disent-ils, à tenir un siège. Dans une vidéo postée sur Facebook, des membres de cette milice ont appelé les patriotes du pays à les rejoindre avec leurs armes, peut-on lire sur le site américain VOX. Pour eux, le refuge du « Malheur » symbolise la tyrannie du big government, le combat entre des éleveurs et des agriculteurs traditionnels contre les autorités fédérales, ou dit autrement la lutte libertarienne entre le petit entrepreneur local et le bureaucrate de Washington. C'est la première dimension de cette affaire qui explique, d'ailleurs, son retentissement dans l'opinion publique. L'histoire est depuis ce week-end l'une des plus lues sur les sites d'information aux Etats-Unis.

Mais ce n'est pas ce qui retient le plus l'attention. Car depuis que l'occupation a commencé samedi dernier et même si les autorités affirment contrôler la situation et tout faire pour que le calme revienne, elles n'ont entrepris aucune action sur le terrain. Or le symbole est pourtant là : même perdu dans les bois, poursuit le journal, il s'agit d'un bâtiment officiel fédéral, au même titre qu'un tribunal ou un ministère. C'est d'ailleurs pour cette raison que les deux ranchers ont été rejugés. Or le même type de situation impliquant des miliciens musulmans entraînerait, évidemment, une riposte immédiate et puissante des forces de l'ordre, s'étrangle le web. Dès-lors pourquoi la police fait-elle profil bas ? Sur les réseaux sociaux, la cause est entendue : c'est parce que les miliciens sont blancs : deux poids, deux mesures.

Et puis à sa manière, cette affaire relance aussi le débat sur le port d'armes aux Etats-Unis.
Cette mouvance milicienne, qui se dit patriote mais hostile au gouvernement fédéral, se revendique aussi de certains articles de la Constitution et notamment le fameux second amendement, lequel autorise les Américains à posséder une arme à feu. Or c'est aujourd'hui, justement, que le président Obama doit annoncer plusieurs mesures pour lutter contre le fléau de la violence commise par les armes à feu. Et comme il ne compte plus sur une hypothétique collaboration du Congrès, les républicains mais aussi quelques démocrates restant réfractaires à tout renforcement de la législation, le président a choisi d'agir par décret pour tenter de limiter l’impact de ce fléau, qui tue 90 personnes par jour aux Etats-Unis.

Plus de 360 fusillades en 2015 ! Au cours des douze derniers mois, les Etats-Unis ont, en moyenne, subi chaque jour un assaut faisant au minimum quatre blessés, renchérit le site SHOOTINGTRACKER. Et la fréquence de ces attaques de folie meurtrière s’accélère, note de son côté THE WASHINGTON POST : la moitié des pires tueries ont eu lieu ces huit dernières années. Une situation sans équivalent ailleurs dans le monde. Enfin les Etats-Unis sont aujourd'hui le pays qui compte le plus d’armes à feu détenues par de simples citoyens, précise pour sa part LA TRIBUNE DE GENEVE. En moyenne, il y en aurait presque une par habitant, si l’on en croit les estimations, soit plus de 300 millions. C’est énorme. Or avec 4,43% de la population mondiale, ce pays détiendrait 42% de toutes les armes à feu à usage privé, précise à nouveau THE WASHINGTON POST.

Jusqu’ici, la Maison Blanche est restée muette sur ses projets. Obama répète qu'il n'entend pas toucher au célèbre amendement mais qu'il "ne doit pas être aussi facile pour quelqu'un qui veut faire du mal de mettre la main sur des armes". Ainsi, la principale mesure pourrait porter sur une généralisation de l'obligation de contrôles d'antécédents judiciaires et psychiatriques avant toute vente d'arme. Dans de nombreux endroits aux Etats-Unis et en particulier dans les foires itinérantes, il reste en effet possible d'acquérir une arme, sans aucun des contrôles exigés des armuriers homologués par les autorités fédérales.

Evidemment, l’action annoncée de Barack Obama a déjà suscité l’ire des candidats républicains à la Maison-Blanche et en particulier le premier d'entre eux Donald Trump. Avant même de connaître la nature des annonces présidentielles, ce dernier a dénoncé sur la chaîne américaine CNN le fond comme la méthode. Et c'est bien le problème, d'ailleurs, que pose ce dispositif du décret présidentiel. Tous les opposants de Barack Obama ont d'ores et déjà promis à l'unisson d'effacer d'un trait de plume toute mesure sur ce thème. "Dès mon premier jour au pouvoir, tous ces décrets disparaitront", a notamment assuré le sénateur de Floride Marco Rubio. Sans compter qu'un décret présidentiel serait aussitôt contesté en justice par le lobby pro-armes. En clair, l'efficacité du dispositif pourrait ainsi être difficile à mesurer dans le temps.

Par Thomas CLUZEL

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