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Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (g) et le président français Emmanuel Macron (d)

La facture diplomatique

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Le président français Emmanuel Macron a appelé, dimanche, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à faire des «gestes» envers les Palestiniens pour raviver le processus de paix, après la défiance suscitée par la déclaration unilatérale des Etats-Unis sur Jérusalem. En vain.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (g) et le président français Emmanuel Macron (d)
Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (g) et le président français Emmanuel Macron (d) Crédits : PHILIPPE WOJAZER / POOL - AFP

Ce devait être un déjeuner amical, prévu de longue date. Emmanuel Macron d'un côté et Benyamin Netanyahu de l'autre. Ces derniers mois, les deux hommes n'avaient-ils pas multiplié les gestes de sympathie l'un envers l'autre ? Sauf que la décision de Donald Trump, la semaine dernière, de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, a changé la donne. Avant même de s'envoler pour Paris, première étape de sa tournée européenne, Benyamin Netanyahu avait prévenu dans les colonnes du JERUSALEM POST : «J’irai leur dire comment Israël voit les choses, sans peur et la tête haute». Et c'est ainsi qu'hier la rencontre entre les deux hommes a finalement bien vite tourné au face à face, chacun campant largement sur ses positions. Quand Emmanuel Macron a dit, une nouvelle fois, regretter l'annonce de Donald Trump, la qualifiant de «dangereuse pour la paix», Benyamin Netanyahu, lui, a jugé que la décision du président américain était «historique». L'un et l'autre ont ferraillé durement, constate pour sa part THE WASHINGTON POST, autour de ce qui s'apparente, dit-il, à un véritable sac de nœuds. Et puis cet échange entre les deux alliés a surtout ouvert la voie à ce qui pourrait être une réunion encore plus tendue, aujourd'hui, entre Benyamin Netanyahu et les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne, à Bruxelles. La question de Jérusalem mais aussi le processus de paix moribond devraient, bien sûr, figurer en bonne place à l'ordre du jour, précise toujours le quotidien américain, qui semble craindre, à présent, un fossé naissant entre Israël et les États-Unis d'un côté, l'Europe et les Palestiniens de l'autre.

Et les Etats-Unis n'ont pas fini de mettre le feu aux poudres s'agissant, cette fois-ci, de l'OMC. L’Organisation mondiale du commerce est-elle en danger de mort ? Depuis hier, les 164 membres de l’OMC sont réunis à Buenos Aires. Et cette fois-ci, ce n'est pas tant le blocage du quasi défunt cycle de Doha qui inquiète. Non. Cette année, prévient l'éditorialiste du TEMPS, les Etats-Unis menacent, tout simplement, de porter le coup de grâce à une organisation, l’OMC, créée il y a vingt-deux ans à Genève. Dans sa logique mercantiliste et nationaliste d’«America First»,  l’administration de Donald Trump joue, en effet, la tactique du pourrissement, pour saper ce qui a permis, jusqu’ici, d’éviter des guerres commerciales dévastatrices. Comment ? Washington est en train de rendre inopérant l’organe d’appel de l'organisation, cette cour composée de 7 juges, souvent décrite comme le bijou de l’OMC et fondamentale pour sa crédibilité, puisque c'est à travers elle que chacun des membres a la possibilité de se plaindre contre des pratiques commerciales contraires aux principes de l’OMC. Depuis ce matin, cette cour n’a plus que quatre juges sur sept et leur nombre pourrait même chuter à trois l’automne prochain, en raison des blocages américains. Officiellement, ce mécanisme de règlement des différends ne fera pas partie des discussions en Argentine. Mais il en sera clairement question en coulisses ou dans les rencontres bilatérales. La commissaire européenne au Commerce a d'ailleurs, elle-même, déjà mis en garde contre un retour au «Far West». Et l'attitude de la Maison-Blanche semble, aujourd'hui, surprenante à plus d'un titre. Tout d'abord, parce que ce sont les Etats-Unis qui ont poussé à la création d’un tel mécanisme. Et l’Amérique est probablement le pays qui s’en sort le mieux, puisqu’elle a gagné près de 78% de ses plaintes. Sauf qu'un facteur fondamental a changé sur la scène du commerce international. Si, en 1995, les architectes de l’OMC (dont les Etats-Unis) représentaient 70% du commerce mondial, aujourd’hui, ils n’en représentent plus qu’un tiers. Et puis culturellement, les Américains voient cet organe d’appel de façon très différente des Européens. Si ces derniers sont habitués à une cour de justice supranationale (au même titre que la Cour de justice de l’Union européenne), pour les Américains, en revanche, les juges de l’organe d’appel devraient se contenter d’être des «arbitres facilitateurs». Et puis la deuxième raison pour laquelle l'attitude de Washington étonne, c'est qu'en paralysant le mécanisme de règlement des différends de l’OMC, le président Donald Trump dessert non seulement la fragile mécanique du commerce mondial, mais aussi l'économie de son propre pays. En renégociant l’Alena (le traité de libre-échange avec le Mexique et le Canada), le président américain pourrait provoquer la perte de millions d’emplois aux Etats-Unis. De même, les onze pays de la zone Asie-Pacifique, eux, n’ont pas attendu. Ils sont allés de l’avant sans les Etats-Unis : vendredi dernier, Bruxelles a conclu un accord commercial majeur avec le Japon et pourrait en faire de même avec le Mercosur en Amérique latine. C’est là, donc, toute l’ironie de l’Histoire. Mais semer le chaos dans un monde aussi fragile et interdépendant, conclue l'article, c’est une manière pour Donald Trump de prendre le monde entier en otage, dans le seul but de séduire sa base électorale. 

Enfin, ultime facture diplomatique, ce matin : le Brexit. Selon des extraits de sa déclaration diffusés par le 10 Downing Street, la Première ministre britannique qui doit s'exprimer aujourd'hui devant le Parlement, saluera «un nouveau sentiment d'optimisme» dans les négociations engagées avec l'Union européenne sur le Brexit. Vendredi dernier, Theresa May et le président de la Commission européenne (Jean-Claude Juncker) ont annoncé un accord sur les modalités du divorce. Un compromis va permettre aux dirigeants des Vingt-Sept, qui se réunissent jeudi et vendredi prochain à Bruxelles, de lancer officiellement la phase 2 des négociations. Mais la presse britannique, elle, ne semble pas dupe de la situation, à l'instar du journal de gauche THE INDEPENDENT, lequel écrit : 18 mois après le vote du Brexit, nous avons finalement bidouillé la frontière irlandaise, les droits des citoyens de l’UE et le coût du divorce. Et maintenant il ne nous reste plus qu’à nous mettre d’accord sur… Et s’en suit une liste interminable. Ou dit autrement, conclue le journal, Londres n’est pas sorti de l’auberge. Hier, déjà, le ministre britannique chargé du Brexit, a déclaré sur la BBC que si le Royaume-Uni ne parvenait pas à conclure un accord commercial avec Bruxelles, il ne paierait pas sa facture de divorce (de 40 à 45 milliards) à l'Union européenne. Bref, même si cela semble inélégant au moment de célébrer la fin des premières négociations, il est à prévoir que le soulagement de Londres et Bruxelles sera de courte durée, renchérit THE DAILY TELEGRAPH.

Enfin, décidément, le mauvais temps semble s'abattre sur le Royaume-Uni, au propre comme au figuré. En dépit des photos à la Une du GUARDIAN ou THE INDEPENDENT montrant des enfants visiblement heureux de profiter des joies de la neige, toute la presse revient, ce matin, sur la journée de chaos, la bombe écrit le journal METRO, qui a paralysé hier le pays. Ou quand il neige, se désole le quotidien, et que personne, dit-il, ne peut faire face.

Par Thomas CLUZEL

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