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Point de contrôle à la frontière entre la bande de Gaza et Israël

La fin d'une interminable parenthèse ?

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Le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir depuis une décennie à Gaza, a cédé hier à l'Autorité palestinienne le contrôle des points de passage vers l'Egypte et Israël, un test majeur pour la mise en œuvre de l'accord de réconciliation inter palestinienne.

Point de contrôle à la frontière entre la bande de Gaza et Israël
Point de contrôle à la frontière entre la bande de Gaza et Israël Crédits : WISSAM NASSAR / DPA

Hier, comme prévu par l’accord de réconciliation, le Hamas a confié à l’Autorité palestinienne le contrôle des trois principaux points de passage entre la bande de Gaza et Israël ainsi qu’avec l’Egypte. En clair, l’organisation islamiste a démantelé les checkpoints qu’elle avait installés depuis son putsch de 2007. Désormais, les Gazaouis pourront donc quitter plus facilement leur enclave. Et plus que tout, avec la fin de cette interminable parenthèse, ils peuvent s’attendre désormais à une amélioration de leur approvisionnement à la fois en eau potable, en électricité et en essence, devenus depuis 10 ans de véritables produits de luxe. Autant de bonnes raisons, a priori, donc de se réjouir.

Reste que dans cette frange de terre désolée (où le combat islamiste le plus obtus a trouvé son laboratoire à ciel ouvert), dix ans de pouvoir du Hamas ont, tout d'abord, déformé Gaza jusqu’à la laideur, écrit l'éditorialiste du TEMPS. Ensuite, exactement de la même manière que cette longue décennie noire a permis d'alimenter tous les prétextes (elle a servi au gouvernement israélien à justifier son propre extrémisme ; à l’Autorité palestinienne à légitimer ses penchants autoritaires ; et à la communauté internationale à penser à autre chose la conscience tranquille), cette réconciliation ou plutôt ce rapprochement forcé inter palestinien voulue par les grandes puissances régionales constitue, en réalité, un nouveau prétexte. Il s’agit de sauver encore ce qui peut l’être mais, surtout, de faire de l’ordre en vue des prochaines batailles. Et notamment, d’amorcer la reconfiguration de la région, à l'approche d’une possible conflagration avec l’Iran. Dans cette perspective, pour l'Egypte, pour l’Arabie saoudite, pour les Emirats arabes unis et même pour Israël (qui, sans le dire, est partie prenante du processus) le camp palestinien est devenu, aujourd’hui, plus utile uni que fragmenté. Et l'éditorialiste, d'en conclure, que de tous temps, les Palestiniens ont finalement été utilisés comme de vulgaires pions, dans une partie d’échecs qu’ils ne maîtrisaient pas.

Direction, à présent, l'Espagne où à défaut de fermer définitivement la parenthèse séparatiste, le mouvement indépendantiste catalan semble en train de tourner la page. Tout porte à croire que le 21 décembre prochain ressemblera à un puissant bras-de-fer. Et, paradoxalement, c'est probablement ce qui explique l'accalmie actuelle. Les séparatistes catalans ont, en en effet, renoncé à organiser une opposition civile massive, qui aurait sans doute compromis leur participation aux prochaines élections. En d’autres termes, se réjouit la NEUE ZÜRCHER ZEITUNG, le conflit a désormais quitté la rue. Il s'exprimera de manière démocratique dans les urnes.

Reste, toutefois, la stratégie électorale. Carles Puigdemont (le dirigeant indépendantiste catalan destitué et installé depuis mardi à Bruxelles) doit comparaître, aujourd'hui, devant la justice espagnole, rappelle ce matin en Une EL PAIS. Or, hier, son avocat a déclaré, à la télévision publique catalane, qu'il ne se rendrait pas à sa convocation, étant donné que «le risque est grand qu’il soit arrêté». Evidemment, on pourrait dire qu'il donne ainsi l'impression d'être un lâche, commente le journal tchèque HOSPODARSKE NOVINY. Et Madrid pourrait même se réjouir de cette situation, tout en lui conseillant (avec cynisme) que s'il veut vraiment devenir un martyr, il ferait mieux de venir séjourner dans les geôles espagnoles, plutôt que de s'exiler à l'étranger. Mais le problème pour Madrid c'est que si Puigdemont ne se présente pas devant les tribunaux, aujourd'hui, il deviendra un fugitif. Ce qui pourrait conduire la justice a demandé son arrestation. Or pour cela, l’Espagne devra délivrer un mandat d’arrêt européen. Ou quand Carles Puigdemont force son arrestation et abandonne le gouvernement espagnol à la justice, titre de son côté EL MUNDO. Evidemment, l'ex dirigeant indépendantiste et ex journaliste le sait bien, lui qui, estime un politologue espagnol cité dans LA PRESSE de Montréal, ne cherche pas tant à échapper ainsi à la justice, qu'à capter l’attention médiatique, en présentant de facto l’Etat espagnol comme un Etat oppresseur.

A la Une de la presse, toujours, les suites à présent de l'attaque de New York qui a rouvert plusieurs débats aux Etats-Unis. Donald Trump a lancé un débat très partisan sur certaines des questions les plus controversées de la vie américaine, note THE NEW YORK TIMES. Le président a notamment dénoncé le système de justice pénale américain comme «une plaisanterie» et «une risée». Peu avant minuit, il a même fait un pas de plus en affichant un message sur Twitter, déclarant que le suspect devrait être exécuté. Et pourtant, rappelle le quotidien de New York, les présidents sont généralement tenus de ne jamais se prononcer sur les affaires pénales en cours, car de tels commentaires peuvent être utilisés par les avocats de la défense pour faire valoir que leurs clients ne peuvent pas obtenir un procès équitable. Par ailleurs, tandis que la Maison-Blanche avait jugé inconvenant d'avoir un débat politique sur le contrôle des armes à feu, immédiatement après le massacre de Las Vegas, Donald Trump s'est dit, en revanche, impatient d'avoir un débat sur l'immigration. En clair, le président voit dans cet attentat terroriste, le premier commis par un agresseur né à l'étranger sur le sol américain, une justification à son approche dure envers les contrôles aux frontières. Enfin, le président a également politisé le débat en relançant la polémique autour du système d’attribution des permis de séjour permanents par loterie. Comme près de 50 000 personnes chaque année, l’assaillant de New York aurait obtenu sa green card grâce à ce système de loterie aléatoire. C’est du moins ce qu’a affirmé Donald Trump, alors même que les enquêteurs n’ont jamais confirmé publiquement l’information. Et THE NEW YORK TIMES d'en conclure, au lieu de politiser et de diviser l'Amérique, ce qu'il semble toujours faire en ces temps de tragédie nationale, le président devrait plutôt nous réunir et surtout se concentrer sur la véritable solution : le financement de la lutte contre le terrorisme, qu'il a proposé de réduire dans son dernier budget.

Autre sujet dont la parenthèse finale n'est pas prête, non plus, de s'écrire : celle des accusations de harcèlement sexuel. Toute la presse britannique titre, du GUARDIAN au DAILY TELEGRAPH en passant par THE TIMES ou THE SCOTSMAN, titre ce matin sur la démission, la veille, du ministre de la Défense, accusé d'avoir posé sa main sur l’un des genoux d'une journaliste de radio. En revanche, une vraie parenthèse, celle-ci : cette nuit, à Londres, un taxi est monté sur un trottoir de Southampton Street avant de renverser plusieurs personnes, faisant quatre blessés, dont un grave. Selon le compte Twitter de la police, l'incident n'est pas lié au terrorisme. On parle simplement d'un «sérieux accident».

Par Thomas CLUZEL

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