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Manifestation contre l'austérité en Tunisie

L’histoire dont on connaît, déjà, la fin

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Les manifestations contre l'austérité ont repris dimanche en Tunisie. Seule réussite démocratique née du mouvement des «Printemps arabes», la Tunisie a connu neuf gouvernements. Mais aucun n'est parvenu à résoudre les graves problèmes économiques dont souffre le pays.

Manifestation contre l'austérité en Tunisie
Manifestation contre l'austérité en Tunisie Crédits : CHEDLY BEN IBRAHIM / NURPHOTO

C'était il y a 20 ans. Un film phénomène sortait sur les écrans : «Titanic», de James Cameron. Un blockbuster qui, pour une fois, allait rapidement mettre d'accord le grand public et les critiques. Sauf qu'à l'époque, rien ne laissait entrevoir un tel scénario. Pas grand monde, en réalité, n'avait même parié sur ce film dont ont on connaissait déjà … la fin. Après tout, qui aurait eu envie de voir une relecture de Roméo et Juliette sur un paquebot en perdition ? D'aucuns, se souvient un journaliste du TEMPS, voyaient ainsi le film embrasser le destin de son décor unique et faire naufrage. Sauf que la suite est légende. Et à ce jour, cette superproduction reste le deuxième plus gros succès de l'histoire du cinéma.

Oubliez à présent le grand écran. Dans la vraie vie, lorsque le même scénario dont on connaît déjà l'issue fatale se répète en boucle depuis des années, ça n'est plus franchement la même histoire. Prenez, par exemple, la Tunisie. Hier, devait être un jour de fête. L'occasion de célébrer la chute du dictateur Ben Ali, tombé sept ans plus tôt sous les fourches de la révolution. Au lieu de cela, la journée aura été marquée par de nouvelles manifestations (parfois même violentes) pour protester contre la hausse des prix et des impôts. Et pourtant, la veille, le gouvernement avait bien tenté de désamorcer la crise, en annonçant le déblocage de dizaines de millions d'euros, pour venir en aide aux familles les plus démunies. En vain, donc. Pourquoi ? Réponse d'un chercheur interrogé par AL-JAZEERA : précisément parce que le même scénario ne cesse de se répéter. Les problèmes économiques provoquent la colère dans la rue, laquelle colère se transforme ensuite en révolte, que les partis politiques finissent par manipuler pour conquérir le pouvoir grâce à de fausses promesses. Mais une fois ces partis installés au pouvoir, ils ne parviennent pas à résoudre les problèmes économiques. C'est un cercle vicieux, où les politiciens se renvoient sans cesse la balle. Quand la majorité accuse l'opposition d'orchestrer les violences, l'opposition, elle, réfute tout en maintenant la pression, résume LA PRESSE repérée par le Courrier International. Au final et tandis que dans la rue résonnent les mêmes slogans qu'en 2011(«travail, liberté, dignité»), les partis jouent de la concurrence en espérant accroître leur influence respective en vue des prochaines échéances. Car avec le déclenchement de ces incidents, note à son tour LE TEMPS de Tunis, une course politicienne vient, en réalité, d'être officialisée : les municipales au printemps, avant les législatives et la présidentielle l'an prochain. Et entre temps, le pays peut bien attendre que les petits calculs partisans prennent fin, ironise le journal. Après tout, dit-il, il n'y a que cela qui compte. 

Petits calculs partisans en Allemagne, cette fois-ci. Et bientôt aussi, peut-être, petits meurtres entre amis.Là-bas encore, le même scénario semble décidément se répéter inlassablement. Ou comment préserver, à tout prix, l'union nationale qu'incarne le principe de la coalition au pouvoir. Il y aura bien eu quelques rebondissements : l'échec, tout d'abord, à former une coalition dite «jamaïque» et le refus obstiné, ensuite, des sociaux-démocrates d'accepter la main tendue d'Angela Merkel pour reconduire, cette fois-ci, la «GroKo», comprenez la grande coalition. Mais tout ça c'était avant puisque vendredi dernier, CDU, CSU et SPD ont présenté un programme de coalition. Sauf que la formation d'un gouvernement n'est pas encore acquise, prévient la DEUTSCHE WELLE, puisque chacun des trois partis doit désormais faire valider cet accord par sa base. Or plusieurs fédérations régionales sociales démocrates, notamment, penchent déjà en faveur du refus de toute alliance. Et c'est sans doute la raison pour laquelle, note de son côté la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, en présentant leurs points d’accord, les dirigeants des trois partis respectifs ne respiraient pas franchement l’euphorie, tout juste un optimisme prudent. 

Les tchèques, eux, votaient ce weekend. Mais le changement, a priori, n'est pas pour maintenant. Milos Zeman, qui brigue un second mandat, est arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle avec 38,6% des suffrages, contre 26,6% pour son principal adversaire. Pour autant, sa victoire n'est pas encore assurée et c'est la raison pour laquelle, face au risque de ne pas faire le plein de voix au second tour, il a d'ores et déjà invité les électeurs à ne pas se laisser influencer. «Je pars du principe que les citoyens ne sont pas des marionnettes que l'on peut manipuler sur la base de ralliements», a-t-il déclaré. Seule certitude, le portrait que dresse de lui la presse invite surtout à espérer que son nom ne figurera pas au générique final. Ce populiste eurosceptique et vulgaire, qui ne ménage jamais ses efforts pour être politiquement incorrect, a polarisé les Tchèques. A l'instar du premier ministre hongrois (Viktor Orbán), Zeman se prosterne aux pieds de l'extrême droite, précise THE IRISH TIMES, en attisant la peur à l'égard des réfugiés. Selon lui, la crise migratoire est «une invasion organisée» avec des «musulmans impossibles à intégrer». La thèse centrale de son programme se résume à cette phrase : «Ce pays est à nous». Et le problème, constate le journal de Prague MLADA FRONTA DNES, c'est qu'aucun de ses adversaires ne s'est donné le mal de consulter les sondages, qui donnent les opposants à l'immigration clairement majoritaires. Et l'éditorialiste d'en conclure : ce n'est donc pas, par hasard, si Zeman reste encore aujourd'hui le favori du scrutin.

Enfin ce pourrait être un titre de film : 38 minutes pour survivre.Ce weekend, une fausse alerte au missile a semé la terreur sur l’île américaine d'Hawaï, après le déclenchement par erreur d’un message d’urgence qui enjoignait la population à se mettre à l’abri. Sur les téléphones portables, le message suivant s’est affiché : «Menace de missile balistique. Ce n’est pas un exercice». Et, bien évidemment, dans le contexte tendu entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, la panique s’est  immédiatement emparée des habitants. D'autant, précise THE NEW YORK TIMES, que l’alerte n'a été annulée que 38 minutes après son émission, semant la confusion à la fois sur les raisons de son déclenchement et du temps qu’il a fallu pour l’annuler. Comme cela a été indiqué par les autorités, un employé aurait pu «appuyer sur le mauvais bouton». Mais, pour une fois, l'histoire se termine bien.

Par Thomas CLUZEL

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