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Un rebelle du Front du Levant à Alep

Atmosphère de veillée d'armes à Alep

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la fragile trêve temporaire a expiré à Alep, dans le nord de la Syrie en guerre depuis cinq ans.

Un rebelle du Front du Levant à Alep
Un rebelle du Front du Levant à Alep Crédits : Hosam Katan

Le cessez-le-feu qui, lundi dernier, sous la pression de la Russie et des États-Unis, avait été prolongé à Alep à expirer cette nuit. Pour l'heure, aucune information ne fait état de la reprise des bombardements. Mais le site d'information russe GAZETA ne se fait d'ores et déjà guère d'illusion sur la suite. Après la fin de la trêve, les combats vont reprendre, y assure notamment un ancien diplomate et spécialiste du Proche-Orient. Et d'ailleurs, Bachar el-Assad, lui-même, a annoncé que les combats intensifs allaient se poursuivre, jusqu’à la reprise complète de la ville. Dans un télégramme envoyé par le président syrien à son homologue russe, il a en effet déclaré que l’armée et son peuple “n’accepteraient rien, sinon l’écrasement de l’agresseur et la victoire pour le bien de la Syrie”. Dans un entretien, toujours au site GAZETA, un haut dignitaire syrien confiait encore récemment : "si nous prenions Alep, il nous suffirait de deux semaines pour gagner la guerre”.

Reste que les autorités russes, elles, ne partagent absolument pas ce point de vue, poursuit l'article cité par le Courrier International. Lors d’une réunion qui s’est tenue, mardi, entre les représentants de l’armée et des industries de défense, le chef du Kremlin a dit espérer que son pays et les États-Unis parviennent à “créer les conditions d’une solution politique". En clair, les experts s’accordent à dire que Moscou n’envisage pas un conflit armé jusqu’à la victoire finale.

Le problème, c'est que Vladimir Poutine n’a pas le contrôle absolu sur Bachar el-Assad. En d'autres termes, si Damas entend aller jusqu'au bout, rien ne pourra l'arrêter. A ceci près, toutefois, qu'Alep ne se laissera pas faire. Aujourd'hui, les bombardements aériens ne suffisent pas. Une opération au sol semble, donc, inévitable. Or l’armée de Bachar el-Assad n’a pas les moyens de mener une telle offensive. Ce qui signifie, conclue GAZETA, que l’affaire ne pourra se dénouer que lorsque l’une des parties finira par craquer.

A l'échelle du pays, tous les indicateurs semblent prouver, aujourd’hui, que chaque camp a tendance à renforcer ses positions

Parmi les forces antigouvernementales présentes à Alep se trouvent des combattants très disparates, notamment, le groupe dit “modéré” Ahrar Al-Sham, mais aussi les islamistes radicaux du Front Al-Nosra, affilié à Al Qaïda. Certains rebelles coopèrent même, en partie, avec Al-Nosra. Or Al-Qaïda s’est rarement aussi bien porté en Syrie, peut-on lire ce matin dans les colonnes du TEMPS de Lausanne. La trêve, toute relative, qui a régné dans le pays ces deux derniers mois a bénéficié à plein à la branche syrienne de l’organisation djihadiste. A tel point qu’Al-Qaïda envisagerait désormais très sérieusement l’établissement, dans le nord de la Syrie, d’un «califat» qui viendrait concurrencer celui de l’organisation rivale Daech. Ces derniers jours, le Front Al-Nosra a pris soin de documenter, lui-même, ses propres avancées sur le terrain. Des images spectaculaires, filmées d’un drone, montrent des missiles s’abattant sur les positions des forces alliées au président Bachar el-Assad. Le bilan serait particulièrement lourd, des deux côtés : quelque 500 morts, croit savoir l’Observatoire syrien des droits de l’homme, parmi lesquels des militaires et officiers syriens, mais aussi des Iraniens, des Libanais chiites, des Afghans et des Irakiens, ainsi que plus d’une centaine de combattants djihadistes. En s’emparant d'une petite ville au sud d’Alep, Al-Nosra et les différents autres groupes qui l’entourent ont bel et bien défoncé les lignes de défense des loyalistes vers la grande ville du Nord.

Bien sûr, les fronts peuvent encore bouger rapidement. Mais Al-Qaïda, précise toujours l'article, vient de donner la preuve que sa force de frappe reste pratiquement intacte. D'où ce message diffusé dimanche dernier par le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, dans lequel il appelle à l’établissement futur d’un califat conforme, selon lui, aux enseignements du prophète, et non celui «incorrect» du chef de l’organisation État islamique. Voilà donc le loup revêtu des habits de l’agneau : «Nous, Al-Qaïda, n’acceptons, dit-il, que des preuves d’allégeance volontaires, nous ne forçons personne, nous ne menaçons pas, ne décapitons pas, ne frappons pas d’ex communions ceux qui se battent contre nous.» Et Al-Zawahiri va même encore plus loin : «si un califat doit voir le jour, peu importe qu’il soit dirigé ou non par Al-Qaïda», assure-t-il. De quoi rassembler derrière Al-Nosra bon nombre de combattants en rupture avec le chemin que prennent les discussions de Genève, voire aussi les déçus de Daech.

S'agissant, à présent, de l'organisation Etat Islamique, avec le déploiement de l’armée syrienne sur plusieurs fronts et en particulier à Alep, la reprise de Raqqa a été repoussée ce qui, note le quotidien libanais L'ORIENT LE JOUR, a donné un sursis supplémentaire à Daech. Hier, quelques heures seulement avant que le cessez-le-feu sur la ville d'Alep ne touche à sa fin, les jihadistes de l'EI ont notamment infligé un sérieux revers à l'armée syrienne en isolant Palmyre, relate ce matin le site FOX NEWS. Daech est parvenu à couper la route entre Homs et Palmyre. Le groupe encercle désormais la ville de tous les côtés (sauf au Sud-Ouest) et ce moins d'une semaine après les célébrations par le régime et son allié russe de la reprise de la ville antique.

La guerre est encore extrêmement mouvante dans le désert syrien

Voilà pourquoi, si la reprise d’Alep par les troupes gouvernementales renforcerait considérablement la position d’Assad, en revanche, elle ne saurait être une garantie de paix pour le pays, prévient le portail d'information polonais NATEMAT, cité par Eurotopics. Mais pis encore, une reconquête de l’intégralité du territoire syrien par le régime d’Assad ne mettra même pas fin au conflit, dit-il. Les affrontements se poursuivront, quoi qu'il arrive, car la société syrienne est si divisée qu’il lui faudra des années pour surmonter ces fractures. Preuve, d'ailleurs, de cet enlisement, dans un récent article publié par THE WASHINGTON POST, deux anciens hauts gradés de l’armée américaine ont comparé la bataille d’Alep au siège de Sarajevo, qui a duré quatre ans durant la guerre de Bosnie et fut le plus long de l’histoire militaire moderne. En clair, conclue THE FINANCIAL TIMES, la Syrie peut seulement, aujourd'hui, s’attendre à de nouvelles années de mort et de tragédie.

Par Thomas CLUZEL

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