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Le nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz

La grande mascarade

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Le leader conservateur Sebastian Kurz a remporté, hier, les élections législatives autrichiennes, signant un probable retour de la droite à la chancellerie, peut-être au prix d'une alliance avec l'extrême droite qui réalise l'un de ses meilleurs scores.

Le nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz
Le nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz Crédits : HANS KLAUS TECHT / APA / - AFP

Depuis hier soir, Emmanuel Macron a perdu son titre de plus jeune dirigeant européen, détrôné par celui que les observateurs qualifient volontiers de «petit génie» et, en même temps, de «mini-dictateur». Son nom : Sebastian Kurz. Selon les projections, hier soir, de la télévision publique ORF, le chef du Parti populaire autrichien obtiendrait 31,7% des suffrages, loin devant ses adversaires, les sociaux-démocrates et l'extrême-droite, lesquels se tiennent dans un mouchoir de poche avec respectivement 26,9% et 26% des voix.

A 31 ans, avec son visage adolescent, ses yeux bleus et ses costumes cintrés, celui qui aura mené une campagne tout aussi impeccable que ses cheveux sont toujours parfaitement gominés, note THE LOCAL, Sebastian Kurz ne ressemble pas franchement au portrait-robot du notable catholique conservateur. Et d'ailleurs, c’est là l'un des secrets de sa fulgurante ascension. En faisant subir à son parti une cure de jouvence, l'homme s'est, en effet, présenté comme l'incarnation du renouveau de la politique, quand bien même sa carrière est déjà longue, puisqu'il est entré au gouvernement à seulement 24 ans, avant de devenir le plus jeune ministre des Affaires étrangères d’Europe, 3 ans plus tard. C'est également à cette époque que, confronté à la crise migratoire, il s'était distingué en devenant l’un des premiers à exiger des contrôles extrêmement stricts aux frontières, s'attirant ainsi les louanges d'un certain Viktor Orbán, un autre de ces politiques devenus, en son temps, l’un des plus jeunes Premiers ministres européens de l’histoire. Et puis surtout, ses positions sur la question migratoire lui ont permis non seulement de gagner de nombreux soutiens parmi les conservateurs autrichiens, mais aussi de concurrencer l’extrême droite. Et, d'ailleurs, c'est même vers elle qu'il pourrait se tourner, à présent, plutôt que vers les sociaux-démocrates, pour former une coalition. C’est, du moins, le scénario privilégié par bon nombre d’observateurs.

Pour être tout à fait exact, même le candidat social-démocrate n’avait pas exclu, durant la campagne, une possible alliance avec le FPÖ au niveau fédéral. D'où le titre de cet article de la correspondante du TEMPS : Quand l'extrême-droite autrichienne se pose en faiseuse de Roi. Il faut dire que pour en arriver là, le FPÖ a su faire oublier son image sulfureuse, un processus de dédiabolisation, visiblement, réussi. Reste désormais une question : comment réagira l’Union européenne, si l’extrême-droite entrait au gouvernement à Vienne ? En 2000, rappelle le journal, l’UE avait pris des sanctions contre l’Autriche, au motif que le FPÖ participait à la coalition. Dix-sept ans plus tard, en revanche, il n’est pas sûr que la réaction soit la même. Pis encore, conclue pour sa part le magazine SLATE, aujourd'hui une telle alliance risque même fort d’apparaître comme une banalité.

Une autre forme de banalité en République tchèque, cette fois-ci. A une semaine des élections législatives, la Cour constitutionnelle vient d'invalider un jugement rendu sur le grand favori des sondages, Andrej Babiš, à la tête du mouvement populiste ANO (acronyme d’« Action des citoyens mécontents »). L'homme accusé d'avoir collaboré avec la police secrète avant la chute du communisme, avait été blanchi à deux reprises. Sauf qu'avec cette dernière décision de justice, l'accusation va faire l'objet d'une nouvelle instruction. Et ce verdict ne peut que réjouir les personnes honnêtes. En revanche, il n'ébranlera pas les électeurs de Babiš, regrette le quotidien DENIK. Ses opposants ne tireront aucun avantage de cette défaite judiciaire, dit-il, avant d’ajouter avec cynisme : Ceux qui tolèrent que quelqu'un comme Babiš abuse en permanence de son pouvoir pour s'enrichir et soit régulièrement pris en flagrant délit de mensonge n'ont aucune raison, après tout, d'être troublés par sa collaboration avec la police secrète. Aujourd'hui, les électeurs jugent les politiques en fonction de leur action actuelle et se fichent complètement du passé. Or la cote de popularité de Babiš n'est pas liée à la question de son intégrité morale sous le régime communiste, mais au succès de sa carrière capitaliste, grâce à laquelle ce richissime homme d'affaires apparaît aux yeux des électeurs comme un grand gestionnaire. Et le journal d'en conclure, il y a 20 ans, lorsqu'on était accusé d'avoir coopéré avec la police secrète communiste, cela représentait un handicap certain. Désormais, force est de constater que cela ne joue plus aucun rôle.

Sous la vague populiste, toujours et encore, l’AfD a fait, elle, son entrée au parlement régional de Basse-Saxe. Avec 6,2% des voix, la formation d'extrême droite (Alternative pour l'Allemagne) a franchi de justesse, hier, la barre des 5% pour obtenir des représentants régionaux. Un scrutin surtout marqué, en réalité, par la victoire du Parti social-démocrate. Qui l'eut cru ? Le SPD peut aussi gagner des élections avec Martin Schulz, titre ce matin un brin ironique la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Un véritable bol d'air, pour le patron social-démocrate, lequel a tout de même subi cette année trois défaites aux régionales, plus une humiliation aux législatives. De son côté, le quotidien populaire BILD préfère lui acter l'échec de la CDU d'Angela Merkel. Bien sûr, ce n'est pas non plus un séisme, une élection régionale reste une élection locale, relativise le journal, mais cette défaite arrive au pire moment pour la chancelière, laquelle doit négocier cette semaine la formation d'une majorité gouvernementale inédite en Allemagne.

Enfin direction le Venezuela, où des élections régionales étaient également organisées hier. Des élections où l'opposition, pourtant donnée victorieuse dans les sondages, n'a gagné que cinq Etats contre 17 pour le camp du président. Pour l'opposition, qui avait fait de ce scrutin un référendum pour ou contre Maduro, l'échec est évidemment patent. Et surtout inattendu. Hier soir, sans attendre les résultats officiels, les chefs de file de la Table pour l'unité démocratique (MUD) avaient tous prononcé des discours optimistes. Le trauma post électoral, c'est d’ailleurs le titre de l'éditorial à lire dans les colonnes de TAL CUAL. Le journal qui insiste, ce matin : L'opposition conteste ces résultats. A l'inverse, du côté des journaux favorables au président, à l'instar d'ULTIMAS NOTICIAS pour qui hier le chavisme a vaincu, tous se félicitent, bien entendu, de cette large victoire.

Par Thomas CLUZEL

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