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Des membres du croissant rouge libyen repêchant le corps d'un noyé, en périphérie de Tripoli, en juin 2017

Crise des migrants : des politiques et des images

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À retrouver dans l'émission

Suite de la journée consacrée aux migrations sur France Culture, et retour sur la façon dont la presse internationale s'empare de la question, et la documente par l'image.

Des membres du croissant rouge libyen repêchant le corps d'un noyé, en périphérie de Tripoli, en juin 2017
Des membres du croissant rouge libyen repêchant le corps d'un noyé, en périphérie de Tripoli, en juin 2017 Crédits : MAHMUD TURKIA - AFP

L'Union Européenne est-elle complice des cas de torture, et des violations répétées des droits de l'homme récemment révélés en Libye ? 

Des images, diffusées mi-novembre par CNN, ont été un véritable tournant dans la prise de conscience du sort des migrants. Tournées dans l'obscurité d'une arrière-cour, non loin de Tripoli, par une journaliste de la chaîne américaine, elles démontrent l'existence de cas d'esclavage, et prouvent que de discrètes ventes aux enchères sont régulièrement organisées : des hommes, venus d'Afrique sub-saharienne, sont exhibés, et vendus, pour quelques centaines de dollars chacun.

Une vidéo qui permet de mieux comprendre ce qui se joue, pour les migrants bloqués, ou refoulés, en Libye, et qui éclaire, aussi, les conséquences des politiques européennes en matière de migration, et de protection des frontières.. Car "The Guardian", sur son site internet, pose le débat : certes, le nombre d'arrivée en Italie a diminué de 67% entre juillet et novembre, par rapport à la même période de l'année dernière, certes, les cas de noyades en Méditerranée ont été réduits dans les mêmes proportions. Mais, c'est au prix de concessions sur les "droits de l'homme" que ces chiffres ont été obtenus.

Le quotidien britannique reprend le rapport d'Amnesty International, publié la semaine dernière, dénonçant notamment l'accord passé entre la Libye et l'Union Européenne. Un accord qui consiste à fournir des navires aux gardes-côtes libyens, sans vraiment se soucier de ce qu'ils en font. D'ailleurs, ce week-end, une nouvelle vidéo, devenue virale elle aussi, est venue appuyer ce rapport. Reprise sur de nombreux sites, on y voit un bateau, identifié comme italien, repêcher des naufragés en pleine mer.

La personne qu'on entend s'adresser à un garde-côte libyen, signale la présence d'un homme sur le flanc du bateau, traîné, à demi-immergé, et qui risque manifestement sa vie. Les images sont violentes, et en réalité, cette opération n'a rien d'un sauvetage : c'est une arrestation, qui se soldera, d'après Amnesty, par la mort de 50 personnes. Les survivants ont été envoyé, ou renvoyés, en Libye, où les gardes-côtes seraient en lien avec des gangs criminels et des milices, organisées pour exploiter les migrants.

D'où le caractère difficilement supportable de la situation. Et quand "Radio Vatican" relaye à son tour, ce rapport, c'est l'Italie qui est montrée du doigt. L'Italie, qui indirectement, comme l'UE, "finance un système qui collabore avec des trafiquants, et des marchands d'êtres humains". 

La question qui est posée est donc bien celle du coût humain de toutes ces mesures destinées à couper l'Europe du reste du monde. La même question se pose d'ailleurs, dans les même termes, un peu plus à l'est, en amont de la route des balkans.

Les mêmes conséquences y renvoient, ces temps-ci, aux mêmes causes. Dans les colonnes de l'hebdomadaire "Bild Am Sonntag" hier, le ministre de l'intérieur allemand Thomas de Maizière se félicitait du fait que les demandes d'asile sont en forte baisse, en Allemagne. On ne dépassera pas la barre des 200.000 cette année, quasiment un tiers de moins qu'en 2016. Des chiffres à comparer avec les quelques 900.000 migrants entrés en Allemagne en 2015. C'est l'accord avec la Turquie, cette fois, qui permet à l'Allemagne de limiter le nombre d'entrants. Un accord sur lequel est revenue ce week-end la chaîne "Al Jazeera", sur son canal anglophone.

Nous sommes là sur les bords du fleuve Évros, à l'endroit, où, explique le reporter d'Al Jazeera, immédiatement après un coude de la rivière, c'est un mur de barbelés, qui matérialise la frontière entre Grèce et Turquie. Un mur, financé par l'Union Européenne, qui oblige les migrants à tenter la traversée du fleuve, extrêmement dangereuse, en raison des courants.

Les victimes sont nombreuses, et le travail d'identification de ces victimes est réalisé par le médecin légiste de l'hôpital d'Alexandroupoli, Pavlov Pavlidis, dont le témoignage a également été recueilli récemment par "Vice News" : "La première cause de décès de migrants dans la région, explique Pavlidis, c'est la noyade. La deuxième, c'est l'hypothermie. Certaines victimes, en sortant de la rivière, s'assoient dans leurs habits trempés, commencent à s'endormir, d'un sommeil profond. Ils ne souffrent pas, mais ne se réveillent jamais"...

Le froid, c'est une des menaces principales pour les migrants tout au long de leur route.

Et si la presse européenne évoque ces jours-ci le sort des migrants pris dans le piège des Alpes en plein hiver, ces reportages trouvent un écho jusque de l'autre côté de l'Atlantique. Le "Washington Post" publie une longue enquête, sur la frontière entre Etats-Unis et Canada. Où des migrants de plus en plus nombreux, errent, désorientés par le froid. Quand ils ne tombent pas, comme cette femme, Ghanéenne, retrouvée morte de froid, récemment, sur le bord d'un chemin.

Des migrants qui fuient la politique de Trump. Lui aussi, comme les politiques allemands, italiens, français, autrichiens, désormais intraitable avec les clandestins.

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