LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Rencontre du troisième type

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : tandis que l’UE hésite encore à ouvrir une nouvelle batterie de sanctions contre la Russie, une ambitieuse mission scientifique européano-russe doit, elle, aboutir aujourd’hui : atterrir sur Mars.

Voilà des siècles que la question de la vie sur Mars fascine. Au fil de multiples missions, les chercheurs et leurs robots se sont ainsi mis en quête de possibles traces que la vie aurait laissée et, notamment, depuis que dans les années 1970 les humains ont réussit à y poser leurs premiers engins : les sondes américaines Vikings. Or voilà que 40 ans plus tard, les européens, vexés qu'ils étaient de n'être pas parvenus à poser, à leur tour, un engin sur la planète rouge s'apprêtent à réaliser enfin leurs rêve. Aujourd'hui, à 16h48 précises, un petit module de 600 kg répondant au nom de Schiaparelli (en l’honneur de l’astronome italien qui au XIXème siècle avait cru voir des canaux artificiel sur Mars), devrait toucher le sol de la planète rouge.

Une première pour l’Agence spatiale européenne (ESA) et qui sera immortalisée en images durant toute la descente par un autre engin, américain lui, qui crapahute sur Mars depuis douze ans déjà. Évidemment, la manœuvre n’en reste pas moins périlleuse. Le premier moment crucial pour le succès de cette mission, précise LE TEMPS de Lausanne, surviendra lorsque Schiaparelli devra se séparer de son satellite. Il faudra alors trouver l’angle parfait pour la chute du module, afin d'éviter qu’il ne chauffe trop et ne brûle dans l’atmosphère. Une fois largué, la course de l'engin ne pourra plus être modifiée. Elle durera six minutes, très précisément. Et comme la Terre, elle, se situe à plus de 10 minutes de communication, il ne sera pas possible de commander cette opération en direct. Un programme d’ordres précis a donc été téléchargé sur la sonde. L'arrivée, ensuite, se déroulera en trois étapes : tout d'abord la chute libre sous protection d’un bouclier thermique ; puis le déploiement d’un parachute ; et enfin l'allumage de neuf rétrofusées qui permettront à l’engin de freiner d’une vitesse de 250km/h à 4km/h. A deux mètres du sol, les réacteurs s’éteindront. Et à cet instant, si tout se passe comme prévu, Schiaparelli s'«écrasera» alors de manière contrôlée sur Mars.

Une fois posé, l'engin équipé uniquement de batteries et dépourvu de panneaux solaires, n'aura que quelques jours seulement pour faire diverses mesures, aidant à caractériser la surface de Mars (vitesse du vent, taux d’humidité, pression, température). Quoique très utiles, ces relevés ne seront sans doute pas de nature à bouleverser la planétologie martienne. Mais peu importe car, en réalité, toute cette opération vise uniquement à préparer le second volet de la mission : l’arrivée d’un autre robot gros comme une voiture (baptisé Pasteur) et qui aura, lui, pour tâche de forer sous la surface du sol, afin de détecter des traces de vie actuelles ou passées. Un exploit d’abord prévu en 2018, mais qui a finalement été repoussé à 2020 en raison des délais de réalisation technique non tenus et surtout du fait que l’Agence spatiale européenne a dû changer de partenaire en cours de route. L'ESA avait d'abord approché la NASA, laquelle s'est ensuite désengagée du projet, invoquant des contraintes budgétaires. Et c'est ainsi que l'agence spatiale européenne s'est ensuite tournée vers sa pendante russe, ROSCOMOS. En d'autres termes, ExoMars, la mission qui peut tout changer ainsi que le titre le journal, est le fruit d'une collaboration étroite entre l'Union Européenne et la Russie.

Et bien entendu, dans le contexte actuel, cette collaboration a de quoi faire sourire. A commencer par la date choisie pour réaliser cet exploit. Même si, rappelons-le, la première partie de la mission russo-européenne a décollé le 14 mars dernier, il se trouve que ce mercredi 19 octobre, le jour où Russes et Européens vont se poser main dans la main sur Mars, est aussi le jour initialement prévu pour la visite en France de Vladimir Poutine, à l'occasion de l'inauguration de la cathédrale orthodoxe du Quai Branly. Une visite prévue, elle aussi, de longue date et finalement annulée à l’initiative du Kremlin sur fond de tensions autour du sort d’Alep. Et pour cause : si récemment encore, précise IL SOLE, il semblait possible de concilier la position russe avec la recherche d’une solution diplomatique, aujourd'hui, ce n’est manifestement plus le cas.

Et puis toujours au chapitre de cet alignement des planètes pas toujours aussi favorable qu'il n'y paraît, ce 19 octobre, est également le jour où Vladimir Poutine est attendu, cette fois-ci, à Berlin. Outre le chef du Kremlin, la chancelière Angela Merkel recevra, dans la soirée, le président ukrainien Petro Porochenko et …. François Hollande, afin de tenter de trouver une issue politique au conflit ukrainien. Un mini-sommet qui s’inscrit, là encore, dans un contexte d’enlisement. Il y a quelques jours à peine, d'ailleurs, Angela Merkel semblait elle-même douter du bien-fondé de cette rencontre. Sauf que du point de vue des observateurs allemands, chacun des quatre dirigeants présents ce soir à Berlin avait intérêt, en réalité, à ce que cette réunion se tienne. Petro Porochenko, tout d'abord, veut ramener le conflit dans son pays (éclipsé par la guerre en Syrie) sur le devant de la scène ; Angela Merkel et François Hollande, ensuite, espèrent ne pas arriver les mains vides au prochain sommet de l’UE prévu vendredi à Bruxelles ; enfin Vladimir Poutine, surtout, espère lui à tout prix éviter l’adoption de nouvelles sanctions.

Pour l’heure, le chef du Kremlin ne devrait pas se montrer, d’ailleurs, trop inquiet. Pas plus tard qu'avant hier, les ministres européens des Affaires étrangères ont décidé, dans un premier temps, de ne pas punir davantage Moscou. Pourquoi ? Parce que dans le monde occidental, commente LA FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG, on craint de se voir happé dans une spirale infernale. Mais plus encore, parce que personne n’a visiblement aujourd'hui de plan de route cohérent à opposer à une politique russe qui suit la logique de la destruction. Évidemment le Kremlin, lui, exploite jusqu’à la corde cette impuissance. D'où le mini sommet de ce soir qui, par bien des aspects, relève, là encore, de la science fiction. Ou comment anticiper la rencontre du troisième type.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......