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Le président américain Donald Trump

Le goût amer de la victoire

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Premier succès législatif majeur depuis son arrivée à la Maison blanche, la réforme de la fiscalité voulue par Donald Trump a été définitivement adoptée hier. Les démocrates estiment qu'elle constitue un cadeau fait aux riches et qu'elle alourdira la dette des Etats-Unis.

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : SAUL LOEB - AFP

Hier, debout face au pupitre installé devant la Maison Blanche, le soulagement était palpable sur le visage du président américain. Oubliées les gifles reçues lors des derniers scrutins locaux, oubliées également les images d'une famille républicaine désunie, l'heure était à la célébration. Et pour cause, avec le vote de sa réforme fiscale, le locataire de la Maison Blanche peut, enfin, se vanter de tenir là l'une de ses plus importantes promesses de campagne électorale. Voilà qui lui permet donc de souffler un peu car, pour le reste, le bilan de cette première année n'est pas fameux, rappelle LA FRANKFRUTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Sans compter que son répit pourrait même s'avérer de courte durée. Toujours selon le journal, cette victoire risque, en effet, de se retourner contre Donald Trump. C'est également l'analyse défendue par THE WASHINGTON POST : avant de trop triompher, les républicains devraient se rendre compte que ce texte comporte de gros dangers et pourrait se retourner contre eux. Pourquoi ? Tout d'abord, parce que cette réforme n’est soutenue que par un tiers des Américains. Jamais un projet de loi ne s’était heurté à une telle hostilité dans l’opinion publique au cours des trente dernières années, rappelle à son tour USA TODAY. La très grande majorité, en effet, considère, à juste titre, que cette réforme constitue un cadeau destiné aux riches et aux grandes entreprises. Et en ce sens, écrit l'éditorialiste de VOX, Donald Trump et les républicains ont donc trahi le peuple américain, en ne concrétisant pas le message populiste de la campagne électorale visant à venir en aide aux laissés-pour-compte. Mais ça n'est pas tout. Même s'il s'agit d'une réforme fiscale, cette loi aura également un impact profond sur l'accès aux soins pour des millions d'Américains, prévient cette fois-ci THE LOS ANGELES TIMES. Les Républicains, qui ont échoué à abroger «Obamacare», ont en effet introduit dans ce texte fiscal une mesure qui supprime l’obligation individuelle d’être assuré. Ce qui signifie, d'une part, que 13 millions de personnes risquent ainsi d'être privés de couverture maladie et, d'autre part, que pour tous les autres les prix de l'assurance vont augmenter d'environ 10%. En clair, cette réforme ne réforme rien du tout. Elle ne fait que polariser davantage un pays déjà coupé en deux. Mais peut-être que tous les analystes se trompent, reprend le quotidien de la capitale repéré par le Courrier International : peut-être que la croissance surpassera radicalement les projections, dit-il, que des millions de personnes arriveront sur le marché du travail, que les salaires bondiront et que le gouvernement rentrera dans ses frais malgré la facture de 1 500 milliards de dollars qu’entraîne ce projet de loi. En revanche, si rien de tout cela ne se produit, conclue l'éditorialiste du WASHINGTON POST, alors c'est bien la réforme fiscale de Trump qui sera jugée responsable de tous les maux.

Direction la Pologne, à présent, où pour l'instant le président du Parti droit et justice au pouvoir, lui aussi, jubile.Habitué à s’en prendre à l’Union européenne, qu’il dénonce régulièrement, Jarosław Kaczynski a en effet obtenu, hier, l’affrontement direct avec Bruxelles qu’il espérait, sans doute, en secret depuis des mois. En activant l’article 7 du Traité européen, la Commission européenne a déclenché une procédure sans précédent, pouvant aller jusqu'à priver le pays de ses droits de vote dans l'UE, s'il ne renonce pas à ses réformes judiciaires controversées. Et le problème, écrit l'éditorialiste du TEMPS, c'est que vu de Varsovie cette mesure d’exception n’a rien de l’avertissement susceptible de ramener le gouvernement polonais à la raison. Même analyse pour le rédacteur en chef du grand quotidien d'opposition GAZETA WYBORCZA. Je ne vois pas Kaczynski dire haut et fort : nos engagements européens exigent de mettre un terme à notre purge de la justice et de la presse. Au contraire, dit-il, pour lui et son entourage europhobe, la décision de Bruxelles est un chiffon rouge qui va les rendre encore plus enragés. Dès-lors, toute la question est désormais de savoir si Kaczynski va être ou non contesté, voire mis en minorité. Plus que jamais, l’affrontement est à présent politique. La Pologne s’estime aujourd'hui assez forte pour braver Bruxelles. Mais jusqu’où ? La partie de poker est lancée. Or, pour l’heure, précise encore le quotidien de Varsovie, les populistes du parti au pouvoir croient qu’ils ont toujours en main l’atout maître, comprenez la colère du petit peuple contre l’UE. D'où cet avertissement lancé à nouveau par l'éditorialiste du TEMPS : gare à ne pas faire de la Pologne un bouc émissaire, comme l’espère Jaroslaw Kaczynski. Le pire, en effet, serait de diaboliser aujourd'hui une population, prise dans l’engrenage du populisme europhobe. Au risque d’alimenter, ensuite, les frustrations nationales exploitées par le Parti au pouvoir. Bien sûr, Bruxelles a raison de s’en tenir aux principes. Mais tout doit être fait, simultanément, pour dire et démontrer aux Polonais que la meilleure chance de préserver leurs droits individuels et l’avenir de leurs enfants est de rester dans le sillon européen. Ou dit autrement, que l’Union reste leur famille.

Et d'union, justement, il en sera question aujourd'hui en Catalogne où l'heure de vérité est arrivée.On devrait enfin savoir aujourd'hui qui, du bloc indépendantiste ou unioniste, sortira vainqueur des élections. Or ce matin encore, les deux camps paraissent irréconciliables, à l'image de cette campagne où, jusque dans les médias traditionnels, les échanges souvent violents auront été récurrents. Quand le quotidien madrilène ABC appelle les électeurs à couper court à l'aventure séparatiste, son confrère catalan LA VANGUARDIA estime ce matin, lui, que la seule question qui vaille est de savoir si les indépendantistes parviendront à décrocher à nouveau la majorité absolue.  Et le problème c'est que le duel promet d'être serré : les derniers sondages donnent séparatistes et unionistes au coude-à-coude. En d'autres termes, pour l'immense majorité des Catalans pressés de voir la fin d’une campagne haineuse, rien ne dit que les résultats d'aujourd'hui acteront le retour espéré à une certaine normalité.

Enfin, preuve que ceux qui font le plus de bruit ne sont pas nécessairement les plus forts, un article du WASHINGTON POST repéré par le magazine Slate nous raconte comment le delta du fleuve Colorado devient, au printemps, le théâtre d'orgies poissonnières assourdissantes. La période de reproduction fait se rassembler plusieurs millions de poissons. Or parmi eux se trouve, notamment, le cynoscion othonopterus, qui s'avère être l'espèce de poisson la plus bruyante au monde. Un seul individu mâle est capable de faire presque autant de bruit qu'une baleine, alors qu'il mesure moins d'un mètre. Et c'est ainsi que les niveaux de son produits par ce chœur entier de poissons sont suffisamment élevés pour causer carrément une perte d'audition temporaire sinon permanente chez les autres mammifères marins. Sauf que ce cri pourrait bien être, dans le même temps, le chant du cygne. L'espèce apparaît, en effet, aujourd'hui de plus en plus menacée. Au cours des cinq à dix dernières années, la taille des poissons a réduit de près de dix centimètres.

Par Thomas CLUZEL

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