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Un homme traverse une passerelle face à la mer Baltique

Difficile de s'y retrouver

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La solidarité féminine se fissure dans le sillage de l’affaire Weinstein. Les réactions à la tribune dans Le Monde ont été extrêmement nombreuses dans la presse étrangère, souvent illustrées par Catherine Deneuve. Mais nous évoquerons d'abord la mort annoncée des objectifs climatiques en Allemagne.

Un homme traverse une passerelle face à la mer Baltique
Un homme traverse une passerelle face à la mer Baltique Crédits : BERND WUSTNECK / DPA

En Allemagne, les pourparlers en vue de la formation d’une nouvelle coalition doivent s’achever ce soir. D’ores et déjà, conservateurs et sociaux-démocrates semblent s’accorder sur un point : la mort des objectifs climatiques.

C'était il y a un peu plus de 10 ans. Face aux icebergs du Groenland, frappés par la fonte des glaces, Angela Merkel prenait la pose en anorak rouge. Accompagnée de son ministre de l'Environnement de l'époque (un social-démocrate), la chancelière était venue constater, in-situ, les effets du réchauffement climatique. La photo fera le tour du monde, avec en légende ce surnom élogieux, qui ne la quittera plus pendant une décennie : celui de «Klimakanzlerin» (la chancelière du climat). Et depuis, l'objectif ambitieux de l'Allemagne était resté invariablement le même : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2020. Sauf que les différents partenaires, qui depuis le début de la semaine négocient la formation du prochain gouvernement, viennent ni plus ni moins d’enterrer le projet. Désormais, écrit le TAGESSPIEGEL, la CDU et le SPD ne paraissent plus animés de la volonté nécessaire. En réalité, chez les conservateurs, l’objectif avait déjà commencé à se fissurer lors de la première tentative de négociations avec les Verts et les libéraux. Mais, au final, il semble bien que ce soit le SPD qui ait achevé d'enterrer les objectifs climatiques de l’Allemagne. Et ce pour des raisons purement tactiques : parce que cela leur permet de décrédibiliser, tout simplement, Angela Merkel. Reste que c'est aujourd'hui l’image du pays tout entier qui en prend un coup, note pour sa part la correspondante du TEMPS. L’Allemagne perd ainsi son rôle de locomotive environnementale. Et ce, même si le pays réalisera les objectifs nettement moins ambitieux que s’est fixés l’Union européenne, dans le cadre de la conférence climat de Paris.

A l'inverse, Donald Trump a surpris tout le monde, hier, en affirmant que «les Etats-Unis pourraient, en théorie, revenir dans l'accord de Paris sur le climat». Sauf qu'à ce stade, précise aussitôt USA TODAY, le président n'a donné aucun signe concret qu'il entendait aller dans cette direction. Il a même répété qu'il était «pour le pétrole et le gaz et tout le reste». Non sans en profiter, également, pour tacler son ancienne rivale démocrate : «Hillary, elle, était pour les moulins à vent», a lancé le président américain.

Difficile également de s'y retrouver ce matin s'agissant, cette fois-ci, du dossier nord-coréen. Au cours d'une conversation téléphonique, hier, avec son homologue sud-coréen, le président Trump a indiqué qu'il était «ouvert à des pourparlers directs entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, en temps et en heure et si les circonstances s'y prêtent». Reste qu'une information suffit à illustrer combien la situation reste volatile. Selon THE WALL STREET JOURNAL, les autorités américaines s’interrogeraient, dans le même temps, sur la possibilité de lancer une frappe militaire limitée contre des objectifs nord-coréens. C’est la stratégie dite du «bloody nose» (coup sur le nez). En clair, si un nouvel essai nucléaire ou un tir de missile venait à se reproduire, une frappe ciblée serait alors menée contre un site nord-coréen, afin de donner une bonne leçon à Pyongyang et montrer ainsi au régime que son comportement pourrait lui coûter cher. Tout en espérant que cette mise au point musclée ne provoque pas une riposte nord-coréenne de grande envergure. Evidemment, c’est une idée extrêmement risquée et, d'ailleurs, au sein de l’administration Trump, d’aucuns se demandent si elle est applicable. Et le journal de rappeler que les Nord-coréens disposent d’un nombre impressionnant de pièces d’artillerie de l’autre côté de la zone démilitarisée, braquées sur Séoul, qui leur permettraient de faire des milliers de tués et de blessés s’ils décidaient de se livrer à un tir de barrage. Sans compter qu'à ce danger s’ajoute désormais la menace d’un recours à une arme nucléaire, s’ils optent pour l’escalade en représailles à ne serait-ce qu’une unique frappe. Mais comme toujours dans l’administration Trump, l’inconnue, c’est surtout le président lui-même. 

Enfin le quotidien de la capitale fait également état d'une mini tempête, hier, sur les réseaux sociaux après une série de Tweets qui, pour une fois, n'étaient pas l'œuvre du président mais d'un responsable du Pentagone (représentant le corps des sous-officiers au sein de l’état-major américain). John Wayne Troxell (ça ne s'invente pas) a dégainé plusieurs avertissements à l'adresse des combattants de Daech. «Ils doivent comprendre qu’ils ont deux options, quand ils se retrouvent face à nous : se rendre ou mourir ! S’ils se rendent, nous assurerons leur transfert en toute sécurité vers leur cellule. En revanche, s’ils choisissent de ne pas se rendre, alors nous les tuerons en leur lançant des bombes, en leur tirant une balle dans le crâne ou en les frappant à mort à coups de pelle». Aux réactions indignés de certains internautes, le militaire a aimablement répondu en publiant une illustration : comment utiliser une pelle à des fins létales, avec ce commentaire : «Presque tous les soldats en portent. C’est une arme formidable».

Enfin, la solidarité féminine se fissure dans le sillage de l’affaire Harvey Weinstein. Mardi, 100 femmes (dont Catherine Deneuve et la journaliste Elisabeth Levy) cosignaient une tribune à contre-courant. En substance, pas question pour elles de céder à la « vague purificatoire » : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. » Et les réactions à cette tribune ont été extrêmement nombreuses dans la presse étrangère, relève Courrier International. Beaucoup, notamment, estiment que cette tribune ne pouvait être publiée qu’en France. Pourquoi ? Parce que dans un pays dont la culture se caractérise depuis des siècles par le libertinage et la galanterie, la police du puritanisme ne pouvait pas œuvrer longtemps sans susciter de résistance, estime DIE WELT. Jamais une telle lettre ne serait publiée ici au Québec, précise de son côté une chroniqueuse du JOURNAL DE MONTRÉAL. Mais si elle l’était, dit-elle, je la signerai. La prise de position du collectif est le premier acte véritable de féminisme depuis le début de l’affaire Weinstein, se félicite à son tour une journaliste de LA NAZIONE. La France est la nouvelle avant-garde du monde libre, titre pour sa part IL FOGLIO. Reste qu'au cœur de ce débat, un conflit générationnel (entre la vieille garde et les tenantes d’un féminisme renouvelé) semble à présent émerger, note LE TEMPS. Aussitôt après la publication de cette tribune, un autre collectif de féministes a, en effet, rétorqué. Pour elles, pas question de laisser des représentantes du « vieux monde » entretenir une délicate ambivalence entre drague et agression, et refermer ainsi la chape de plomb à peine soulevée.

Par Thomas CLUZEL

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