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Jeune femme dansant le flamenco dans les rues de Malaga

Retour à la case départ en Espagne

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les Espagnols devront retourner aux urnes pour la deuxième fois en six mois, le roi ayant convoqué mardi de nouvelles élections législatives le 26 juin, pour surmonter le blocage politique du pays.

Jeune femme dansant le flamenco dans les rues de Malaga
Jeune femme dansant le flamenco dans les rues de Malaga Crédits : Jon Nazca

Hier, comme attendu, le roi d'Espagne a dissout le Parlement pour convoquer de nouvelles élections. Une première dans l'histoire de la jeune démocratie, titre ce matin EL PAIS. Après les décennies de la dictature de Franco c'est la première fois, en effet, en 40 ans que l'Espagne échoue à se doter d'un gouvernement. Mais, en réalité, l’annonce de la tenue de nouvelles élections générales ne constitue, pas en soi, une véritable surprise. Le 22 décembre dernier déjà, soit deux jours seulement après des élections législatives, qui avaient révélé un morcellement inédit du paysage politique, le quotidien madrilène prédisait le pire. Dans un éditorial republié par le Courrier International, on pouvait lire ceci : aucun parti ne peut former seul un gouvernement. Même l’addition des sièges de la droite et du centre droit, ou de la gauche et du centre gauche, n’y suffirait pas. Et au vu des oppositions idéologiques manifestées pendant la campagne, les tractations nécessaires pour créer une coalition semblent plus que mal engagées.

4 mois plus tard, les faits ont donc donné raison au journal. Le scénario était couru d'avance même si, officiellement, tous les partis s’accordent à dire que ce nouvel appel à voter est un échec collectif. Toujours est-il que les Espagnols vont, eux, retourner aux urnes sur fond de lassitude. Car toutes les enquêtes d’opinion l'attestent : lassés par l’incapacité de leurs dirigeants à s’entendre, les Espagnols constatent que leur nation est aujourd’hui plongée dans l’instabilité.

Pourquoi une telle instabilité ?

Si le pays est entré dans une turbulente ère à l’italienne, ainsi que l'analyse LE TEMPS de Lausanne, c’est pour deux raisons principales. Tout d’abord, habituée à un bipartisme opposant conservateurs et socialistes, l'Espagne a vu l’irruption de deux formations nouvelles, engendrées par la crise économique et l’indignation sociale : à la gauche de la gauche, Podemos (devenu la troisième force parlementaire du pays) et au centre, Ciudadanos, qui partage l’exigence d’une régénération de la vie politique. L’échiquier traditionnel a donc été chamboulé. Et puis seconde raison, parmi les chefs de file de ce quatuor inédit (les conservateurs du PP, les socialistes du PSOE, Podemos et Ciudadanos), chacun a fait preuve d’une intransigeance à toute épreuve, au cours des négociations. Résultat : aucun accord n’a pu être dégagé, tous ayant campé sur leurs positions tactiques et idéologiques. A présent, chacun rejette sur l’autre la responsabilité de l’échec de toute entente : les socialistes s’en prennent à l’aile dure de Podemos ; les Indignés leur reprochent en retour de faire le jeu de la droite et des marchés financiers ; et les conservateurs critiquent l’irresponsabilité de tous ses rivaux.

Quelles solutions peut-on imaginer qui permettraient de former un exécutif stable ?

Chez les conservateurs, deux camps s’opposeraient aujourd’hui sur la stratégie à adopter. Ne rien lâcher des attaques portées contre Ciudadanos ou, au contraire, préférer la mêlée, comprenez préparer le terrain pour une large coalition à droite. Ce que le journal PUBLICO résume, ce matin, par jouer les bons ou les mauvais flics. Étant entendu que le but ultime reste, évidemment, le même : récupérer le vote conservateur qui lors des dernières élections est allé au centre. Hier, le numéro deux du PP a refusé de révéler quel chemin a été choisi.

Mais peu importe, car quelque soit au final l’option choisie pour former un gouvernement, la clef dépendra obligatoirement de la stratégie que décidera d’adopter le parti socialiste, précise toujours le journal PUBLICO. D'où le titre de cet article : Et si Pedro Sanchez (le leader du parti socialiste) devait choisir de donner les clefs du gouvernement aux conservateurs ou à Podemos ? La première option correspondrait à une solution à l’allemande, avec une alliance tripartite (socialistes / Ciudadanos / conservateurs). Sauf que le socialiste Sanchez n’en veut pas, persuadé qu’une alliance avec le chef du gouvernement sortant (Mariano Rajoy) reviendrait à consolider Podemos comme la grande force de l’opposition et consigner ainsi le chant du cygne de sa formation. La deuxième option se traduirait, elle, par un front de gauche, comme au Portugal. Or, cette hypothèse se heurte à un féroce combat de leadership entre socialistes et Podemos. Reste que si pour les socialistes il est à l’évidence difficile de devoir choisir entre les conservateurs du PP et Podemos, il sera sans doute plus difficile encore pour eux de soutenir la troisième et dernière option : ne concéder aucune alliance et ainsi être tenus pour responsables de la convocation de nouvelles élections.

L’impasse politique en Espagne prouve que ce sont désormais tous les partis, sans exception, qui se présenteront avec du plomb dans l’aile aux prochaines élections.

Les conservateurs, les socialistes, mais aussi les formations pourtant porteuses d’espoir, pour un grand nombre d’Espagnols, comme Podemos et Ciudadanos. Tous ont montré qu'ils savaient, certes, interpréter la volonté de l'électorat, mais qu'ils ne savaient pas, en revanche, la traduire en actions pragmatique, se désole le quotidien de Vienne DER STANDARD. Or si l’on n’est pas capable de gouverner seul, dit-il, alors il faut savoir faire des compromis. Sans compter que l’Espagne n’est aujourd'hui qu’un exemple des bouleversements politiques en Europe. Les succès électoraux de Syriza en Grèce, de Grillo en Italie, de l’AfD en Allemagne et du FPÖ en Autriche, montrent bien que la politique traditionnelle a fait son temps. Le comprendre, articuler une contestation et la canaliser sur le plan électoral est sans doute la partie la plus aisée. Sauf qu’on est, ensuite, évalué à ses compétences.

D'où cette attaque portée par un chroniqueur du pure player EL ESPANOL contre l’égoïsme des leaders politiques. Se rendre aux urnes est le propre de la démocratie. Mais devoir y retourner parce que les dirigeants des partis essaient de protéger à tout prix leurs intérêts personnels, c’est se moquer du monde, insiste-t-il. Or c’est précisément ce qui est en train de se passer. Et d'en conclure : la vie du pays a été sacrifiée sur l’autel de l’égoïsme et du manque de hauteur de vues de nos dirigeants politiques, qui obligent à présent les citoyens à voter pour les mêmes têtes de liste, les mêmes candidats et les mêmes programmes, et cela sans aucune garantie que le blocage sera levé le 26 juin prochain.

Par Thomas CLUZEL

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