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Le président américain Donald Trump (g) et son ex-conseiller Steve Bannon (d)

Le feu et la fureur

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Donald Trump a accusé mercredi son ancien conseiller Steve Bannon d'avoir «perdu la raison», après la diffusion d'extraits explosifs d'un livre dans lequel l'ex-conseiller affirme que le fils du locataire de la Maison Blanche, Donald Trump Jr., a commis une «trahison».

Le président américain Donald Trump (g) et son ex-conseiller Steve Bannon (d)
Le président américain Donald Trump (g) et son ex-conseiller Steve Bannon (d) Crédits : SAUL LOEB, JOE RAEDLE - AFP

L'année 2018 vient à peine de commencer que, déjà, on ne parle, une fois de plus, que de lui. En quelques jours, grâce notamment à son utilisation compulsive de Twitter, Donald Trump a réussi, en effet, tout d'abord à déclencher une crise diplomatique avec les autorités pakistanaises (qu'il a accusé de mensonges) et à envenimer ensuite un peu plus encore ses relations explosives avec la Corée du Nord (en se vantant d'avoir un bouton nucléaire plus gros que celui de son plus sérieux concurrent capillaire). Et puis plus anecdotique, mais tout aussi absurde, le chef de la Maison-Blanche s'est également attribué (toujours via le réseau social) les bons résultats d'une étude sur la sécurité du transport aérien annonçant qu'il y avait eu zéro mort en 2017. Sauf qu'en réalité ladite étude prend en compte le monde entier et pas seulement les Etats-Unis ; qu'aucune compagnie aérienne américaine n'a eu à déplorer de mort l'an dernier pas plus que lors des 7 années précédentes et enfin, comme le souligne THE ATLANTIC, qu'en matière d'aviation commerciale le gouvernement Trump n'a fait, quoi qu'il en soit, aucun changement aux règles de sécurité nationales depuis sa prise de fonction. Enfin, ultime épisode de cette deuxième saison de Trump à la Maison-Blanche, hier, dans un communiqué d'une extraordinaire virulence, le président s'en est pris à son ancien ami, ex directeur de campagne puis conseiller Steve Bannon (souvent dépeint comme l'artisan de sa victoire) en l'accusant, notamment, d'avoir «perdu la raison». Mais alors qu'est-ce qui a bien pu susciter, cette fois-ci, chez le président une exaspération telle, que même un tweet enragé n'était manifestement plus suffisant pour calmer son humeur ? Réponse : la publication, hier, par THE GUARDIAN des bonnes feuilles d'un livre à paraître mardi prochain et intitulé : «Feu et fureur» ; un livre qui, à en croire les réactions suscitées par la publication de quelques extraits seulement, porte en effet bien son nom. 

Dans ce nouveau livre explosif, prévient THE GUARDIAN, le journaliste américain Michael Wolff (ex chroniqueur au journal de Londres) lève donc le voile sur une Maison-Blanche voguant de crise en crise, théâtre de guerres intestines et où même certains des plus proches alliés de Trump expriment aujourd'hui du mépris à son égard. Dans ce portrait au vitriol du locataire de la Maison-Blanche on apprend, par exemple, que l'un des plus anciens associés du président, le milliardaire Thomas Barrack Jr, aurait dit de lui qu'il n'était «pas seulement fou mais stupide». De quoi apporter un peu plus encore d'eau au moulin de Steve Bannon, lequel avait encore récemment déclaré, dans une interview à VANITY FAIR, que «l'intellect du président [était] comparable à celui d'un enfant de onze ans». Dans un autre extrait du livre, publié cette fois-ci par THE NEW YORK MAGAZINE, Michael Wolff raconte également que le but de Donald Trump n'a jamais été de gagner l'élection mais plutôt de «devenir l'homme le plus célèbre du monde» et que son équipe de campagne, elle-même, ne croyait pas à sa victoire jusqu'aux dernières heures du jour du scrutin. Ce soir-là, à mesure que la tendance inattendue que Trump pourrait finalement l'emporter se confirmait, le fils du candidat républicain aurait lancé à un ami que «son père ressemblait à quelqu'un ayant vu un fantôme». Et que Melania, elle, «était en larmes». Mais que ce n'étaient «pas des larmes de joie». On passera sur les révélations de la fille, cette fois-ci, du président (Ivanka) sur les secrets peu flatteurs de la chevelure de son père. Et puis surtout, Steve Bannon, est donc largement cité dans cet ouvrage. Dans une citation, en particulier, il accuse directement le fils du président américain, mais aussi son gendre (Jared Kushner) et son directeur de campagne de l’époque (Paul Manafort) d'avoir commis une «trahison», en rencontrant une avocate russe qui prétendait leur offrir des informations compromettantes sur Hillary Clinton. «Même s’ils ne pensaient pas que c’était un acte de trahison, ou antipatriotique, ou juste un coup foireux – et pour moi, c’était tout ça à la fois –, ils auraient dû appeler le FBI immédiatement», confie Steve Banon.

De son côté, la Maison Blanche a aussitôt publié un communiqué de riposte, dans lequel elle dénonce des «compte-rendus faux ou fallacieux» de la part de l'auteur de l'ouvrage et s'en prend directement à Steve Bannon, l'accusant donc d'avoir «perdu la raison». Et de préciser : «Bannon prétend avoir de l'influence, mais c'est seulement pour leurrer quelques personnes, qu'il aide ensuite à écrire des livres bidons. Il a passé son temps à la Maison-Blanche à leur faire passer de fausses informations, pour apparaître plus important qu'il n'était. C'est la seule chose qu'il sache faire».

Enfin direction, à présent, l'Allemagne où le feu et la fureur sont également de mises sur Twitter.L’affaire, racontée ce matin par la correspondante du TEMPS, a commencé par un tweet de bonne année posté par la police de Cologne et orné d’une photo. On y voit la cathédrale de la ville, sur fond de feu d’artifice, assortie d’un texte souhaitant la «bonne année à tout le monde». Un texte rédigé en allemand, en anglais, en français et … en arabe. Et c'est donc cette dernière version qui a provoqué, sur Twitter, une avalanche de messages haineux de la part du parti d’extrême droite AfD. La représentante de l’aile chrétienne fondamentaliste du parti a été la première à réagir. «Pourquoi la police publie-t-elle désormais ses messages officiels en arabe ? Pensez-vous ainsi amadouer les hordes de barbares, musulmans et violeurs en réunion?» Jusqu’à dimanche dernier ce tweet n’aurait, sans doute, pas attiré davantage l’attention que les multiples messages provocants déjà postés par les membres de l'AfD. Sauf que depuis lundi 1er janvier, une nouvelle loi sur les réseaux sociaux est entrée en vigueur en Allemagne, menaçant Twitter, Facebook, YouTube & Co de verser jusqu’à 50 millions d’euros d’amende s’ils ne retirent pas du Web, sous 24 heures, tout contenu pouvant «inciter à la haine». Et c'est ainsi que le tweet anti-migrants de la députée a été supprimé. Son compte Twitter a, par ailleurs, été fermé pendant 12 heures. Sauf que cette mesure a aussitôt suscitée une deuxième polémique en Allemagne, notamment, du côté des magazines satiriques comme TITANIC qui craignent pour la liberté d'expression. Le journal, qui tentait de poursuivre le débat sur le mode de la parodie, a vu son compte Twitter suspendu, à son tour, pendant 12 heures. Et puis dans les rangs de l'opposition, le parti néo-communiste Die Linke a, lui, dénoncé cette nouvelle loi qui «confie à des monopoles d’Internet le soin de trancher entre haine, satire et liberté d’expression».

Par Thomas CLUZEL

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