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La première ministre britannique, Theresa May

Ultra moderne solitude

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La solitude a désormais son ministère au Royaume-Uni. Hier, Theresa May a annoncé la nomination d'une secrétaire d'Etat chargée des personnes isolées. Un fonds dédié (dont le budget n’a pas été précisé) sera également créé.

La première ministre britannique, Theresa May
La première ministre britannique, Theresa May Crédits : EDDIE MULHOLLAND / POOL - AFP

Triste réalité, la solitude toucherait actuellement plus de 9 millions de britanniques, soit une personne sur 7. La plupart des personnes âgées de plus de 75 ans vivent seules et environ 200.000 citoyens britanniques passent plus d'un mois sans avoir de conversation avec un membre de leur famille ou un ami. Bref, un véritable fléau des temps modernes. D'autant que la solitude dépasse la simple détresse émotionnelle. De récentes recherches ont démontré que, comparativement aux personnes qui nourrissent de solides liens sociaux, celles qui reconnaissent des sentiments chroniques de solitude seraient davantage susceptibles de souffrir d'hypertension, de développer une maladie cardiaque et même de mourir prématurément. En tant que facteur de risque de mortalité précoce, l'impact de la solitude serait comparable à celui du tabagisme (pour ceux qui fument une 15aine de cigarettes par jour) et plus important encore que celui de l'obésité. Au point que la Première ministre britannique a donc décidé, hier, de nommer une ministre de la solitude. Ou plus exactement, une secrétaire d'Etat chargée des personnes isolées. Au Royaume-Uni, note ce matin THE LOS ANGELES TIMES, là où on ne parle pas de flegme mais de «stiff upper lip» (littéralement de lèvre du haut pincée, puisque trembler des lèvres c'est être sur le point de pleurer et donc faible), les autorités ont décidé de faire du dialogue et des relations humaines une priorité nationale, faisant ainsi de leur pays un pionnier de la lutte contre cette épidémie de solitude et d'isolement social.

Evidemment, les esprits les plus railleurs auront vite fait de rapprocher ce fléau du débat actuel en Grande-Bretagne portant sur la possibilité d'un second référendum, pour sortir de l'isolement induit par le Brexit. Face au constat de plus en plus évident que la vision du Brexit vendue aux Britanniques n'est pas réaliste, écrit THE NEW STATESMAN, tout le monde est en droit de se demander si le pays suit la bonne voie ou si, au contraire, il se fourvoie. Et c’est ainsi que profitant de ce débat, le président de la Commission européenne a, lui, saisi la balle au vol en affirmant, hier, à Strasbourg qu’il «aimerait bien» voir le Royaume-Uni revenir dans l’UE après le Brexit. Jean-Claude Juncker agissait-il avec cynisme pour augmenter la pression sur Theresa May ou espère-t-il sincèrement que la raison finira par s'imposer ?, interroge DER STANDARD. Toujours est-il que c’est la deuxième fois en deux jours qu'il s’adresse ainsi aux Britanniques, après une intervention la veille au côté du président du Conseil européen, Donald Tusk, également devant les eurodéputés. Pour l'heure, il semble que Theresa May, elle, rejette l'option d'un nouveau référendum. Et d'ailleurs, hier soir, les parlementaires britanniques ont approuvé la feuille de route présentée par le gouvernement pour extraire, justement, le Royaume-Uni de l'Union européenne. Sauf que ça n'est pas encore tout à fait gagné, prévient THE MIRROR : le texte doit à présent être examiné par la Chambre des lords, pro-européenne et où Theresa May ne dispose pas de majorité. 

Enfin le président français, Emmanuel Macron, est lui justement attendu aujourd'hui en Grande-Bretagne, pour un sommet avec la Première ministre Theresa May.Et la décision du Royaume-Uni de quitter l'UE sera, inévitablement, en toile de fond de cette visite, écrit THE GUARDIAN, même si l'objectif de ce mini-sommet est ailleurs : en l'occurrence, la signature d'un nouveau traité sur la question des migrants souhaitant traverser la Manche. Le spectacle attendu de cordialité devra donc mettre en avant la coopération bilatérale en matière de défense et de sécurité. Et, d’ailleurs, c'est dans cet esprit d'entente cordiale, justement, qu’Emmanuel Macron a approuvé, hier, un projet d'exposition de la tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni. Un beau geste, titre THE TIMES. Une manière de rappeler la richesse de l’Histoire entre les deux pays (l’œuvre représente la conquête de l’Angleterre par les Normands). Et sans doute un moyen, aussi, de faire passer la pilule, puisque le président français entend solliciter une contribution financière supplémentaire au Royaume-Uni pour renforcer les contrôles dans les ports français, une fois le Brexit effectif. Et le quotidien britannique d'en conclure que, décidément, Macron est passé maître dans l’art de désarmer ceux avec qui il partage les feux de l’actualité. 

Et on ne peut pas en dire autant du président américain, lequel a répété cette nuit ses attaques contre la presse en annonçant ses fameux «Fake News Awards». «Et les gagnants des FAKE NEWS sont... ». Dans son style volontiers provocateur, le président américain a publié dans un tweet un lien vers une liste désignant les médias «les plus corrompus et les plus biaisés». Sans surprise, on y trouve CNN, The New York Times ou bien encore The Washington Post. En revanche, le premier nom cité n'est pas celui d'un journaliste mais du Prix Nobel d'économie 2008 Paul Krugman, lequel avait affirmé dans les colonnes du New York Times, le jour de la victoire de Trump, que «l'économie ne s'en remettrait jamais». D'où ce commentaire du WASHINGTON POST, ce matin, qui juge étrange de présenter une opinion comme une fausse nouvelle, alors que ce n'est précisément pas une nouvelle mais juste une opinion. Mais, pis encore, la remise de tels prix s'accompagne d'un sous-texte grave et sinistre, peut-on lire sur le site BLOOMBERG. Trump plaide, en réalité, en faveur d'une modification des lois américaines sur la diffamation, afin de faciliter la punition des éditeurs de nouvelles qu'il considère comme «fausses». 

Enfin l'isolement de la Catalogne fait encore la Une, ce matin, de toute la presse espagnole. Et pour cause, deux mois après la crise politique sans précédent déclenchée par leur tentative de sécession, les indépendantistes ont placé, hier, à la tête du Parlement catalan un des leurs : Roger Torrent. L'histoire du Parlement s'ouvre ainsi, sinon en toute normalité, du moins, pour l'instant, dans la légalité, se réjouit l'éditorialiste d'EL PAIS. Il incombe désormais au nouveau Bureau de l'Assemblée de décider de l'orientation que prendra la nouvelle législature. Dans un ton mesuré et donc très éloigné du radicalisme employé par Carles Puigdemont, note à son tour EL MUNDO, Torrent a évité toute allusion à l'investiture à distance de l'ex président destitué. Et d'en conclure : nous saurons bientôt si ses paroles étaient purement rhétoriques ou si elles deviendront réalité.

Par Thomas CLUZEL

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