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Une jeune fille prend un selfie avec Saad Hariri ce mercredi à Beyrouth

De la différence entre fils prodigue et prodige

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De retour au Liban, le Premier ministre Saad Hariri a annoncé hier qu'il suspendait sa démission à la demande du président Michel Aoun, apaisant ainsi la crise politique qui couve dans la région depuis le début du mois.

Une jeune fille prend un selfie avec Saad Hariri ce mercredi à Beyrouth
Une jeune fille prend un selfie avec Saad Hariri ce mercredi à Beyrouth Crédits : EPA-EFE / Waël Hamzeh - Maxppp

Au Liban, tout d'abord, trois semaines après sa démission choc, Saad Hariri est donc rentré au pays. Ou ainsi que l'écrit THE DAILY BEAST, le petit est de retour à la maison. Et à en juger par les acclamations qui, hier, ont jailli lorsqu'il s'est présenté à la fenêtre de sa résidence privée les mains tendues vers ses partisans, au vue de cette marée de drapeaux agités frénétiquement par une foule en liesse venue l'accueillir, tout porte à croire que sa fugue prolongée n'a fait que doper sa popularité. Oubliées la tristesse et même la colère que son départ soudain avait suscité chez certains. L'atmosphère ressemblait, hier, à celle d'un carnaval. Et puis surtout, l'annonce de sa décision de suspendre sa démission (à la demande expresse du président) a achevé d'esquisser le portrait de Saad Hariri en homme providentiel. Et d'ailleurs, remarque le correspondant du journal, il est devenu désormais quasi impossible, à Beyrouth, de trouver une rue sans une affiche de Saad Hariri. Même dans la banlieue sud de la capitale, où se trouve pourtant le siège du Hezbollah, le portrait de Hariri jette un regard vers le bas sur le trafic et les vendeurs de rue. C’est donc la fin d’un long tunnel. Reste que les négociations politiques devraient désormais débuter dans les toutes prochaines heures. En d'autres termes, nuance de son côté le correspondant du TEMPS, si le retour de Saad Hariri à Beyrouth a certes permis de mettre un terme à la crise ouverte il y a trois semaines à Riyad, l’avenir de ces tractations (dans lesquelles les parrains iranien et saoudien devraient peser de tout leur poids) reste pour le moins incertain.

A ce titre, d'ailleurs, c'est peu de dire que la diplomatie saoudienne a passé hier une sale journée, note pour sa part THE WASHINGTON POST. Tout d'abord, avec la suspension donc de la démission du Premier Ministre libanais. Et ensuite avec la réception par Vladimir Poutine de ses homologues turc et iranien, à Sotchi, afin de discuter de mesures communes en Syrie. Un double coup dur, en somme, pour Riyad. Sans compter qu'au même moment où l'Arabie Saoudite accueillait, elle, une nouvelle réunion des groupes d'opposition syriens, lesquels n'ont pas réussi à présenter un front uni, la Russie, l'Iran et la Turquie ont réussi, eux, à s'entendre sur l'idée d'organiser prochainement un congrès des peuples syriens, afin d'engager un dialogue politique et trouver une solution à ces six années de guerre civile en Syrie. Faut-il, pour autant, parler d'un véritable tournant pour l'avenir de la Syrie ? Sur cette question, la presse outre-Rhin se montre catégorique : non ! Et la FRANKFÜRTER RUNDSCHAU, notamment, de préciser : si Vladimir Poutine voulait sérieusement faire avancer le processus politique dans le pays, alors il n’aurait pas usé de son veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer la poursuite des enquêtes sur l'utilisation d’armes chimiques en Syrie. De son côté, la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG rappelle qu’une élection présidentielle a lieu dans quatre mois en Russie. En clair, il s’agissait surtout hier pour Vladimir Poutine de présenter une réussite au public. Car même si la population russe ne s’est jamais beaucoup intéressée à la guerre en Syrie, ce qui compte pour elle, en revanche, c’est de voir la Russie agir avec une nouvelle assurance sur la scène internationale.

Le retour d'un autre fils sur la scène politique, en Allemagne cette fois-ci : Martin Schulz.Afin de sortir le pays de la crise politique, la pression monte désormais autour du patron des sociaux-démocrates pour qu'il renonce à son opposition à une alliance avec Angela Merkel au gouvernement. Et c'est ainsi que Martin Schulz sera reçu, aujourd'hui, par le chef de l'Etat qui espère le convaincre d'aller négocier avec Mme Merkel. Mais la tâche s'annonce pour le moins délicate. Depuis l'humiliante défaite de son parti aux législatives, le chef du SPD a, en effet, déjà signifié à maintes reprises son refus de reconduire la coalition sortante. Sauf qu'après l'échec des négociations dimanche dernier entre la CDU, les Verts et les Libéraux pour former un gouvernement, et face à la menace d'élections anticipées, le refus de Martin Schulz devient plus controversé. Quand la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG fait remarquer que son obstination sème le trouble au sein du SPD, son confrère BILD affirme, lui, qu'une trentaine de députés remettraient à présent en question la stratégie de leur patron. Ou quand la résistance à Martin Schulz gagne du terrain, écrit le journal. Pourquoi ? Parce qu'en cas d'élections anticipées, certains élus craignent désormais d'être punis par les électeurs pour avoir prolongé la crise politique. Ce que prédit, d'ailleurs, lui-même le journal avec cet avertissement : les électeurs ne récompensent pas les dégonflés. A l'inverse, THE FINANCIAL TIMES conseille lui au SPD de jouer la carte des élections anticipées. Selon lui, ce serait une folie de la part des sociaux-démocrates que de céder à la pression et de se résoudre à participer au gouvernement, car cela gonflerait encore le flot des électeurs qui le désertent pour rejoindre les partis radicaux.

Enfin ultime retour, ce matin, au Zimbabwe.Quelques heures après son retour d'un bref exil sud-africain, Emmerson Mnangagwa, le nouvel homme fort du pays, a réservé hier son premier discours public de futur président à ses partisans enthousiastes, réunis devant le siège du parti au pouvoir. Un retour triomphal, commente THE TIME. Mais déjà nombre de commentateurs mettent en garde contre les risques de lendemains qui déchantent. A ce titre, le portrait que dresse de lui THE TIMES est édifiant : Mnangagwa, le seul homme au Zimbabwe plus redoutable que Mugabe lui-même, écrit le quotidien de Londres. En janvier dernier, un journal local avait publié une photo du «Crocodile» (surnommé ainsi pour son caractère inflexible) en train de boire dans une tasse portant l’inscription «I’m the boss». Et dès demain, ce sera effectivement le cas. Il prendra officiellement les rênes du pays. Seulement voilà, même s'il s'est engagé à gouverner avec l’opposition jusqu’à la prochaine élection présidentielle (prévue en septembre 2018), on peut d'ores et déjà douter que ces élections seront plus libres que les précédentes. Pourquoi ? Tout simplement parce que Mnangagwa risquerait d’y perdre le trône qu’il vient de conquérir.

Par thomas CLUZEL

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