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Le roi d'Arabie Saoudite lors du plus grand festival annuel du golfe Persique

La couleur de l’argent

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Contrôle de la fraude réussi en Arabie Saoudite : douze dromadaires ont été disqualifiés d’un concours de beauté car leurs propriétaires leur avaient injecté du botox, espérant ainsi remporter le premier prix, soit la coquette somme de 32 millions de dollars.

Le roi d'Arabie Saoudite lors du plus grand festival annuel du golfe Persique
Le roi d'Arabie Saoudite lors du plus grand festival annuel du golfe Persique Crédits : AFP - AFP

Et pour commencer, direction le plus grand festival du golfe Persique. Chaque année, depuis près de 20 ans, 300 000 personnes se pressent en Arabie Saoudite pour assister à un concours de beauté pour femelles dromadaires. Et comme dans tout concours de beauté qui se respecte, précise le magazine SLATE, le visage des participantes fait l'objet d'une attention particulière. S'agissant des dromadaires, celle-ci se fixe notamment sur leurs petites oreilles, leur museau formidable et leur bouche lippue à souhait. Mais les concurrentes se doivent impérativement de respecter une condition : toute beauté doit être naturelle. Or c'est là, raconte THE NEW YORK TIMES, qu'il y a eu un problème. Si leur cou était long à souhait, leurs joues larges comme il faut, leurs bosses avantageusement galbées, pour certaines d'entre elles leurs lèvres étaient étonnamment tombantes. Trop tombantes. Et pour cause, leurs propriétaires leur avaient injecté de la toxine botulique (autrement connue sous le nom commercial de Botox). Et c'est ainsi que sur les 30 000 participantes, douze dromadaires se sont vues exclues cette année de la célèbre compétition pour avoir reçu des injections et, parfois même, subies des opérations de chirurgie esthétique. Plusieurs médias saoudiens, dont THE NATIONAL, rapportent en effet qu'un vétérinaire a été surpris, quelques jours avant le concours, en train de pratiquer de la chirurgie plastique : il réduisait en clinique la taille des oreilles des bêtes pour les rendre plus délicates. Et lorsqu'ils ne vont pas jusqu'à conduire leurs bêtes sur la table d'opérations, certains propriétaires tentent de modifier l’apparence de leurs belles en tirant chaque jour sur leurs lèvres pour les rendre plus longues ou en utilisant de l'huile pour assombrir leur robe. Et pourquoi autant d'efforts ? Tout simplement parce que le propriétaire de l'heureuse élue se voit offrir la modique somme de ... 32 millions de dollars. De quoi inciter quelques tricheurs à tenter leur chance.

Autre forme de jackpot. Cela se passe aux Baléares. Un tribunal de Palma de Majorque vient de rendre public un dossier d’instruction, duquel il ressort que, décidément, l'imagination des escrocs est sans limites. Là-bas, une organisation est soupçonnée d’avoir volé 60 millions d’euros à des hôtels espagnols. Comment ? C'est simple, raconte EL PAIS : depuis 2014, ce réseau bien organisé proposait à des vacanciers britanniques de porter plainte contre les établissements dans lesquels ils séjournaient en simulant une intoxication alimentaire. Objectif : tirer parti d’une législation britannique très permissive, lorsqu'il s'agit de déposer plainte, au nom de touristes, auprès des agences de voyages. Celles-ci, pour éviter une procédure en justice coûteuse, acceptaient d’indemniser leurs clients, avant de se retourner ensuite contre les hôtels majorquins. Installé au Royaume-Uni, ce réseau traitait donc les réclamations qu’envoyaient, depuis Majorque, des cabinets d’avocats à la déontologie douteuse, lesquels en avançant un taux de réussite de 98 % (sans frais pour le demandeur) faisaient miroiter aux plaignants un dédommagement pouvant atteindre jusqu’à 18 000 €. Les enquêteurs, eux, insistent sur le rôle des clients qui, pour se faire rembourser leurs vacances, acceptaient facilement de simuler des troubles gastriques. Et voilà comment pas moins de 800 touristes ayant déposé plainte par le biais de 77 cabinets d’avocats différents ont été identifiés à ce jour.

Autre forme d'indigestion mais, cette fois-ci, au plus haut sommet de l'Etat. Cette semaine, la Première ministre britannique a organisé à Downing Street une réception pour célébrer l’œuvre et la mémoire du poète Robert Burns (comme le font chaque année les Écossais). Theresa May espérait, ainsi, resserrer les liens entre l’Angleterre et l’Écosse, dans un contexte de divergences au sujet du Brexit. Sauf que c’est (plutôt) raté, tranche THE NATIONAL, repéré par le Courrier International. Pourquoi ? Tout d'abord parce que seuls les 13 députés conservateurs écossais (dont les noms de trois d’entre eux ont, d'ailleurs, été écorchés sur la liste officielle) ont été conviés à ce dîner, alors même que le Parti national écossais (SNP) représente aujourd'hui le plus important contingent local à Westminster. Ensuite, histoire d’ajouter à la controverse précise toujours le journal visiblement remonté, le plat principal, le «haggis» (ce plat traditionnel écossais constitué de panse de brebis farcie avec ses navets et ses patates réglementaires) a été relégué au rang de … hors-d’œuvre. Enfin, parmi la quarantaine d'invités figuraient de nombreux chefs d’entreprise, grands donateurs du Parti conservateur. Preuve, écrit toujours THE NATIONAL, qu'après le «cash for access» (cette pratique consistant à verser de l’argent pour accéder à un responsable politique), les dessous-de-table ça marche aussi avec le «haggis». Traduction : les principaux bailleurs de fonds des conservateurs continuent de bénéficier d’un accès privilégié au Premier ministre. Ou quand «la culture du trafic d’influence à Downing Street se porte toujours aussi bien avec Theresa May», commente un député du Parti national écossais, interrogé dans les colonnes du journal. Et l'article d'en conclure : ce lamentable souper en la mémoire de Robert Burns (lequel n'était pas favorable à l’Union scellée il y a plus de 300 ans entre l’Angleterre et l’Écosse) a dû le faire se retourner dans sa tombe.

Enfin l'Allemagne va-t-elle prendre la mesure de sa responsabilité ? La question se pose depuis que s'est ouvert, cette semaine, à New-York la troisième audience d'un procès, au cours duquel les descendants de deux communautés originaires de Namibie (Herero et Nama) entendent faire payer à Berlin la répression meurtrière d’une révolte de leurs ancêtres. Cette répression, qualifiée par les historiens de premier génocide du XXème siècle, avait coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes dans l'actuelle Namibie, baptisée à l'époque de la colonisation allemande le «Sud Ouest Africain». Sauf que Berlin, écrit la DEUTSCHE WELLE, continue de s’opposer à toute idée de dédommagement. Depuis l’ouverture de ce procès, les autorités allemandes ont déjà refusé, par deux fois, de se présenter devant le juge à New-York. L’Allemagne a même tenté de faire invalider la procédure. En vain. Quoi qu'il en soit, il n’est pas question pour Berlin de compenser ou de dédommager ces populations. L'Allemagne propose plutôt un fonds spécial destiné aux communautés affectées, portant dans quatre domaines : la formation professionnelle, l’approvisionnement en électricité, le logement et l’agriculture. Sauf que pour ces tribus dépossédées, lesquelles détenaient il y a un siècle les deux tiers de la Namibie, l'objectif reste bel et bien de récupérer leurs terres ancestrales. Et, d'ailleurs, leur avocat (ex-ministre adjoint de la justice) a d'ores et déjà prévenu : «Ils peuvent courir, mais ils ne peuvent pas se cacher. Et pour toute l'arrogance qu'ils ont déployée, ce n'est pas des millions, ou même des milliards de dollars que nous allons demander. Nous allons parler trillions!»

Par Thomas CLUZEL

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