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Affiche montrant le premier ministre espagnol Mariano Rajoy (g) et le président catalan Carles Puigdemont (d)

Chronique d'un choc annoncé

5 min
À retrouver dans l'émission

La Catalogne sera-t-elle entraînée dans une dangereuse spirale d'agitation et de répression ? Ou s'engagera-t-elle dans l'organisation d'élections régionales avec l'espoir de repartir à zéro ? Réponse aujourd’hui.

Affiche montrant le premier ministre espagnol Mariano Rajoy (g) et le président catalan Carles Puigdemont (d)
Affiche montrant le premier ministre espagnol Mariano Rajoy (g) et le président catalan Carles Puigdemont (d) Crédits : JOSEP LAGO - AFP

En raison d'un mouvement de grève ce 19 octobre, cette émission n'est pas disponible à la réécoute.

En Espagne, la crise pourrait atteindre un nouvel acmé aujourd'hui. A quelques heures, seulement, de la fin de l'ultimatum lancé par le gouvernement central au président catalan, l'escalade entre les deux camps semble inévitable, s'inquiète notamment le journal en ligne INFOLIBRE. Hier soir, pourtant, les autorités de Madrid ont offert une dernière porte de sortie au leader séparatiste, note EL PAIS, en lui laissant entendre qu'elles n'activeraient pas le fameux article 155 de la Constitution, s'il s'engageait à organiser des élections anticipées. Et de fait, une telle option lui permettrait de reculer sans être humilié. Ou quand Madrid offre l'amnistie au dirigeant séparatiste, titre le journal conservateur ABC. Sauf que plus personne ne semble se faire d’illusion sur l’attitude qu'adoptera, ce matin, Carles Puigdemont. Il répondra à l’injonction de Madrid soit par la confirmation qu’il a bel et bien déclaré l’indépendance, soit par une formule évasive, voire un silence. Ce qui, dans tous les cas, aux yeux du chef du gouvernement espagnol reviendra au même. En clair, l'exécutif n'aura plus d'excuses pour ne pas mettre sous tutelle la région insoumise. Et d'ailleurs, c'est déjà ce qu'appelle de ses vœux le journal EL MUNDO, ce matin : Le devoir de Rajoy est de rétablir la légalité maintenant ! Le crime ouvert des autorités catalanes mais aussi les pertes économiques causées (estimées à 13.000 millions d'euros) exigent, dit-il, une mesure définitive. De son côté, son confrère de LA VANGUARDIA espère encore éviter un tel scénario. Nous, Catalans, dépendons de Puigdemont, confronté aujourd'hui à une responsabilité historique. Or pour un politicien qui connaît ses obligations envers tous les citoyens, la priorité est de préserver le bien-être collectif, dit-il, avant d'en conclure : Carles Puigdemont ne doit pas chercher dans le suicide collectif une quelconque affirmation héroïque de dignité, surtout lorsqu'une seule personne le décide et que tout le monde en souffre.

Autre choc annoncé à l'occasion du sommet européen qui débute, ce matin, à Bruxelles. La Première ministre britannique entend demander, aujourd'hui, à ses homologues de commencer à réfléchir à la future relation qui liera le Royaume-Uni et l'UE. Sauf que l'intervention de Theresa May ne devrait pas donner lieu à «une quelconque percée», a déjà estimé hier le président du Conseil européen. Ou quand l'UE traîne des pieds, lance THE TIMES. Et le journal conservateur de préciser : Si les dirigeants européens font ainsi piétiner la conclusion d’un accord, c'est pour extorquer des concessions financières plus importantes à Theresa May. Autre pomme de discorde, selon un document de préparation du sommet qui a fuité, les dirigeants européens vont exiger qu’après le Brexit la Cour européenne de Justice continue à veiller sur les droits des trois millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni. Or la suprématie de la CJE est un dispositif dont les partisans d’un Brexit dur souhaitent se débarrasser en faveur de juges britanniques, précise THE DAILY TELEGRAPH, le journal qui invite même Theresa May à partir si l'UE refuse toujours de discuter. Enfin THE GUARDIAN rappelle tout de même que, pour sortir de l’impasse, Theresa May ne se contente pas de se rendre, ce matin, à Bruxelles. Elle a également fait du lobbying intensif auprès de plusieurs dirigeants européens ces derniers jours. Des efforts diplomatiques qui n’ont, toutefois, visiblement pas été fructueux. Ce qui fait dire au journal de Londres que le temps est désormais venu pour Theresa May de dire au pays tout entier que le Brexit est impossible.

En Allemagne la presse commente, elle, le début hier des longues discussions pour former un gouvernement. Une coalition œuvre d'art, résume DIE TAGESZEITUNG, entre deals et compromis. Quel parti pour quel ministère ? Voilà désormais la question cruciale sur laquelle les conservateurs de la CDU/CSU, les libéraux du FDP mais aussi les Verts vont tenté de se mettre d'accord. Et les discussions s'annoncent animées. En fin de compte, peut-être devraient-ils tous aller boire un verre, déjeuner ou regarder un match de foot ensemble, leur conseille DIE ZEIT, tout en se demandant si cette coalition va vraiment marcher. Plus exactement, elle marchera, là n'est pas la question, précise à nouveau la TAZ, mais le tout est de savoir jusqu'où la CSU et le FDP arriveront à faire pencher la politique Merkel vers la droite. Beaucoup de questions et de flou donc. Avec une seule certitude : ce sera long. Et la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG d'en conclure : Peut-être y aura-t-il un gouvernement pour noël. Ou pas.

Enfin direction la Russie, à présent, où le match de la prochaine présidentielle, prévue en mars 2018, semble joué d'avance. Même si Vladimir Poutine n'a pas dit s'il briguerait un nouveau mandat, sa candidature est considérée comme un secret de polichinelle. Ici, pas de choc annoncé, a priori. Sauf qu'hier une femme a lancé sa candidature. Et c'est déjà un choc en soi, étant entendu que les femmes ne jouent qu’un rôle de second plan dans la politique russe. Ensuite, Ksenia Sobtchak, laquelle a commencé à apparaître dans les rangs de l'opposition en 2012, rejette toute accointance avec l’administration présidentielle. Elle avait, d'ailleurs, elle-même pris part aux protestations contre le prétendu truquage des votes et le retour de Poutine à la présidence en 2011, rappelle ce matin THE WASHINGTON POST. Et c'est encore ce qui apparaît dans la vidéo qu'elle a posté en ligne, hier, où elle déclare être lasse de voir toujours les mêmes dirigeants politiques, y compris Vladimir Poutine, se porter candidat année après année.

Mais lorsqu'on aura rappelé que cette vedette de la télé-réalité, surnommée la «Paris Hilton russe» est aussi la fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg, l’homme qui a lancé Vladimir Poutine en politique, le choc risque vite de tourner à la supercherie. En réalité, le manège a démarré le 1er septembre dernier, lorsque le très respecté quotidien d’affaires VEDOMOSTI a révélé que l’administration présidentielle cherchait des candidates féminines pour rivaliser avec Vladimir Poutine, manière de préserver la légitimité du scrutin présidentiel. Et d'ailleurs, Alexeï Navalny, qui jusque-là semblait plutôt proche de la jeune femme, a réagi avec aigreur, hier, depuis la cellule où il est emprisonné : «Il s’agit d’un jeu plutôt dégoûtant du Kremlin intitulé : Nous allons placer dans le scrutin une libérale rigolote pour détourner l’attention». Dans les colonnes du TEMPS, ce matin, la politologue Lilia Shevtsova voit surtout dans cette intrigue une distraction et un piège pour Navalny. Cela détourne l’attention de la situation réelle et insuffle du burlesque dans un paysage politique russe passablement ranci. Mais, pis encore, la stratégie de Navalny qui consistait à ôter toute légitimité au scrutin, voit à présent sa propre légitimité entamée, alors que le Kremlin reprend, lui, l’initiative.

Par Thomas CLUZEL

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