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Personnalité de l'année 2017 pour le magazine Time : les femmes qui ont brisé le silence

Assiste-t-on à un moment crucial ?

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Le magazine Time a décerné mercredi le titre de «Personnalité de l'année» aux personnes qui, depuis le début de l'affaire Weinstein, ont «brisé le silence» face au harcèlement sexuel.

Personnalité de l'année 2017 pour le magazine Time : les femmes qui ont brisé le silence
Personnalité de l'année 2017 pour le magazine Time : les femmes qui ont brisé le silence Crédits : BILLY & HELLS / TIME INC.

Jamais, sans doute, l'appellation «homme de l’année» n'avait semblé aussi anachronique. Hier, THE TIME a désigné personnalité de l'année 2017, «les femmes qui ont brisé le silence». Ces femmes qui ont commencé à se confesser, sentant probablement que l’époque s’y prêtait et qu’on pouvait lever la tête et dire son dégoût, toutes ces femmes ont déclenché, selon le magazine américain, l’un des plus grands tsunamis culturels depuis les années 1960. Et ce happening, ainsi que l'écrit le magazine SLATE, laisse entendre que l’opinion publique a désormais basculé. Ou dit autrement, que rien ne sera jamais plus comme avant. Et pourtant. Si puissant soit ce bouleversement, cette vague déferlante contre le harcèlement sexuel sera-t-elle suffisamment durable pour marquer les mentalités en profondeur ? Deux articles, en particulier, viennent nous rappeler combien le chemin reste difficile à parcourir avant de pouvoir définitivement affirmer que l’impunité masculine a atteint ses limites. Le premier, repéré par le site d'Arrêt sur images, est un article du NEW YORK TIMES publié mardi et dans lequel le journal revient sur les nombreuses complicités dont a bénéficié, pendant des années, Harvey Weinstein. Cette longue enquête explique, notamment, comment le groupe numéro 1 de la presse people aux Etats-Unis, «American Media», a tenté de le protéger. C'est ainsi, par exemple, qu'en mars 2015, lorsque la police de New York a pour la première fois interrogée Weinstein après la plainte d'un mannequin, le groupe «American Media» a tenté d'arracher l'exclusivité. Sauf que si le groupe de presse s'est battue pour acheter l'histoire, c'était dans le seul but de ne pas la publier. De même, un an plus tard, «American Media» déboursera 150 000 dollars pour tuer le témoignage d'une égérie de Playboy, qui affirmait avoir eu une aventure 10 ans plus tôt avec un certain ... Donald Trump, marié à Melania. Ce qui nous conduit à cet autre article, publié lui par THE LOS ANGELES TIMES, lequel nous rappelle que nous vivons aujourd'hui à l'ère de Trump, c'est-à-dire d'un animateur de télé-réalité doublé d’un candidat qui a reconnu lors de sa campagne qu’il avait les mains baladeuses, pour mieux atterrir à la Maison-Blanche. 

Or ce même Donald Trump fait, lui aussi, parti du podium 2017 du magazine TIME.Et pourquoi ? Parce que le 45ème président des États-Unis s’est affranchi des règles. Dernier exemple en date, cette nuit. Donald Trump, lequel gouverne non pas comme un président mais comme un populiste de droite écrit la TAGESZEITUNG, a fait une nouvelle fois la démonstration de son incompétence ou de sa folie, c'est selon, en reconnaissant «officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël». Conscient, tout de même, de la vague d’indignation internationale que son annonce allait suscitée, il a aussitôt appelé «au calme». Et puis surtout, en annonçant dans la foulée le déménagement de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, le président américain s'est justifié en rappelant qu'il ne faisait là qu'appliquer une loi votée en 1995. Et de fait, rappelle le magazine SLATE, cette loi avait été votée peu après le deuxième volet des accords d'Oslo. Elle avait même, d'ailleurs, fait l'objet d'un assez large consensus à l'époque entre les Démocrates (alors à la Maison-Blanche) et les Républicains (qui dominaient le Congrès). Sauf que cette loi n'avait jamais été appliquée. Une clause dérogatoire y avait, en effet, été ajoutée, permettant au président d'en suspendre l'application, dans le cas où cela lui semblerait nécessaire. Un sursis mis à profit, successivement, par les administrations Clinton, Bush et Obama. Mais Donald Trump, lui, a donc décidé de poser le doigt sur le bouton nucléaire. A peine terminée la courte allocution de Donald Trump, le Hamas promettait déjà, cette nuit, d’ouvrir «les portes de l’enfer aux intérêts américains dans la région». Tandis qu'hier encore le journal HA'ARETZ suppliait le président américain de ne pas faire ce cadeau empoisonné à Israël, à présent, le quotidien YENI SAFAK prévient : il se prépare un scénario catastrophe au Moyen-Orient. Quoi qu'il en soit, en jetant brutalement aux oubliettes, hier, la longue tradition des présidents américains, Donald Trump s'est donc une fois de plus affranchi des règles, à commencer par la première d'entre elles : ne rien bouger dans la ville trois fois sainte (comme le dit la formule consacrée), au risque de devoir se préparer à la guerre. A ce titre, d'ailleurs, LE TEMPS raconte ce matin l'histoire de cette petite échelle en bois, adossée à l’Eglise du Saint-Sépulcre, sur le rebord d’une fenêtre, comme si elle venait d’être utilisée par un laveur de carreaux. Elle ne paie pas de mine et pourtant elle fait partie intégrante du paysage. Et pour cause, puisque depuis bientôt deux siècles (et même le double selon d’autres sources), personne n’a osé la déplacer, ne sachant trop à qui elle appartenait. Un tremblement de terre est même passé par là, mais rien n’y a pu. Elle est devenue depuis longtemps «l’échelle inamovible». Elle fait (ou plutôt faisait) partie du statu quo. Car, conclue le journal, la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël revient, à présent, à arracher sans ménagement toutes les «échelles inamovibles» de la région.

Enfin, quand l'on reparle ce matin d'une nouvelle phase de la guerre froide globale. L'annonce de Vladimir Poutine, hier, de se présenter à la prochaine présidentielle était un tel secret de polichinelle, qu'elle a du mal à faire oublier aux Russes le véritable cataclysme, cette semaine, que représente pour eux la décision du CIO de suspendre leur pays pour les prochains JO d’hiver. Dans un pays où la performance sportive est érigée au niveau de valeur nationale, cette décision est vécue comme une catastrophe. C’est un tremblement de terre de niveau 9, écrit notamment le quotidien populaire MOSKOVSKI KOMSOMOLETS repéré par le Courrier International. Quelle humiliation pour la Russie !, se félicite à l'inverse USA TODAY, le quotidien le plus lu des Etats-Unis. Et quel juste retour de bâton pour Vladimir Poutine, précise l’article : les méchants viennent de subir une sacrée défaite.  Reste que si la Russie ne sera pas aux JO, c'est en grande partie à cause de Vitali Moutko, rappelle de son côté le quotidien DAGENS NYHETER. L'ex-ministre des Sports de Poutine est considéré comme celui qui a préconisé le dopage d'Etat avant et pendant Sotchi. Or que fait Moutko aujourd'hui ? Il est responsable de l'organisation de la Coupe du monde de football en Russie. Une nouvelle preuve du fait que toute l'histoire est plus sordide que le pire des films que l'on puisse s'imaginer. C'est la réalité et elle est cauchemardesque.

Par Thomas CLUZEL

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