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La première ministre britannique Theresa May

Hypocrisie

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Alors que le Royaume-Uni est engagé, cette semaine, dans des négociations cruciales sur les conditions du divorce avec l'UE, la Première ministre britannique a semé le doute en refusant de dire ce que serait son vote en cas de nouveau référendum sur le Brexit.

La première ministre britannique Theresa May
La première ministre britannique Theresa May Crédits : TOLGA AKMEN - AFP

Face aux convulsions politiques internes au Royaume-Uni, et alors que les négociations avec Bruxelles patinent, une question commence à pointer : et si le Brexit n’avait pas lieu ? Et si les Britanniques y renonçaient ? Theresa May, elle-même, interrogée par la radio LBC, semble avoir encore renforcé cette idée, note THE INDEPENDENT, en refusant de dire si elle voterait pour sortir de l’UE si le référendum était organisé aujourd’hui. Et c’est ainsi probablement que jusqu’à la fin de son mandat (c’est-à-dire dans pas si longtemps), la question lui sera répétée, encore et encore. Mais à quoi bon ?, interroge THE GUARDIAN. Nous savons tous qu’elle a fait campagne, même timidement, pour rester dans l’UE. Mais à présent, en tant que Première Ministre, Theresa May veut que nous sachions qu'elle ira jusqu’au bout. Et il n’y aucune raison de douter d'elle, d’imaginer qu’elle œuvrerait aujourd’hui en toute discrétion pour torpiller l’acte de divorce. Ou dit autrement, poursuit l’éditorialiste, il est inutile, voire ridicule, de lui demander publiquement d’avouer à présent qu’elle a changé d’avis. Parce que, d’une part, nous savons que le cas échéant, ce serait un mensonge ; et d’autre part nous savons qu'elle-même sait que nous savons que ce serait un mensonge.

Dès-lors, pourquoi insister ? Peut-être parce que chacun sait que le processus de négociation avec Bruxelles a démontré que les promesses du Brexit étaient, au mieux, un doux rêve et que de plus en plus d’électeurs se demandent, à présent : Si l’accord final entre le Royaume-Uni et l’UE est différent de ce qu’on nous avait promis, dès-lors peut-on aujourd’hui arrêter le Brexit ? C’est d’ailleurs, ni plus ni moins, ce que suggère l’ancien vice-premier ministre britannique, Nick Clegg, dans le livre qu’il vient de publier et intitulé : «Comment arrêter le Brexit». Sauf que le mécanisme légal étant désormais lancé, il semble impossible de l’arrêter. Et voilà comment dans son dernier livre, lui- aussi, Denis MacShane, ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair, avance un autre scénario possible : «Limiter le Brexit à un simple Brexit politique». En clair, quitter les traités européens, tout en trouvant notre propre version d’une relation avec l’UE, comme pour la Suisse ou la Norvège. Dans ce scénario, le Brexit aurait lieu stricto sensu, le résultat du référendum serait respecté mais la réalité, elle, ressemblerait à un compromis entre les deux camps.

De la difficulté, toujours et encore ce matin, d’interpréter les discours politiques, en Espagne cette fois-ci. Au lendemain des déclarations ambiguës de Carles Puigdemont devant le Parlement catalan, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a demandé officiellement, hier, au président catalan s’il avait déclaré l’indépendance de la Catalogne. Quand le journal de Barcelone, EL PERIODICO, estime que Rajoy renvoi ainsi la balle au président séparatiste, son confrère madrilène, EL MUNDO, y voit surtout une forme d’ultimatum pour que le gouvernement régional renonce au processus sécessionniste et accepte de dialoguer dans le cadre de la légalité.

D’où cette question : Que bien peut faire, à présent, Carles Puigdemont ? Pour sortir de son propre labyrinthe, la meilleure solution consiste sans doute pour lui à s’accrocher à cet artifice dialectique du : ni oui, ni non. Seule certitude, remarque pour sa part avec sarcasme l’éditorialiste d’EL PAIS , la proclamation de la république catalane promettait de ressembler à une orgie, et voilà que la foule arrogante réunie pour la célébrer en est pour ses frais.

Enfin direction les Etats-Unis, ce matin, où le scandale Weinstein a ouvert la boîte de Pandore sur les abus sexuels des puissants dans le septième art et l'hypocrisie à Hollywood. La chute du célèbre producteur, Harvey Weinstein, accusé d'avoir harcelé sexuellement de jeunes actrices, des mannequins mais aussi plusieurs de ses employées depuis des années, en dit long sur des pratiques répugnantes qui ont lieu à Hollywood, mais pas seulement.

Tout d’abord, comme après l’affaire Strauss-Kahn et comme après l’affaire Cosby, des commentaires grotesques viennent polluer le débat qui s’impose, remarque l’éditorialiste du TEMPS. Et nul doute que nous les entendrons tant que durera cette affaire, puis lors des suivantes : Pourquoi les victimes n’ont-elles rien dit ? Et pourtant, la question n’est pas : pourquoi les victimes se sont-elles tues ?, mais : pourquoi tous les autres, femmes et hommes, ont fait de même ? Et d’ajouter : non, les viols et les agressions sexuelles ne sont pas des affaires de bonnes femmes. C’est l’affaire de tous.

Ensuite, le problème du harcèlement sexuel va bien au-delà de Hollywood, insiste THE LOS ANGELES TIMES. La semaine dernière encore, le doyen de la faculté de médecine de l’université de Californie du Sud a été contraint au départ, accusé d’avoir harcelé sexuellement une jeune chercheuse. Ces dernières années, Fox News a limogé à la fois son président et son présentateur vedette dans des affaires semblables. Et puis à la mairie de Los Angeles, un conseiller municipal, a vu, lui, la campagne pour sa dernière réélection perturbée par un procès pour harcèlement sexuel que lui intentait une ancienne assistante. Or ce ne sont là que quelques exemples.

La presse conservatrice et ultraconservatrice américaine, elle, n’a pas tardé non plus à s’emparer de l’affaire. Et pour cause, le scandale lui offre l’occasion d’étriller l’hypocrisie de tout un système. Pour THE WEEKLY STANDARD, notamment, c’est l’occasion rêvée d’épingler une fois de plus les grands quotidiens de New York et de Los Angeles, présentés comme la voix de l’establishment. Les journalistes ont toujours su la vérité sur ce producteur de Hollywood qui humiliait et agressait sexuellement les femmes, dit-il. Pourquoi ? Parce qu’il s’en prenait aussi aux journalistes, assure le magazine. Mais si le scandale n’a jamais été révélé au grand jour, c’est parce que Weinstein était pour les journaux un gros annonceur, et donc une source de rentrées publicitaires.

Les ennuis de Weinstein sont, également, ceux des élites démocrates, qui l’ont toléré pendant si longtemps. C’est la raison pour laquelle ce scandale pourrait avoir de multiples répercussions, note de son côté THE WALL STREET JOURNAL. Weinstein a, notamment, été invité treize fois à la Maison Blanche par les Obama. Mais il a, aussi, donné des centaines de millions de dollars aux Clinton pour financer leurs campagnes électorales.

Enfin, la presse conservatrice a gardé en mémoire les nombreux discours anti-Trump qui ont émaillé les dernières cérémonies des Oscars, des Golden Globes et des Emmy Awards. Le nouveau président avait lui-même, on s'en souvient, été épinglé durant la campagne présidentielle pour sexisme et harcèlement sexuel. Et THE NATIONAL REVIEW, proche du parti républicain, d’en conclure : Si l’hypocrisie était un gaz à effet de serre, cela fait longtemps que la calotte glaciaire aurait complètement fondu.

Par Thomas CLUZEL

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