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Donald Tusk,  président du Conseil européen

La peur de l'autre

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La réduction des flux migratoires de l'Afrique vers l'Europe et l'accueil des réfugiés qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie seront au menu, ce soir, du dîner des chefs d'Etat et de gouvernement européens réunis en sommet à Bruxelles.

Donald Tusk,  président du Conseil européen
Donald Tusk, président du Conseil européen Crédits : DARIO PIGNATELLI - AFP

C'est l'histoire d'un homme, d'origine somalienne et qui vit en Suisse depuis 2011. Après plusieurs années avec un permis d'admission provisoire et grâce à son travail à temps plein dans un garage, il a obtenu un permis de séjour. Sa femme et ses trois enfants, eux, sont restés au Kenya, où ils vivent ou plutôt survivent dans un camp de réfugiés. L'homme dépose alors une demande de regroupement familial, qui lui est refusée au motif que son salaire est insuffisant. Il manque 171 euros au revenu minimum exigé par les autorités suisses. Très affecté par cette décision, il tombe en dépression. La qualité de son travail baisse et avec sa motivation en chute libre il perd son emploi. Pendant ce temps, au Kenya, son enfant cadet décède. Sa femme décide alors de rejoindre son mari par ses propres moyens. Ce cas, suivi par la Croix-Rouge suisse n’est malheureusement pas le seul, raconte ce matin LE TEMPS. En Suisse, le regroupement familial des réfugiés est régi par la loi sur l’asile et la loi sur les étrangers. Lois que les autorités appliquent de manière mécanique, comprenez sans considérations humanitaires et avec généralement peu de bon sens politique. Car pour les réfugiés, non seulement le regroupement familial fait partie intégrante du droit au respect de la vie familiale, garanti dans la Constitution, mais sans regroupement familial, les réfugiés ont, qui plus est, peu de chances de reprendre une vie normale et surtout de s’intégrer dans leur société d’accueil. Or, la Suisse n'est évidemment pas un cas isolé. Dans la plupart des Etats européens, les obstacles à la fois administratifs, pratiques et juridiques au regroupement familial des réfugiés et des personnes admises à titre provisoire sont nombreux.

S’agissant toujours de la crise migratoire, aujourd'hui s'ouvre à Bruxelles un sommet européen, au cours duquel la question, notamment, des quotas de réfugiés sera de nouveau posée. Et le débat promet d'être, pour le moins, agité.Avant hier, en amont de ce sommet, le président permanent du Conseil européen, Donald Tusk, a présenté un document de travail, dans lequel il qualifie les quotas de «clivants» et d' «inefficaces». Aussitôt, Dimitris Avramopoulos, le commissaire aux Migrations, furieux, a qualifié d' «inacceptable» la note de Donald Tusk. C'est également l'analyse défendue par l’hebdomadaire grec PROTO THEMA. Selon lui, en reprenant les idées des forces ultraconservatrices et quasi d'extrême droite, la proposition de Donald Tusk revient à annuler l'unique décision sur les réfugiés qui, d'une certaine façon, entendait prouver que l'Union Européenne était bel et bien une Union, et non un rassemblement d'Etats, dominé par un conclave néolibéral et nationaliste. Et puis la déception et l'indignation sont également visibles sous la plume de l'éditorialiste du quotidien grec de gauche AVGI, repéré par Eurotopics. Rejeter les quotas de réfugiés, dit-il, reviendrait à saper tout à la fois la solidarité et l'unité européennes. 

Heureusement il arrive aussi, parfois, que la politique ne se définisse pas seulement comme le monopole de l'autorité mais bien, au sens premier du terme, comme ce qui concerne les citoyens. Et surtout que l'action politique, ainsi que le prévoit la démocratie, soit légitimée par le vote des citoyens. C'était tout le sens de l'amendement voté hier à Londres, stipulant que tout accord final conclu avec Bruxelles dans le cadre du Brexit devra être ratifié par un vote du Parlement de Westminster. Jusqu'à présent, une clause du projet de loi accordait au gouvernement le pouvoir de s'exonérer du plein contrôle du Parlement. Le vote d'hier visait donc à ne pas donner, en somme, de chèque en blanc au gouvernement. Or l'adoption de cet amendement a été rendu possible, notamment, grâce aux voix de 11 députés conservateurs rebelles. Quand THE DAILY TELEGRAPH (classé à droite) parle de mutinerie aux Communes, son confrère (de centre gauche) THE GUARDIAN souligne, lui, l'humiliante rébellion torie. Et de fait, ce vote illustre plus que jamais la fragilité de Theresa May qui, depuis son revers aux dernières législatives, se retrouve désormais à la merci d'une fronde parlementaire. Un vote, enfin, qui tombe d'autant plus mal pour la Première ministre britannique que s'ouvre, aujourd'hui, le sommet européen, qui doit décider de passer à la deuxième phase des discussions du Brexit.

Enfin toujours au menu de ce sommet à Bruxelles, après le dossier migratoire, après le Brexit, la question brûlante du statut de Jérusalem devrait également être abordée.Et elle sera notamment scrutée de près en Allemagne, où la multiplication, ces derniers jours, des manifestations contre la décision américaine fait craindre une montée de l'antisémitisme. Drapeaux israéliens brûlés, slogans xénophobes, tous les éditorialistes outre-Rhin tirent, à présent, la sonnette d'alarme. Pour bien comprendre l’objet du débat, rappelons tout d’abord qu'en Allemagne, le droit de manifester jouit d'une très grande protection. Pourquoi ? Parce qu'avec la dictature nazie, explique l'éditorialiste de la DEUTSCHE WELLE, notre pays a appris, dans la douleur, ce qu'il advient quand un Etat peut interdire purement et simplement les manifestations de rue. Et c'est ainsi que notre démocratie doit encore et toujours supporter que des slogans, par essence antidémocratiques, soient scandés dans les rues allemandes, ou que des pourfendeurs du gouvernement Merkel aient le droit de manifester ou que des Palestiniens aient le droit d'exprimer leur colère devant l'ambassade américaine au sujet du transfert prévu de l'ambassade américaine à Jérusalem. Reste, dit-elle, que notre histoire ne nous oblige pas à tout accepter. Au contraire. Le pays des coupables ne doit jamais détourner le regard. Nulle part et surtout pas en Allemagne il n'est possible d'accepter que des drapeaux avec l'étoile de David soient brûlés. Et l'éditorialiste, toujours, de préciser : les individus qui sont venus chercher refuge ici doivent adhérer à cette idée. Car l’Allemagne se découvre, en effet, aujourd'hui un antisémitisme musulman, d’autant plus inquiétant, écrit la correspondante du TEMPS, que le pays a accueilli à partir de l’automne 2015 plus d’un million de réfugiés pour la plupart syriens, irakiens et afghans. Or l’un des jeunes ayant mis le feu au drapeau israélien, le weekend dernier, serait un jeune Syrien de 18 ans. D'où ce commentaire à lire, cette fois-ci, dans les colonnes de l'hebdomadaire STERN : il faut faire clairement comprendre à tous les candidats à l'immigration souhaitant s'établir en Europe qu'une tolérance zéro est de mise envers l'antisémitisme. Si nous continuons de relativiser et de faire valoir que ces agressions ne sont que des réactions exagérées à des événements politiques, alors nous trahissons notre responsabilité paneuropéenne et le serment que nous avons prêté en 1945 : plus jamais ça. La cohabitation dans une Allemagne comme pays d'immigration n'a d'avenir que si nous n'oublions jamais les leçons de notre histoire spécifique. Et ceux qui n'adhèrent pas à cet héritage ne peuvent pas trouver d'avenir ici, conclue le journal. Cela n'est pas négociable. 

Par Thomas CLUZEL

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