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La première ministre britannique Theresa May

Faut-il en rire ou en pleurer ?

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Quintes de toux et décor qui s'effondre. Hier, le discours de reconquête de Theresa May a tourné au cauchemar, fragilisant un peu plus la Première ministre britannique, dont le gouvernement est miné par les divisions sur le Brexit.

La première ministre britannique Theresa May
La première ministre britannique Theresa May Crédits : OLI SCARFF - AFP

Est-ce que le monde irait mieux si l'on éteignait plus souvent nos écrans ou si l'on se retenait, parfois, d'ouvrir les pages des journaux ? Bien sûr que non. Regarder ailleurs ne sert à rien. Reste que même lorsqu'elles pourraient prêter à sourire, voire à rire, en réalité, les nouvelles sont à pleurer, tout court. Hier, j'évoquais la visite de Donald Trump à Porto Rico, un véritable fiasco, pis encore, un désastre politique. Mais que dire, ce matin, du discours de Theresa May, la veille, au Congrès de son parti ? Non pas que sa prestation ait rattrapé celle du président des Etats-Unis. Personne ne saurait être, a priori, aussi pathétique que Donald Trump. Avec la Première ministre britannique, point de paroles déplacées, mais des images embarrassantes. Hier, Theresa May se présentait devant les membres de son parti, pour ce qui devait être l'un des discours les plus importants de sa carrière politique, rappelle THE INDEPENDENT. Et au lieu de cela, tout ou presque est parti de travers, au propre comme au figuré. Tandis que sur la scène les lettres du slogan («Building a country for everyone» : Bâtir un pays pour tous) inscrit derrière elle se détachaient, la Première ministre a soudain été prise d'une violente quinte de toux.

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Et le cauchemar de Theresa May est à la Une de toute la presse britannique, ce matin. Une véritable catastrophe, selon THE DAILY MAIL, une farce tragique, titre pour sa part THE DAILY TELEGRAPH, le journal conservateur qui juge même que Theresa May est désormais finie. Difficile en tous les cas, renchérit THE GUARDIAN, de ne pas y voir la métaphore d'une Première ministre à la peine. Quand THE NATIONAL laisse entendre que May a perdu là le peu qui lui restait d'autorité, THE INDEPENDENT estime de son côté que son discours était si mauvais qu'il pourrait marquer la fin de sa carrière. Et d'ailleurs, comme poursuivie par un chat noir, Theresa May a non seulement vu son discours interrompu par ses incessantes quintes de toux, mais aussi par un manifestant qui lui a tendu un formulaire de licenciement, prétendument à la demande de Boris Johnson.

Quant au ministre des Affaires étrangères, justement, il était lui encore sous le feu des critiques, hier, après avoir déclaré que la Libye et en particulier la ville de Syrte (où il s'est rendu cet été) pourrait devenir attractive, non seulement pour les touristes mais aussi les investisseurs britanniques, si toutefois elle parvenait à «se débarrasser des cadavres». Dans une série de Tweets, BoJo a ensuite tenté de se justifier, en affirmant qu'il parlait des cadavres piégés laissés par Daech. En vain. «Parler de ces morts comme d'une plaisanterie, comme d'un simple désagrément avant que les investisseurs britanniques ne transforment la ville en station balnéaire, est incroyablement grossier, impitoyable et cruel», a notamment déclaré l'élue travailliste en charge des Affaires étrangères dans l'opposition.

Lui aussi a été sommé de s'expliquer, lui, c'est le secrétaire d'Etat américain. Et l'on moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'a pas été franchement convaincant. Réagissant à une information de la chaîne NBC NEWS, selon laquelle il avait envisagé de démissionner et que le vice-président l'en avait dissuadé, Rex Tillerson a affirmé hier ne jamais avoir voulu quitter ses fonctions, affirmant soutenir, au contraire, la politique de Donald Trump avec la même détermination qu'au premier jour. Sauf que ça n'était pas là la seule question à laquelle le secrétaire d'Etat devait répondre hier. La veille, la chaîne américaine avait également rapporté la façon peu flatteuse dont Rex Tillerson aurait prétendument décrit la capacité mentale de son patron, en traitant Donald Trump de «crétin». Et quand on lui a posé la question, le secrétaire d'Etat a simplement répondu que ces mesquineries ne l'intéressaient pas. En d'autres termes, écrit USA TODAY, non seulement nous en sommes arrivés au stade où un secrétaire d'État doit convoquer une conférence de presse pour nier qu'il a traité le président de crétin, mais en plus il ne le nie pas. Et pourquoi ? Parce que c'est une gaffe classique : Ou quand un politique dit la vérité, une vérité évidente qu'il n'est pas censé exposer. Sauf que chacun en conviendra, conclue l'article, à chaque mot ou presque qu'il prononce, Trump soulève de nouvelles questions sur son aptitude mentale à officier dans le bureau ovale.

Quoi qu'il en soit, le président américain était hier à Las Vegas, au chevet d'une Amérique en deuil. L'occasion, notamment, pour le président de répéter que le moment n'était pas «opportun» pour légiférer sur le contrôle des armes à feu. D'où la question posée par NEW YORK TIMES, cité par le Courrier International : Pourquoi les États-Unis refusent-ils obstinément d’affronter le problème des armes ? Réponse, volontairement provocatrice, du journaliste : Si seulement Stephen Paddock avait été musulman. Si seulement il avait hurlé «Allah Akhbar» avant d’ouvrir le feu. Mais que faire quand le tueur n’était qu’un Américain perturbé, armé jusqu’aux dents d’équipements militaires achetés en toute légalité ou acquis facilement grâce à nos lois incroyablement laxistes ? Nous connaissons déjà la suite : le Président et le Parti républicain mettent, à présent, les bouchées doubles pour veiller à ce que rien ne se passe. Et le journaliste d’ajouter : Si vous êtes aussi excédés que moi, lancez-vous en politique ou soutenez la campagne de quelqu’un qui s’engage à remplacer ces élus lâches. Notre première occasion de bouleverser le rapport de forces sera les élections de mi-mandat en 2018. Alors lancez-vous, prenez le pouvoir.

Enfin dans un article publié dans le magazine SCIENCE ADVANCES et repéré par le magazine Slate, deux physiciens viennent de démolir la théorie qui voudrait que nous vivions dans une simulation informatique. Leur démonstration est tout à fait sérieuse et pourrait se résumer ainsi, écrit THE REGISTER : Il est impossible de construite quelque chose qui soit assez gros pour recréer notre univers. En d’autres termes, les craintes de vivre dans la matrice de Matrix peuvent donc désormais être abandonnées. Nous ne vivons pas dans une simulation. Reste qu’à lire encore la presse, ce matin, on se dit parfois que ce serait, peut-être, préférable.

Par Thomas CLUZEL

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